×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Dossiers

    Fête du Trône/Comment redémarrer l’ascenseur social

    Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5324 Le 27/07/2018 | Partager
    L’inclusion sociale par l’emploi
    Priorité au secteur industriel et aux activités de service
    tarik-el-malki.jpg

    Pr Tarik El Malki: «La première urgence est de s’occuper de notre jeunesse et de lui redonner confiance» 

    Le Pr. Tarik El Malki, docteur en économie, professeur à l’ISCAE, consultant-expert au Centre marocain de conjoncture (CMC) et également membre du jury des Prix de L’Economiste de la recherche en économie, revient sur les fissures du modèle de croissance marocain. 

    - L’Economiste: En quoi le modèle de développement actuel a-t-il atteint ses limites?
    - Tarik El Malki:
    Le modèle de croissance marocain a atteint ses limites dans la mesure où il n’a pas permis la transformation en profondeur de l’économie marocaine. Celle-ci continue de souffrir de la persistance des inégalités sociales et territoriales, de la faiblesse de la capacité de création d’emploi et de l’aggravation du chômage. A cela s’ajoutent, la déficience du système de gouvernance, l’absence de diversification productive outre la faiblesse du secteur exportateur et de la compétitivité. La faible convergence vers les pays émergents, la baisse du rendement des investissements et la détérioration des équilibres financiers et macroéconomiques sont autant de facteurs qui ont contribué à ce déclin. 

    - L’ascenseur social est-il toujours opérationnel? Sinon, pourquoi?
    - Sur le plan social, la situation est préoccupante puisqu’il y a une défiance de plusieurs catégories de la population vis-à-vis des principales institutions du pays, surtout de la part de la jeunesse. Nous pouvons considérer à juste titre que l’ascenseur social, qui permettait jadis une mobilité sociale grâce au mérite et à l’école, est en panne. Cette situation est d’autant plus dangereuse qu’elle menace à terme la cohésion de la société avec tous les risques que cela implique. Aussi, la première urgence est de s’occuper de notre jeunesse et de lui redonner confiance en elle-même et espoir en l’avenir. 

    - Que reprochez-vous à l’Etat?
    - L’Etat n’a pas joué son rôle de manière efficace dans sa triple mission. Dans son rôle de régulateur, le climat d’investissement reste médiocre malgré les avancées sur certains points. Puis en tant que stratège, nous constatons une insuffisance en termes de vision stratégique à long terme et de planification. Et enfin, dans son rôle de protecteur, nous déplorons également la faiblesse des filets sociaux et des mécanismes de protection sociale pour les populations les plus vulnérables et les plus démunies, malgré quelques initiatives ici et là. La culture d’affaire, entrepreneuriale, reste faible, en l’absence d’un tissu industriel véritablement moderne et structuré. De nombreuses situations d’abus de position dominante persistent qui favorisent la culture de la rente et du clientélisme. Le secteur éducatif reste sclérosé, prisonnier des idéologies, peu innovant et peu enclin à favoriser le développement d’une culture entrepreneuriale basée sur l’innovation et la créativité. Le poids et l’importance du secteur informel qui déstabilise le tissu industriel classique.

    - Craignez-vous les risques exogènes?
    - Les changements de la division internationale du travail se sont accélérés ces dernières années. Ce qui se manifeste en grande partie par le développement vers l’Est des nouveaux gisements de croissance mondiale, avec notamment l’émergence de la Chine comme première économie mondiale en termes de PIB devant les Etats-Unis. Le risque pour le Maroc est de se retrouver «pris en tenaille» entre d’un côté les pays à faible revenu en croissance rapide (Cambodge, Inde, Viet Nam, Indonésie, certains pays africains), bénéficiant d’une main d’œuvre abondante et bon marché, et de l’autre les pays à moyens revenus plus larges (Brésil, Turquie, Russie…), capables d’innover suffisamment rapidement pour se déplacer vers le haut de la frontière technologique mondiale. Pour ne rien arranger, les investissements massifs de la Chine dans certains pays d’Afrique subsaharienne au cours des dernières années, ont contribué à accélérer la participation de certains pays de cette région à la nouvelle division internationale du travail, particulièrement dans les industries manufacturières légères à faible intensité de qualification. Ceci risque de nous pénaliser en termes de perte de marchés potentiels. 

    - Faut-il accélérer la diversification de nos partenaires?
    - Le Maroc reste lié, à travers la structure de ses relations commerciales et financières, à l’Europe. Une région qui se trouve confrontée à une crise économique sans précédent et à de nombreux dysfonctionnements qui sont source de rigidité structurelle et qui entravent sa croissance économique. Dans ce contexte, la crise en vigueur en Europe depuis 2008 a rapidement impacté le Maroc via plusieurs canaux que sont la demande extérieure adressée au Maroc, les recettes touristiques et les recettes des Marocains résidant à l’étranger.


    Des ajustements inévitables

    - Les secteurs de production: Promouvoir l’activité privée dans les secteurs de production qui permettront au pays d’accélérer sa modernisation économique et d’entrer en concurrence sur les marchés internationaux des biens et services à forte intensité technologique et en main d’œuvre qualifiée. Cela se fera à travers le raffermissement  de la politique de l’offre à travers la mise en cohérence, la consolidation et l’accélération de la mise en œuvre  des stratégies sectorielles. En outre, il convient dans le cadre du Plan d’accélération industrielle (PAI) de développer de nouveaux secteurs d’activité à fort potentiel pour notre économie. Il s’agit, à titre d’exemple, de l’économie numérique et des énergies renouvelables qui peuvent contribuer jusqu’à 5% du PIB et créer des dizaines de milliers d’emplois qualifiés.

    - Interventionnisme intelligent: Repenser le rôle que doit jouer l’Etat pour faciliter cette transition. Et ce, notamment en matière d’incitations aux agents privés à investir, sous forme de services publics qui permettraient d’accroître la productivité des facteurs de production privés dans les secteurs d’activités stratégiques, et en termes d’appui à une stratégie d’intégration régionale. A ce titre, le rôle de l’Etat doit évoluer vers un «interventionnisme intelligent». Dans une économie mondialisée en mutation rapide, le rôle de l’Etat doit être de favoriser l’extension des marchés et de soutenir la capacité de l’économie mondiale à affronter la concurrence. Aussi, l’Etat doit agir dans au moins quatre directions: améliorer l’efficacité de l’administration publique, mieux cibler les dépenses publiques d’investissement, favoriser le financement de l’économie et se doter d’une véritable politique de l’innovation. 
    En parallèle de ces actions, un certain nombre de réformes de structure qui restent en souffrance doivent être menées de manière conjointe, à savoir: la réforme de l’éducation, du système judiciaire, de certains éléments de l’environnement des affaires (politique de la concurrence notamment) et du marché du travail notamment.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc