Analyse

Ingénieurs: Grave problème de relève dans les grandes écoles

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5367 Le 09/10/2018 | Partager
Les départs à la retraite s’accélèrent, alors que les ingénieurs docteurs se font rares
Jusqu’à 30% quitteront leur poste à partir de 2020
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De manière générale, le corps enseignant des universités publiques est vieillissant. En 2016 (dernières données disponibles sur le site du département de l’Enseignement supérieur), près de 6 enseignants universitaires sur 10 étaient âgés de 50 ans et plus. La part des 55 ans et plus, et donc les plus proches de la retraite, était de 38%

L’université publique souffre d’un déficit criant en enseignants, et les écoles d’ingénieurs ne sont pas en reste. Elles risquent d’être en plus grande difficulté à partir de 2020, avec jusqu’à 30% de départs à la retraite.

En raison de leur manque de ressources humaines, mais aussi de moyens financiers, elles n’ont pas pu répondre à l’appel de leur tutelle d’augmenter leurs effectifs d’étudiants, de 20% l’année dernière et de 30% cette année, donc de 50% en deux ans. Certaines se sont contentées d’une hausse de 5%.

«A la limite, cette hausse des effectifs ne nous pose pas vraiment de problème. Notre plus grande préoccupation, c’est la relève des enseignants», estime Mly Larbi Abidi, directeur de l’Ecole Mohammadia des ingénieurs (EMI). «Nous sommes des établissements d’élites, et nous avons besoin de profils d’ingénieurs enseignants. Il est incensé qu’un prof qui n’a jamais construit un pont de sa vie enseigne à des élèves ingénieurs la manière d’en construire!» poursuit-il.

Les profils d’ingénieurs docteurs sont, en effet, rares. A leur sortie d’école, alléchés par des salaires plutôt attractifs, ou tentés par lancer leur propre business, les ingénieurs préfèrent s’insérer rapidement sur le marché du travail, au lieu de se dédier à la recherche.

«Le Maroc avait fourni d’énormes efforts dans les années 70, 80 et 90 pour former des ingénieurs enseignants, même en Europe et en Amérique du Nord. Mais cette génération est en train de partir à la retraite, et nous n’avons pas préparé la relève», s’inquiète le directeur de l’EMI.

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D’ici 2030, quelque 6.926 enseignants-chercheurs des universités publiques seront partis à la retraite, d’après les prévisions du département de l’Enseignement supérieur. S’ils ne sont pas remplacés, la situation deviendrait intenable. Malgré la tentative de la tutelle, depuis 2015, de puiser des profils de docteurs d’autres départements (700 transformations de postes en 2018) et d’engager des doctorants par contrats (300 en 2018), cela reste insuffisant. Le nombre d’étudiants grimpe beaucoup trop vite. De 2011 à 2018, le nombre d’enseignants a augmenté de seulement 18,5%, passant de 11.768 à 13.954. Alors que celui des étudiants a plus que doublé, passant de 360.574 à 822.191

Pour lui, «c’est aujourd’hui une question de survie». Faute de postes budgétaires, les écoles n’ont que peu de marge de manœuvre. «Il faudrait nous accorder plus de postes, le reste suivra. La formation d’un ingénieur enseignant, c’est l’affaire de 3 ou 4 ans», assure Abidi.

Certains établissements tentent, malgré tout, de planter la fibre R&D dans l’esprit de leurs étudiants, et de s’ouvrir à des élèves ingénieurs issus d’autres établissements. C’est le cas de l’Ecole nationale supérieure d’électricité et de mécanique (ENSEM), qui dispose de son centre d’études doctorales.

«Nos doctorants sont issus de plusieurs grandes écoles. 80% des effectifs sont des ingénieurs», précise Hicham Medromi, directeur. Cela dit, ces efforts restent insuffisants. «Moins de 10% des promotions optent pour des études doctorales. Or, pour préparer la relève, il faudrait au moins 20%», explique Medromi. Avec son nouveau centre R&D, l’école pourra-t-elle inverser la donne dans les années à venir? 

Les directeurs des écoles craignent que ce déficit de profils adéquats impacte, à terme, la qualité de la formation dans les grandes écoles. Avec le phénomène d’expatriation des cadres qui s’accélère de son côté (voir article précédent), la situation risque de s’aggraver.

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