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Culture

Leïla Slimani: «Ce qui m’intéresse, c’est de faire tomber les masques»

Par Aïda BOUAZZA | Edition N°:4890 Le 03/11/2016 | Partager
Un café littéraire s’est tenu autour d’«Une chanson douce» publié aux éditions Gallimard[scald=8150:sdl_editor_representation]
Le nouveau roman de l’écrivaine en lice pour le Goncourt, le Renaudot et le Flore
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C’est devant une salle pleine à craquer que Leïla Slimani a présenté son nouveau roman «Chanson douce» lors d’un café littéraire exceptionnel au  Sofitel Tour Blanche Casablanca (Ph. F. Al Nasser)

Elle avait déjà créé le buzz suite à la publication, aux éditions Gallimard, de son premier roman «Dans le jardin de l’ogre», prix de La Mamounia 2015 et sélectionné également pour le prix de Flore. Après s’être immiscée dans la vie d’Adèle,  une mère de famille nymphomane, cette fois-ci, Leïla Slimani embarque avec beaucoup d’aisance le lecteur dans le récit de Louise, une nounou… pas comme les autres. En effet, cette dernière représente le cauchemar de toute mère, car avec elle le pire arrive! «Le bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes», tels sont les mots glaçants qui démarrent «Une chanson douce». Le nouveau roman de Leïla Slimani est en lice pour le prix Goncourt et le Renaudot dont les résultats sont annoncés aujourd’hui au Drouant à Paris, ainsi que pour le prix de Flore dont le lauréat sera connu le 8 novembre.

- L’Economiste: Vous êtes passée d’une mère de famille nymphomane à une nounou meurtrière, qu’est-ce qui vous a inspiré ce personnage?
- Leïla Slimani:
J’ai toujours été fascinée par la relation très étrange, très ambiguë qui se noue avec les nourrices. Quand j’étais petite, nous avions des nounous à la maison et déjà j’étais sensible à la position assez cruelle de ces femmes qui nous élevaient comme des secondes mères, mais qui restaient, invariablement, des étrangères. Et puis, j’ai moi-même engagé une nounou pour s’occuper de mon fils, et j’ai découvert ce monde de la «garde d’enfant» et son organisation économique et sociologique. Je me suis rendu compte que derrière l’histoire banale d’une famille et d’une nounou, il y avait énormément de choses à dire sur notre société, sur les femmes, sur l’éducation. Mais je ne savais pas comment traiter cette histoire et c’est la découverte de ce fait divers, à Manhattan, en 2012, qui m’a fourni une trame narrative.
- Le roman démarre tel un thriller à l’américaine… Pourquoi ce choix?
- En commençant ainsi, je voulais frapper l’esprit du lecteur, le harponner. Du coup, il va être très attentif pendant tout le roman. Il va faire attention à des détails qu’on ne voit pas d’habitude, se comporter en enquêteur et chercher les racines du drame. Et puis cela permet d’évacuer tout de suite l’idée d’un suspense sordide autour de la mort des enfants. Finir là dessus aurait été horrible et aurait finalement détourné le lecteur du vrai sujet du livre.

- «Dans le jardin de l’ogre» comme dans «Chanson douce», vous partez de faits banals où tout est quasi parfait pour ensuite explorer des aspects «sombres» de vos protagonistes… Qu’est-ce qui vous attire dans cette démarche?
- Ce qui m’intéresse, c’est de faire tomber les masques, d’aller chercher au-delà des apparences. C’est ce qui fait le sel de la littérature: sonder l’âme humaine et montrer que les individus ne sont pas seulement la somme des conformismes et des discours auxquels on les résume parfois.

- Vous êtes à peine à votre 2e roman et voilà que vous êtes en lice pour plusieurs prix littéraires prestigieux, notamment le Goncourt. Et si vous le remportiez…
- Oh je suis bien trop superstitieuse pour jouer à ce jeu-là ! Nous verrons bien, mektoub!

- Où en est l’adaptation cinématographique de votre premier roman?
- Le scénario est écrit et cela suit son cours. Mais je ne participe pas du tout à ce processus donc je ne peux malheureusement pas vous en dire plus.

- Sur quel type de personnage focalisera Leïla Slimani dans son prochain ouvrage?
- Ah si seulement je le savais! J’ai plusieurs idées, mais rien de précis pour le moment.o
Propos recueillis par
Aïda BOUAZZA

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