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    Culture

    Musée d’art contemporain à Marrakech: Blessures et résilience de l’Afrique

    Par Stéphanie JACOB | Edition N°:4965 Le 21/02/2017 | Partager
    2 heures d’une incroyable visite
    Au gré des collections de la fondation Alliances
    Les oeuvres délivrent une critique acerbe de la société mondialisée

    Marrakech n’a plus à rougir. La ville possède aujourd’hui un musée digne de ce nom. Le Musée d’art contemporain Africain Al Maaden (Macaal) abrite les collections de la fondation Alliances, tournées vers l’art contemporain africain. Il faut traverser l’Agdal, longer le quartier populaire de Sidi Youssef et pénétrer dans le vaste resort d’Al Maaden pour tomber sur cette pépite architecturale. Un bâtiment imposant qui se fond parfaitement dans le décor végétal de ce lieu de résidence à Marrakech. Une fois les portes franchies, les 2 heures d’une incroyable visite commencent. Depuis sa récente ouverture, l’exposition temporaire actuelle, qui se poursuit jusqu’en mars, se consacre à l’environnement.

    «Essentiel paysage» réunit les pièces de la collection Alliances en rapport avec la nature, et celles d’artistes africains glanées dans des collections internationales de renom. Au début de la visite, les oeuvres célèbrent le sujet avec joie et légèreté. Plus on avance, plus celles-ci dénoncent les ravages de l’humain. Des chocs parfois comme devant «La fuite des cerveaux» ou «Défis de la mondialisation» de l’artiste congolais Chéri Chérin. Pourtant ultra colorées et pleines d’une grande force satirique, ces toiles délivrent une critique acerbe de la société mondialisée et de son exploitation du continent africain. Voilà l’art contemporain dans toute sa splendeur, questionnant, dérangeant, dénonçant. Les salles s’enchaînent dans cet espace lumineux de 900 m2, aménagé par l’architecte français Jean-François Bodin.

    Oeuvre après oeuvre, l’Afrique s’impose, comme l’écrit pour ce musée Driss El Yazami, président du CNDH, «meurtrie, malmenée par l’histoire et encore aujourd’hui exploitée, ignorée, souvent incomprise parce que perçue au travers de tant de clichés. Une Afrique bousculée mais résiliente, vibrante de vie et de rires, foisonnante et généreuse». De la joie en effet avec John Goba de Sierra Leone et sa «Yellow Crazy Woman» ornée d’épines de porcs-épics, symbole de protection, de fertilité, de vertus spirituelles et mystiques, ou «En regardant les poissons» de Chéri Samba, qui utilise l’humour dans son travail et très souvent le motif du poisson pour rapprocher et critiquer, selon la formule populaire, «gros poisson» et personnalité de pouvoir.

    Le Macaal offre également une place de choix à nos artistes. Mohamed Ben Allal, l’un des principaux représentants de l’art naïf marocain, le Souiri Abdelmalek Berhiss dont les oeuvres évoquent avec poésie un passé séculaire, les jardins d’Eden d’Ahmed Louardighi qui fourmillent de détails et de motifs, ou encore les toiles d’Abbès Saladi, disparu en 1992, qui disait vouloir peindre «l’absolue beauté». Et encore tant d’autres...

    L’art pour éveiller les consciences et agir sur les comportements

    Puis, on arrive dans une pièce sombre où est projetée la vidéo «Crossings» de Leila Alaoui. Une plongée dans l’expérience des migrants subsahariens à Rabat qui recrée «les sensations troublantes de leurs trajectoires» comme l’expliquait la photographe disparue. Et puisque recycler c’est résister, certains artistes détournent des objets de consommation pour en faire des créations authentiques. C’est ainsi que le Béninois Romuald Hazoumé transforme le bidon d’essence en plastique en métaphore de l’humain. Même démarche avec le «War Throne» de Gonçalo Mabunda, originaire du Mozambique, qui utilise les armes récupérées à la fin de la longue guerre civile du pays (1976-1992) pour en faire des objets d’art, dénonçant au passage la corruption des gouvernements du continent et les suites du colonialisme.

    Heureusement, ce musée de haute volée offre aussi des moments d’arrêt. Un petit café où l’on pourrait se croire comme à la maison, une boutique où trouver des créations à acquérir et un vaste jardin avec une vue imprenable sur la campagne environnante. De quoi méditer sur la visite.
    Le président de la fondation Alliances, Alami Lazraq, souhaitait, par cette exposition qui met en lumière l’énergie créative du continent africain, simplifier le langage scientifique lié aux enjeux climatiques et environnementaux. «Parce que l’art détient cette capacité d’aider à penser, ce pouvoir exceptionnel de générer des émotions et ainsi influencer les modes de vie. Une prise de conscience collective qui induirait des changements comportementaux et inciterait la société civile à passer à l’action».

    Stéphanie JACOB
     (Photos Mokhtari)

     

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