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    Les premières pailles comestibles au monde

    Par L'Economiste | Edition N°:5500 Le 22/04/2019 | Partager
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    Kwangpil Kim, PDG de Yeonjigonji, tenant l’une des premières pailles comestibles au monde, conçues à partir de riz et de tapioca (Ph. Jaemyoug Kim)

    C’est le défi que s’est lancé une entreprise coréenne. Biodégradables, ces pailles se décomposent en une centaine de jours, tandis que celles en plastique peuvent mettre jusqu’à 200 ans pour se désintégrer. Actuellement, quelque 500 millions de pailles sont produites chaque mois dans l’usine de l’entreprise.

    es pailles sont comestibles», affirme Kwang-Pil Kim, PDG de l’entreprise sud-coréenne Yeonjigonji, basée à Séoul, à l’origine de la première paille comestible à base de riz au monde. «Vous pouvez les jeter si vous ne voulez pas les manger», explique-t-il, «mettez-les simplement dans vos plantes ou dans un aquarium».
    Composées à 70% de farine de riz et à 30% de poudre de tapioca, ces pailles sont plus dures que celles en plastique et sentent un peu le riz, sans pour autant altérer le goût des boissons. Elles en résultent d’une réflexion quant à l’impact sur l’environnement des pailles en plastique, dont environ 2,6 milliards sont utilisées chaque année en Corée du Sud.
    A l’origine, Yeonjigonji (qui signifie «fard à joue de mariage» en coréen) avait été fondée par les parents de Kwang-Pil Kim pour fabriquer et distribuer des chaussures de mariée traditionnelles. Leur fils reprend l’entreprise en 1999 et la dirige pendant 15 ans, sans réussir à joindre les deux bouts. Il réalise alors que les chaussures de mariage étaient une industrie en voie de disparition.

    Se décomposer en une centaine de jours vs 200 ans pour le plastique

    En quête d’un nouveau produit commercial, en début 2017, il tombe sur un article concernant une jeune entreprise américaine, Loliware, qui fabrique des gobelets comestibles. «S’ils peuvent en fabriquer, pourquoi ne pas faire une paille comestible?» se demande-t-il avant de se lancer à la recherche des matériaux qui lui permettraient de créer un tel objet. «J’ai pensé à des ingrédients que les Sud-Coréens n’aiment généralement pas», se souvient-il, «le riz m’est tout de suite venu à l’esprit».
    Après un an et demi de recherches et d’essais, Kwang-Pil Kim réussit à créer la paille de riz en août 2018, qu’il fabrique désormais en masse à Hô-Chi-Minh-Ville, la plus grande ville du Vietnam. La raison? Concurrencer les pailles en plastique, le riz coréen étant plus collant, ce qui rend la fabrication de paille plus difficile, et le coût de production, du riz et de la main-d’œuvre plus cher qu’au Vietnam. Actuellement, quelque 500 millions de pailles sont produites chaque mois dans l’usine de l’entreprise.
    Yeonjigonji fournit ces pailles de riz aux petits cafés et a signé des contrats avec de grands magasins, hypermarchés et hôtels en Corée du Sud. Les particuliers, eux, peuvent acheter les pailles en ligne. «Nous avons également signé des contrats d’exportation avec des entreprises dans sept pays, dont le Canada, le Singapour et la Malaisie», abonde Kwang-Pil Kim.
    Biodégradables, ces pailles se décomposent en une centaine de jours, tandis que celles en plastique peuvent mettre jusqu’à 200 ans pour se désintégrer, laissant derrière elles, des microbilles de plastique. «Un jour, j’ai mis une paille de riz dans un aquarium à la maison et les poissons l’ont grignotée en moins d’un mois», raconte l’entrepreneur. Au cours d’une expérience menée par l’un des partenaires de Kwang-Pil Kim en Indonésie, la paille de riz s’est décomposée dans l’eau de mer en seulement huit jours.

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    Existant en différentes couleurs et taille, ces pailles en riz prennent seulement 100 jours pour se détruire dans la nature  (Ph. Jaemyoug Kim)

    Le prix de ces pailles écologiques reste élevé. Chaque paille de riz coûte jusqu’à 35 wons coréens (environ 3 centimes de dollars), alors que le prix au détail d’une paille en plastique est six fois moins cher. C’est précisément le prix qui empêche ces pailles d’être massivement utilisées dans le pays. «Si nous arrivions à en produire entre 2 et 2,5 milliards par mois, nous serions en mesure de réduire le coût de production d’environ 120% », assure-t-il.
    Kwang-Pil Kim souligne qu’une autre alternative au plastique, la paille de papier, n’est pas idéale. «Il faut abattre les arbres pour faire des pailles en papier, donc elles sont aussi mauvaises pour l’environnement», dit-il.
    Les consommateurs, qui apprécient depuis longtemps la praticité des pailles en plastique, peuvent trouver les pailles de riz quelque peu encombrantes au début. Mais ceux prêts à supporter quelques désagréments pour le bien de l’environnement sont nombreux.
    Jeong-Eun Mo, propriétaire d’un café sur l’île de Jeju, utilise les pailles de riz depuis début 2019. «Les clients ont fait des commentaires plus positifs que ce à quoi je m’attendais», raconte-t-elle. «Habitant sur une île, je vois souvent des détritus sur la plage. Je suis fière de pouvoir faire un petit geste pour aider à réduire les déchets».

    Tasses, fourchettes, cuillères, couteaux et sacs... en riz

    La démarche de Kwang-Pil Kim pour développer son produit respectueux de l’environnement converge avec un mouvement plus important contre les pailles en plastique. En octobre 2018, le Parlement européen a approuvé l’interdiction du plastique à usage unique, y compris les pailles, à partir de 2021. En janvier 2018, la Chine a interdit l’importation de déchets recyclables comme le plastique ou le papier, ce qui a provoqué une crise de déchets en Corée du Sud et dans d’autres pays. Face à l’urgence de trouver une solution, le gouvernement coréen a imposé en août dernier l’interdiction des gobelets en plastique à usage unique dans les cafés et les restaurants rapides.
    Les pailles ne sont que le début. Yeonjigonji est en passe de développer tasses, fourchettes, cuillères, couteaux et sacs en riz, et prévoit la vente de ces produits en Corée du Sud et à l’étranger dès avril 2019.
     

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    Par Eunjee Wi

     

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