International

La dette c’est bien, mais gare à sa soutenabilité!

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5436 Le 22/01/2019 | Partager
Comme le cholestérol, il existe une bonne et une mauvaise dette
Tout dépend des niveaux de taux d’intérêt
Le FMI et la Cnuced publient leurs perspectives
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Pour la région Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan, il faudrait s’attendre à un taux de croissance de 2,4% en 2019 et 3% en 2020. Le FMI avait déjà annoncé que le Maroc atteindrait 3,2% pour cette année

Comme à l’accoutumée, l’état de santé de la croissance mondiale et la crise de la dette s’invitent au menu du Forum économique mondial (WEF) qui se tient jusqu'au 25 janvier 2019 à Davos en Suisse. L’événement est marqué cette année par l’absence de plusieurs dirigeants comme Donald Trump, Theresa May ou encore Emmanuel Macron (cf. notre édition N°5435 du lundi 21 janvier 2019).

Bien que la croissance mondiale en 2018 soit restée proche des sommets atteints après la crise, l'expansion mondiale s'affaiblit, et à un rythme un peu plus rapide que prévu. Le FMI table dans sa mise à jour des perspectives de l'économie mondiale sur une croissance de 3,5% en 2019 et de 3,6% en 2020, soit respectivement 0,2 et 0,1 point en dessous des projections d'octobre dernier.

Les principales sources de risques qui pèsent sur l’économie mondiale sont une escalade des tensions commerciales et une détérioration des conditions financières. Dans ce contexte, «les pays doivent en priorité coopérer afin de régler rapidement leurs différends commerciaux, au lieu de relever des barrières néfastes et de déstabiliser une économie déjà chancelante», indique Gita Gopinath, conseillère économique et directrice du département des études du FMI.

Là où l’espace budgétaire est restreint, la politique budgétaire doit être adaptée d’une manière propice à la croissance afin d’assurer la viabilité de la dette publique tout en protégeant les plus vulnérables.

Les pays avancés doivent continuer de normaliser leur politique monétaire avec prudence. «Les grandes banques centrales sont pleinement conscientes de la perte de dynamisme et nous nous attendons à ce qu’elles en tiennent compte dans leurs prochaines décisions», souligne l’experte.

Le recours aux outils macroprudentiels est préconisé là où la vulnérabilité financière s’accentue. Dans tous les pays, il est impératif de prendre des mesures destinées à stimuler la croissance de la production potentielle et à accroître l’inclusion.

Outre le FMI, la Cnuced a publié aussi la «situation et perspectives de l’économie mondiale 2019». Il en ressort que l’activité économique devrait s’accélérer à un rythme soutenu de 3% en 2019, mais les signes indiquant que la croissance a peut-être atteint son point culminant sont de plus en plus nombreux.

Ceci sur fond d’intensification des différends commerciaux, de risques de difficultés et d’instabilité financières et de tensions géopolitiques latentes. D’autre part, les niveaux de dettes publique et privée à l’échelle mondiale ont continué d’augmenter.

Les alertes sur la dette mondiale s’enchaînent. Après la mise en garde de la Banque mondiale qui a publié début janvier les premières tendances de l’économie mondiale pour 2019, c’est au tour du FMI et de la Cnuced de remettre une couche sur la question.

 Emprunter pour régler les échéances

«Des niveaux de dette sans précédent ne constituent pas nécessairement un problème lorsque les taux d’intérêt réels sont très bas, comme c’est actuellement le cas dans de nombreux pays avancés», font savoir Martin Mühleisen, directeur du département de la stratégie, des politiques et de l’évaluation du FMI, et Mark Flanagan, directeur adjoint du même département (https://blogs.imf.org/).

  «Ils peuvent toutefois rendre les Etats beaucoup plus vulnérables à un durcissement des conditions financières mondiales et à une hausse des charges d’intérêts. Ce qui pourrait provoquer des corrections sur les marchés, de brusques fluctuations du taux de change et un nouveau ralentissement des flux de capitaux», notent-ils.

«Bien évidemment, l’endettement n’est pas forcément néfaste», montre l’analyse du FMI. Il peut en fait permettre de débloquer des fonds indispensables pour investir dans les infrastructures, la santé, l’éducation et d’autres services publics.

L’investissement dans des capacités de production, lorsqu’il est effectué avec discernement, peut engendrer une hausse du revenu qui permet de compenser le coût du service de la dette. En outre, une partie de l’augmentation de la dette, en particulier dans des pays avancés, a permis de soutenir la croissance au lendemain de la crise financière mondiale et d’en atténuer les répercussions.

Pour les experts du FMI, des problèmes se posent lorsque la dette est déjà élevée et que les ressources provenant de nouveaux emprunts ne sont pas employées à bon escient (notamment à cause de la corruption et de la faiblesse des institutions). Ou lorsqu’un pays est touché par une catastrophe naturelle ou un choc économique, tel qu’une inversion brutale des flux de capitaux, qui compromettent sa capacité à rembourser la dette.

Certains pays émergents se trouvent actuellement dans cette situation. Toutefois, ce sont généralement les pays à faible revenu qui connaissent les problèmes d’endettement les plus graves et qui sont souvent les moins bien armés pour les résoudre.

Bon nombre de ces pays ont fortement besoin de dégager des ressources supplémentaires pour se développer et s’en remettent de plus en plus à des émissions obligataires souveraines, à des prêts consentis par de nouveaux créanciers officiels et à des créanciers bancaires étrangers pour obtenir des financements extérieurs.

Les obligations souveraines et les prêts aux conditions du marché se caractérisent souvent par des taux d’intérêt plus élevés et des échéances plus courtes. Ce qui accroît le coût du service de la dette et en complique la gestion. Si la diversification des sources de financement présente des avantages, elle est également source de nouvelles difficultés en ce qui concerne la gestion de la dette.

Et, si besoin, sa restructuration, compte tenu de l’absence de mécanismes établis de coordination qui incluraient les nouveaux créanciers.

Fatim-Zahra TOHRY

 

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