International

Comment évoluera le monde de l’énergie?

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5393 Le 15/11/2018 | Partager
Asie, Etats-Unis… les maîtres de la nouvelle cartographie
Electricité, pétrole, gaz de schiste… la révolution en cours
Le solaire photovoltaïque toujours plus compétitif

L’avenir sera multi-énergétique. Il faudrait s’attendre à une hausse de la demande énergétique mondiale de plus d’un quart d’ici 2040, prédit l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans ses perspectives énergétiques mondiales (World Energy Outlook 2018).

Plusieurs facteurs y contribueraient comme la hausse des revenus ainsi que la croissance de la population mondiale de plus de 1,7 milliard de personnes, principalement dans les zones urbaines des économies en développement.

La croissance de la demande provient intégralement de ces économies (l’Inde en tête). Si encore récemment, en 2000, l’Europe et l’Amérique du Nord représentaient plus de 40% de la demande énergétique mondiale et les économies en développement d’Asie environ 20%, cette situation s’inverserait complètement d’ici 2040.

■ L’Asie, énergivore: Le basculement de la consommation d’énergie vers l’Asie affecte l’ensemble des combustibles et des technologies, ainsi que les investissements dans le secteur de l’énergie. L’Asie représente la moitié de la croissance mondiale du gaz naturel, 60% de l’essor des énergies éolienne et solaire photovoltaïque, plus de 80% de la hausse du pétrole et plus de 100% de l’augmentation du charbon et du nucléaire (compte tenu des baisses constatées ailleurs). Si, il y a quinze ans, les entreprises européennes dominaient la liste des plus grandes firmes électriques mondiales en termes de capacité installée, désormais six des dix premières sont chinoises. D’après les projections, le gaz naturel va dépasser le charbon en 2030 pour devenir le deuxième combustible du mix énergétique mondial. L’augmentation de 45% de la consommation mondiale de gaz provient principalement des consommateurs industriels.

■ Pétrole et gaz de schiste, les Etats-Unis champions: La révolution des pétrole et gaz de schiste continue de bouleverser le paysage de l’approvisionnement. Dans les nouveaux scénarios, les Etats-Unis représenteront plus de la moitié de la croissance de la production mondiale de pétrole et de gaz à l’horizon 2025 (près de 75% pour le pétrole et 40% pour le gaz). En 2025, un baril de pétrole sur cinq et un mètre cube de gaz sur quatre produits dans le monde proviendront de ce pays. La révolution de l’exploitation des hydrocarbures de schistes accroît la pression sur les pays traditionnellement exportateurs de pétrole et de gaz. Lesquels dépendent fortement des revenus tirés des exportations pour leur développement.

■ L’électricité sous le feu des projecteurs: Le secteur devient le «combustible» de prédilection dans des économies axées sur les industries légères, les services et les technologies numériques. La part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie mondiale est proche de 20% et devrait encore augmenter. Des politiques incitatives et la baisse du coût des technologies entraînent une croissance rapide de la contribution des renouvelables variables à la production d’électricité. Son accès universel pourrait entraîner une augmentation de 90% de la demande  d’ici 2040, contre 60% dans le scénario précédent, un supplément représentant près de deux fois la demande actuelle des Etats-Unis.

■ L’attractivité du solaire photovoltaïque: La compétitivité lui permet de dépasser l’éolien d’ici 2025, l’hydroélectricité autour de 2030 et le charbon d’ici 2040, en termes de capacités installées. La plupart de ces nouvelles capacités sont des fermes solaires de taille industrielle, bien que les investissements des ménages et des entreprises dans des systèmes distribués jouent également un rôle important. Un nouvel indicateur confirme la position avantageuse des énergies éolienne et solaire photovoltaïque dans les systèmes dotés de sources de flexibilité relativement peu coûteuses. Les nouveaux parcs solaires photovoltaïques sont dès aujourd’hui bien positionnés pour concurrencer les nouvelles centrales au charbon presque partout dans le monde. Il faudrait s’attendre à ce que la position des énergies renouvelables et du charbon s’inversent dans le mix électrique: la part d’électricité d’origine renouvelable passe de 25% de nos jours à environ 40% en 2040. Le charbon suit le mouvement inverse. 

■ Quel avenir pour le charbon? Sa consommation a repris en 2017, après deux années de recul. Une fois passée la vague actuelle de projets de centrales au charbon en construction, leur nombre ralentira fortement après 2020. Il est néanmoins trop tôt pour sonner le glas du charbon au niveau mondial. En Asie, l’âge moyen des centrales au charbon est de moins de 15 ans, contre 40 ans environ dans les économies avancées. Avec une légère hausse de la consommation de charbon dans l’industrie jusqu’en 2040, les perspectives évolueront selon les régions. En effet, les baisses enregistrées en Chine, en Europe et en Amérique du Nord étant compensées par des augmentations en Inde et en Asie du Sud-Est.

■ La géographie du nucléaire: La part du nucléaire dans la production électrique (la deuxième source d’électricité bas carbone aujourd’hui, après l’hydroélectricité) reste autour de 10%. Mais la géographie du nucléaire évolue et la production chinoise dépasse celle des Etats-Unis et de l’Union européenne d’ici 2030. Près des deux tiers des centrales nucléaires existantes dans les économies avancées ont plus de 30 ans. La décision de prolonger l’exploitation de ces installations ou de les fermer aura des conséquences importantes sur la sécurité énergétique, les investissements et les émissions.

Pétrole: Le consommateur bénéficie des cours bas

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L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a confirmé ses prévisions de croissance de la demande de pétrole et jugé favorablement la progression des stocks, «une forme d’assurance» face à des menaces sur l’offre. Cette croissance est désormais attendue à 1,3 million de barils par jour (mbj) en 2018 et 1,4 mbj en 2019. L’an prochain, la demande mondiale devrait ainsi atteindre 100,6 mbj. «La détérioration des perspectives de l’économie mondiale est largement compensée par la chute des cours du brut, laquelle soutient la demande», explique-t-elle. Les cours du baril évoluent à près de 70 dollars le baril, bien en dessous de ce qu’ils étaient en mai avant que les Etats-Unis n’annoncent leur changement de politique en Iran.
Ces cours plus bas bénéficient aux consommateurs, en particulier ceux des pays en développement qui souffrent d’une monnaie faible. Celle-ci rend relativement plus cher l’achat de matières premières libellées en dollars. L’offre progresse rapidement de son côté grâce à l’Arabie saoudite, à la Russie et aux Etats-Unis, qui ont plus que compensé les déclins de l’Iran et du Venezuela. Les analyses de l’AEI tranchent avec celles de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Le cartel s’est inquiété d’une offre excédentaire de brut sur le marché, ayant révisé en baisse sa prévision de la demande mondiale.

                                                                              

Ce que propose l’UE

Pour les experts de l’AIE, la stratégie de l’Union européenne pour la création d’une «Union de l’énergie» illustre le rôle de l’intégration régionale pour faciliter l’insertion des énergies renouvelables.

D’ailleurs, les députés européens ont validé l’objectif d’une réduction d’environ un tiers de la consommation d’énergie de l’UE d’ici 2030. S’inscrivant dans l’application de l’accord de Paris sur le climat, cette résolution législative demande aux pays de l’UE d’accroître de 32,5% leur efficacité énergétique globale d’ici 2030, par rapport au niveau de 1990. Ce qui doit représenter une hausse des économies d’énergie de 0,8% chaque année à partir de 2021.

L’autre objectif vise à atteindre d’ici 2030 une part de 32% d’énergies renouvelables dans la consommation finale brute de l’UE (contre environ 17% en 2016). Ces deux objectifs pourront être révisés à la hausse en 2023 en fonction notamment des avancées technologiques dans le domaine. Chaque pays devra aussi présenter un plan tous les dix ans en détaillant sa contribution pour atteindre ces objectifs et les mesures prises au plan national.

Fatim-Zahra TOHRY

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