Culture

Rachid Taha, l’inclassable rockeur, tire sa révérence

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5349 Le 13/09/2018 | Partager
Chaabi, raï, punk, électro… un mélange des genres propre à l’artiste
Le chanteur-compositeur restera fidèle à sa «Carte de séjour»
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«Douce France», «Ecoute-moi camarade», «Ya Rayeh» en solo ou avec son groupe Carte de Séjour, le chanteur Rachid Taha a toujours été un artiste engagé. Ses prises de positions en faveur de l’intégration des immigrés en France ont fait de lui l’un des leaders du mouvement Black-Blanc-Beur dans les années 1980 (Ph. AFP)

Il aura été l’un des pionniers du rock alternatif qu’il mâtinera de chaabi, de raï le tout saupoudré d’une bonne dose de punk. Rachid Taha, le chanteur-compositeur algérien, n’est plus. Il a succombé à une crise cardiaque dans la nuit du mardi à mercredi à l’âge de 59 ans.

Etabli en France depuis l’âge de 10 ans, c’est à Lyon, alors qu’il était jeune ouvrier, qu’il forma, dans les années 80, avec Mohammed et Moktar Amini le groupe «Carte de séjour». La formation, emblématique de son temps, sera le porte étendard de toute la deuxième génération d’immigrés maghrébins, notamment grâce à la très remuante reprise de la chanson «Douce France» de Charles Trenet.

Le titre sorti en 1986, a été un superbe pied de nez à l’intolérance et au racisme ambiant de l’époque. Le groupe participera d’ailleurs, activement, à la fameuse marche des Beurs, en 1983 et à la création de SOS Racisme. Un engagement auquel l’éternel outsider de la scène française, réputé pour son tempérament brûlant, restera fidèle, tout au long de sa carrière solo à partir de 1989. Cette année de fierté black-blanc-beur est aussi celle du succès de 1, 2, 3, Soleils.

Le concert unique et mémorable, s’est déroulé au Palais omnisport de Paris-Bercy, a réuni Rachid Taha, Khaled et Faudel, le 26 septembre 1986. Il donnera lieu à un album produit par Barclay et qui restera inscrit dans les annales de la discographie de l’hexagone. Refusant toute sorte d’étiquette, Rachid Taha, qui n’aura jamais demandé la nationalité française, n’eut de cesse de mélanger les genres et les langues.

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Le concert unique et mémorable de 1,2,3 Soleils, qui s’est déroulé au Palais omnisport de Paris-Bercy, a réuni Rachid Taha, Khaled et Faudel, le 26 septembre 1986. Il donnera lieu à un album produit par Barclay et qui restera inscrit dans les annales de la discographie de l’hexagone

Le français, l’arabe (qu’il maîtrisera dès l’adolescence en écoutant les chansons d’Oum keltoum) et un peu d’anglais. Il s’essayera au Funk dans l’album «Barbès», enregistré aux Etats-Unis par Don Was, puis à la techno, par le biais de sa collaboration au long court avec le producteur anglais Steve Hillage, qui aboutit notamment au très politique tube dance «Voilà voilà», en 1993.

Son plus grand succès, pourtant, fut une reprise: celle de Ya Rayal’h de la légende algérienne Dahmane El Harrachi (1925-1980), et qui reste encore aujourd’hui, l’hymne de tous les immigrés maghrébins. Du chaabi algérois que l’artiste, né à Sig, à 50 km d’Oran, affectionnait particulièrement.

«J’ai découvert le chaâbi à la radio, puis par les scopitones dans un bar à côté d’où l’on habitait, en Alsace, avec mes parents», racontait Rachid Taha au quotidien le Monde, en 2017. «C’est un peu notre Jack Kerouac à nous, de manière plus orientale ou désorientée», disait-il. Taha sera tout autant influencé par le rock et le punk, il reprendra notamment le «Rock the Casbah» de The Clash.

Pour la sortie de son dernier album, «Zoom», en 2013, le chanteur électrise son public à coups de sons traditionnels et électroniques, de métissages punks, jamaïcains et électro. Un album où il collabore notamment avec Jeanne Added sur la reprise du «Now or Never», de Elvis Presley.

 

 

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