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    Utile ou inutile l’interposition?
    Par le colonel Jean-Louis Dufour

    Par L'Economiste | Edition N°:2355 Le 06/09/2006 | Partager

    Le colonel Dufour, qui a donné, le 16 mars à Casablanca, une conférence sur «les nouvelles formes de la guerre» (cf. L’Economiste des 16, 17 et 20 mars 2006; www.leconomiste.com), est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont La guerre au XXe siècle, Hachette 2003; Les crises internationales, de Pékin à Bagdad, Editions Complexe 2004IL est deux façons d’arrêter des hostilités entre adversaires. La première est directe. Les deux camps décident eux-mêmes de terminer la guerre. La seconde entend contraindre les peuples aux prises à cesser de se battre, c’est-à-dire recourir à la force si les belligérants rechignent à ranger leurs armes au râtelier. Mais rares sont les Etats à se porter volontaires pour séparer physiquement deux armées (ou milices) en cours d’affrontement. On ne se place pas, de son plein gré, entre deux feux. Le danger est trop grand. Tout juste la technique moderne permet-elle de bombarder de haut, de loin, sans trop de risque pour les aviateurs, un Etat dépourvu d’une défense contre avions sérieuse et qui s’en prend à l’une de ses minorités. Au printemps 1999, l’OTAN a frappé la Serbie pour l’obliger à ne plus martyriser les populations du Kosovo. Cet exemple, sans précédent, est demeuré unique. . Des forces inemployéesDepuis un demi-siècle, la règle suivie par une communauté internationale soucieuse de paix est l’interposition entre les combattants dès que ceux-ci ont sonné la fin du tir. En 1956, une première force de ce type a séparé l’Egypte et Israël. Toutefois, on peut juger superflu de lancer l’opération si les combats sont terminés. Au fond, une force d’interposition ressemble à des rideaux aux fenêtres d’une maison: elle est plus avenante mais ce n’est pas indispensable pour l’habiter.Il est un exemple quasi caricatural de force inutile en apparence, celle de Chypre (UNFICYP(1)), créée en 1974. Elle sépare les Chypriotes grecs de leurs homologues turcs, ceux-ci appuyés par l’armée d’Ankara, débarquée à Kyrénia le 20 juillet 1974. Le 16 août suivant, la partie turque, qui contrôle désormais 38% du territoire de l’île accepte de cesser le feu. Depuis, l’Unficyp maintient d’autant plus facilement la paix que Grec et Turcs sont décidés à ne la point troubler. Il y a certes des incidents mais peu nombreux et souvent sans mort d’homme, du genre «survol un instant de l’espace aérien grec par un avion de combat turc».La Force a servi longtemps de facteur pour faciliter l’échange de courrier entre les deux zones, tâche utile mais qui n’exigeait peut-être pas un déploiement militaire. Quatre ans plus tard, le 19 mars 1978, la Force intérimaire des Nations unies au Liban ou Finul (Unifil en anglais) est instituée pour reconduire les Israéliens à la frontière(2) et empêcher les activités offensives palestiniennes en direction de l’Etat hébreu. Après des velléités d’appliquer le mandat et quelques tués dans un accrochage avec des miliciens de l’OLP, le bataillon français revient bientôt à une conception plus onusienne du maintien de la paix: observer et rendre compte, à charge pour le commandement de la Finul d’émettre des «strong protests(3)» pour dénoncer telle ou telle entrave au bon fonctionnement de la Force. Cette inaction profonde n’est pas allée sans incidents, accidents, querelles locales, ni sans pertes. Quelque 250 Casques bleus ont payé de leur vie le désir manifesté par leurs gouvernements de jouer un rôle au Proche-Orient. Hélas, le 6 juin 1982, les Forces de défense d’Israël (FDI), prenant pour prétexte un attentat perpétré trois jours plus tôt contre l’ambassadeur d’Israël à Londres, entraient au Liban sans souci aucun de la Finul. Non seulement la Force n’appliquait pas son mandat, mais sa présence ne constituait même pas un obstacle juridique pour l’envahisseur. Deux cas sont donc possibles: ou les belligérants n’ont aucune envie de rouvrir les hostilités et la Force paraît inutile, ou ils les reprennent et la Force, sans ordres ni moyens pour le faire, ne peut s’y opposer. . Des aspects positifs Il serait pourtant injuste d’en rester là. L’Unifcyp a gelé la situation sur le terrain pour donner aux diplomates le temps de trouver une solution à la coupure de l’île en deux ; leur échec ne leur est pas vraiment imputable. Au Liban, la compagnie du génie onusienne a déminé et désamorcé un nombre incalculable d’engins. De 1982 à 2000, lors de l’occupation israélienne, les Casques bleus ont neutralisé un grand nombre de pièges, disposés le long des routes, destinés aux convois des FDI,  tout en protégeant les Libanais le mieux possible. Depuis sa création, la Finul a fait régner au Sud Liban une certaine paix et une certaine sécurité(4). Ses habitants ont fini par apprécier la présence de ces hommes, au comportement plutôt digne d’éloges, pour leur contribution à la stabilité de la région et au progrès relatif de son économie. . Une force partialeReste à savoir si la Finul nouvelle manière va se montrer plus efficace que sa devancière. Cela n’est pas certain. La Force doit être homogène, une juxtaposition d’unités ne l’est jamais. La Force doit être impartiale, la deuxième Finul, comme le première, ne le sera pas. Pour plusieurs raisons ! Difficile, tout d’abord, de maintenir une balance égale entre une milice et un Etat. La Force sera stationnée au Liban au lieu d’être à cheval sur la frontière. Sa composition est déséquilibrée. Hormis celle du Qatar, la participation d’Etats arabes se fait attendre. Si la Turquie musulmane vient tenir un créneau, la Force comptera dans ses rangs un allié militaire d’Israël. Curieuse façon d’être neutre ! La Force doit être redoutable. Faute de moyens, la nouvelle Finul ne pourra pas dissuader les FDI de repasser la frontière. S’il est bien prévu d’équiper la Force de chars Leclerc et d’une artillerie automatisée(5), il n’est question ni d’avions de combat(6), ni apparemment de missiles Sol-Air. Pourtant, le territoire que le Liban est invité à contrôler dans sa totalité avec l’aide de la Finul comporte aussi un espace aérien et des eaux territoriales. Rien n’empêchera les F16 israéliens de survoler le Liban.Tout se passe comme si le Conseil de sécurité avait pris sans trop de nuances le parti d’Israël. Peut-être était-ce la condition à remplir pour voir les combats cesser et les FDI évacuer les régions envahies. De toute manière, l’envoi d’une force d’interposition ne résout rien. Cela permet seulement aux politiques, s’ils en ont la volonté, d’avancer sans plus de drames sur le chemin tortueux qui mène à la paix. Là est tout ce qu’on peut souhaiter à cette Finul numéro deux. En attendre davantage serait illusoire.


    Les forces internationales de maintien de la paix

    LA première force d’interposition a été créée en 1956, lors de la crise dite de Suez. Le Premier ministre canadien de l’époque, Pearson, avait suggéré de peindre en bleu les casques des soldats !On compte actuellement 29 opérations de paix, dont 16 sous l’égide de l’ONU, et 13 relevant d’autres organisations, comme l’OTAN, la Communauté des Etats indépendants (CEI), l’Union africaine, l’ECOMOG, bras armé de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest ou CEDEAO, l’Union européenne.--------------------------------------------------------------------------------------(1) UNFICYP, initiales en anglais de United Nations Force in Cyprus2 Le 15 mars 1974, Israël envahit le Sud Liban au cours de l’opération « Litani », en riposte à un attentat palestinien commis le 10 mars contre un autobus sur l’autoroute Tel-Aviv-Haïfa (trente civils israéliens tués ou blessés). La Finul est créée le 19 mars (résolutions 425 et 426). Le 23 mars, les premiers éléments français se posent à Beyrouth. Ils ont été précédés la veille par un bataillon iranien, le premier à arriver sur place. Le Shah d’Iran n’avait pas perdu de temps !(3) Vive protestation !(4) Hors affrontements avec Israël évidemment ! (5) En cours d’embarquement ce mercredi à Toulon(6) La Grande-Bretagne a toutefois proposé d’envoyer au Liban un AWACS de surveillance aérienne et des appareils Jaguar, d’attaque au sol, vieux d’un demi-siècle, capables d’attaquer une position terrestre, du Hezbollah par exemple!

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