×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Société

Une miraculée incendiée par son mari raconte

Par L'Economiste | Edition N°:2175 Le 20/12/2005 | Partager

. Son mari l’accuse d’adultère. Il est en détention provisoire pour tentative d’homicide . Un cas tragique de violence conjugale«JE vais mourir, n’est-ce pas?» Plus qu’une réponse, c’est du réconfort que Milouda F. réclame à travers son interrogation. Sa voix à peine audible, ponctuée de petits gémissements, en dit long sur sa souffrance. Trois mois depuis que son mari l’a «incendiée», ses brûlures (de troisième degré à la tête et la face dorsale de ses mains et deuxième degré au dos) semblent toujours aussi douloureuses. «C’est toujours ainsi. A chaque fois qu’on lui refait ses pansements, sa souffrance est exacerbée», explique une infirmière. Dans cette clinique casablancaise où Milouda est admise depuis le 29 novembre, son affaire alimente encore les discussions. «C’est inhumain!» dénoncent infirmières et personnel administratif. Pour eux, ce «crime» est tout simplement «inqualifiable» et son auteur est un «barbare». Tout le monde compatit au calvaire de Milouda qui, outre ses brûlures, se trouve être enceinte. Elle en est à son 6e mois, dit-elle. Elle en était au 4e quand son mari l’a brûlée. Hospitalisée à l’hôpital d’Agadir pendant 22 jours, elle a été ensuite transférée à Rabat puis au CHU de Casablanca avant d’être admise dans cette clinique de Casablanca. «C’est à la demande des ONG qui l’ont accueillie qu’elle a été transférée à cette clinique», explique son médecin traitant. «Elles voulaient la soustraire à la pression et la curiosité que suscite son cas et que ni son état physique ni psychologique ne lui permettent de supporter», ajoute-t-il. Encore traumatisée, Milouda cherche à réaliser ce qu’elle a subi: «C’est quoi «victime»? Depuis que je suis brûlée, j’entends souvent ce terme», murmure Milouda avant d’entamer le récit de son malheur. Un récit qui reprend en détail sa déposition devant la PJ et qui rejoint, dans une grande mesure, celle de son mari. L’histoire remonte à trois mois à peu près. Un mois avant le Ramadan, précise-t-elle. Sur le P.-V. de la Police judiciaire d’Agadir, cela s’est passé exactement la nuit du 10 au 11 septembre. Une longue nuit où le couple s’est livré, comme à l’accoutumée, à l’une de ses mémorables disputes. «Je lui ai demandé de l’argent pour les besoins du ménage. Il s’est emporté», se souvient Milouda. «Il ne veut jamais me donner de l’argent. On se dispute souvent à ce sujet», insiste-t-elle. Son mari, Abdelmajid L. 40 ans (39 ans en réalité puisqu’il est né en 1966), est tôlier. «Cela fait un an qu’on est marié. Mais on se dispute tout le temps». Fait que son mari confirmera devant la Police judiciaire. Mais Milouda précise que son mari est alcoolique et qu’il la frappait souvent. Aujourd’hui, elle ne désire qu’une chose: ne plus entendre parler de lui. «Je ne veux plus le voir. Qu’on l’emprisonne ou pas, m’est égal. Ce que je veux c’est ma liberté!»Son visage se crispe. La douleur la relance. Elle tente de relever sa petite tête emmitouflée dans des bandages blancs, mais n’y arrive pas. Elle remue douloureusement le corps en prenant délicatement appui sur sa main droite dont le majeur est recourbé. Sa main gauche, elle, est, hormis deux doigts qui émergent, complètement cachée par son pansement. Milouda paraît très jeune. C’est presque une enfant. Au point que son petit mensonge sur son âge -elle dit avoir 19 ans- en est presque crédible. Sur le P.-V. de la Police judiciaire, il est indiqué qu’elle est née en 1972. Au prix de grands efforts, elle arrive à trouver une position moins douloureuse. Elle continue son récit d’une voix chevrotante. Son mari lui aurait demandé d’aller avec lui chez sa famille, sa sœur et sa mère. Mais il l’aurait conduite dans un coin désert, au quartier Hassania, bien loin de la baraque où ils habitent dans le bidonville «Day day» à Anza (Agadir). C’est là qu’elle attendra son retour comme il le lui demandera. Une demi-heure plus tard, il revient et lui ligote les mains derrière le dos (sans doute avec un fichu peu solide puisqu’elle réussira à le dénouer), lui rabat la capuche de sa djellaba sur les yeux avant de l’asperger d’essence et l’incendier. «Il m’a laissé brûler et s’est éloigné, faisant fi de mes cris de souffrance. Je hurlais, je me mettais de la terre sur la tête pour me soulager, en vain», se souvient-elle. Ses cris ont fini par alerter des passants qui ont prévenu la police, qui ne mettra pas beaucoup de temps pour retrouver le mari. Celui-ci soutient, comme c’est consigné dans le P.-V. de la PJ, que sa femme avait la fâcheuse habitude de fuguer du domicile conjugal. Ce qui le mettait hors de lui. D’autant qu’elle se refusait toujours à lui. Ce qui a fini par semer le doute dans son esprit: à chacune de ses fugues, son épouse, qui prétextait rendre visite à une tante dans la région de Houara (40 kilomètres d’Agadir), se livrait à la prostitution, raconte-t-il. D’ailleurs, il pense que l’enfant que Milouda porte (voir encadré) n’est pas de lui. Mais si ses soupçons sont très forts, il n’a jamais pu les vérifier, comme il le révélera à la PJ. Accusé de tentative d’homicide avec incendie volontaire, le mari, qui a un casier judiciaire vierge, est en détention provisoire. L’affaire est actuellement devant le juge d’instruction.


Black-out des associations

DES ONG actives dans le domaine des droits des femmes qui ont contacté L’Economiste au sujet de l’affaire de Milouda, ont choisi par la suite de garder le silence. En dépit des innombrables sollicitations, elles ne voudront curieusement plus communiquer. «Nous ne voulons pas trop médiatiser cette affaire, s’entête-t-on à répondre auprès de ces associations en arguant de l’état psychique et physique de la victime. Un état qui, selon le médecin traitant de Milouda, sera également invoqué pour justifier leur demande de sortir la patiente du CHU de Casablanca. Alors que dans le message adressé à L’Economiste, elles affirment que «les tentatives pour la faire admettre au CHU de Rabat s’étant révélées infructueuses, il a fallu l’envoyer à Casablanca où elle a été admise deux jours et ensuite mise à la porte alors que son état physique et psychologique nécessite un suivi et des soins quotidiens». Actuellement, Milouda, qui vient d’accoucher (mardi 6 décembre) bien avant terme, est au service Gynécologie du CHU de Casablanca. Elle a mis au monde un bébé prématuré, qui ne survivra pas. Confié à l’Association Goutte de lait le 8 décembre, il décédera trois jours après (le 11 décembre). La maman, elle, se rétablit lentement en attendant que se libère une place au service des Brûlés. Dans une semaine à dix jours, l’équipe traitante compte procéder à une greffe de peau pour réparer les lésions causées par les brûlures.Khadija EL HASSANI & Malika ALAMI (à Agadir)

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc