Société

Données personnelles: Le Règlement européen n’est pas une guillotine!

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5217 Le 26/02/2018 | Partager
Délai de grâce pour les opérateurs non totalement conformes
L'approche adoptée pour les «aider à se mettre en conformité»
Ce règlement doit imprégner les mœurs et être approprié par les entreprises
isabelle_falque-pierrotin_017.jpg

«L’intelligence artificielle et les algorithmes seront au centre de nos discussions en octobre 2018 à Bruxelles. Nos recommandations seront présentées aux instances internationales comme l’ONU», annonce Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de la Conférence internationale des commissaires à la protection des données et à la vie privée (Ph. AFP)

- L’Economiste: Quelles sont les dossiers qui posent un vrai souci pour les régulateurs?
- Isabelle Falque-Pierrotin:
Il y a beaucoup de questions que les régulateurs se posent chacun dans son pays et il y a évidemment des questions communes comme l’accompagnement du big data, l’intelligence artificielle… Au niveau de la Conférence internationale des commissaires à la protection de la vie privée et des données personnelles, l’enjeu est de savoir comment s’organiser pour définir un projet collectif. L’idée bien sûr est que ce réseau mondial fonctionne le mieux possible et aide chaque espace régional et ses autorités à se structurer. C’est pour cela que nous avons lancé une consultation interne auprès de nos 120 membres sur ce projet stratégique commun. Chaque réseau (francophone, européen, asiatique et africain) va devoir formuler ses propositions. Je trouve, en tant que présidente, que c’est une expérience extrêmement stimulante. Notre organisation va de façon décentralisée et participative construire son projet.

- Il  existe des niveaux de développement économiques et réglementaires disparates. Vos membres ont également des attentes et des priorités différentes. N’est-ce pas là une difficulté pour vous?
- Vous avez raison. Nous n’en sommes pas encore à l’établissement d’un standard commun. Je crois que la première intégration entre autorités doit être régionale. Les pays européens et africains se sont organisés en réseaux notamment. Mais, pour autant, l’idée d’avoir une Conférence internationale, c'est-à-dire un forum mondial, est extrêmement utile. Je suis d’ailleurs frappée de constater que les Africains sont peut-être plus audacieux que ne le sont les Européens. Ils testent des solutions moins consommatrices de données, avec des architectures moins centralisées et plus distribuées. Nous avons beaucoup à apprendre, y compris des nouvelles autorités de protection des données personnelles. La Conférence mondiale ne pourra pas à court terme définir des positions communes sur tous les sujets. Mais elle pourra concevoir par exemple des kits à destination des nouvelles autorités en mettant en partage les meilleures pratiques. Essayer, si possible, d’avoir aussi un consensus sur les questions que pose l’intelligence artificielle. Discuter aussi des coopérations au niveau de certains réseaux régionaux. Je pense notamment à l’éducation au numérique. Il y a là un réservoir commun de bonnes pratiques.

- En tant que présidente de la Cnil, ne ressentez-vous pas une certaine appréhension vis-à-vis de l’application et des difficultés que pourrait poser le nouveau Règlement européen sur la protection des données personnelles?
- C’est un texte complexe qui nécessite un apprentissage qui prend un peu de temps notamment au niveau de ses nouveaux outils. Donc, c’est un investissement. Nous avons accompagné les opérateurs durant la période précédant le 25 mai 2018 (date d’entrée en vigueur du Règlement européen) et nous allons continuer à le faire. Ce n’est pas le couperet et la guillotine pour les acteurs qui ne seront pas prêts. Notre objectif est de les «aider» à se mettre en conformité. La sanction est une arme de dissuasion. Ce n’est pas en tout cas l’outil que nous mobiliserons vis-à-vis de ce qui est nouveau dans la réglementation. Je pense à l’étude d’impact et au délégué à la protection des données personnelles. Le but est que le Règlement imprègne les mœurs et qu’il soit approprié par les entreprises.

Bio express

  • 1960: Naissance au Creusot (Saône-et-Loire) en France
  • 1982: Diplômée de l'Ecole des hautes études commerciales (HEC)
  • 1996: Présidente de la Commission interministérielle relative à internet
  • 2001: Conseiller d'Etat après avoir exercé en tant que maître des requêtes depuis 1989
  • 2004: Membre de la Commission nationale de l'informatique et des libertés
  • 2011: Elue présidente de la Cnil le 21 septembre
  • 2014-2018: Présidente du G29, l’Instance des autorités européennes de la data
  • 2017: Présidente de la Conférence mondiale des autorités de protection des données

 

Propos recueillis par Faiçal FAQUIHI       

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc