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Subvention sur le sucre? Ne cédonspas au lobbying des limonadiers!
Par le Pr Mekki Zouaoui

Par L'Economiste | Edition N°:2692 Le 15/01/2008 | Partager

Le Pr Mekki Zouaoui est économiste; il enseigne à l’Université Mohammed V de RabatBeaucoup se souviennent de la bataille livrée en 1999 par les professionnels des soft-drinks pour s’opposer à la décision du gouvernement Youssoufi de ne plus subventionner le sucre utilisé pour les sodas. Par cette simple décision, l’Etat, par le biais de la Caisse de compensation, a pu récupérer pas moins de 120 millions de DH par an. C’était, assurément, l’une des initiatives les plus inspirées de Lahlimi (ministre des Affaires générales à l’époque).Aujourd’hui, le puissant lobby des limonadiers revient à la charge, encouragé par l’engagement pris il y a près d’un an par Mezouar et Talbi Alami d’annuler la décision de Lahlimi. Cependant, cela ne s’est jamais fait car Fathallah Oualalou, en tant que ministre des Finances, s’y était catégoriquement opposé. Les limonadiers doivent restituer la subvention au sucre mais supporter de nouvelles taxes pour compenser les dégâts occasionnés à la santé des jeunes. La société marocaine n’a pas à supporter les dégâts présents et à venir causés par les multinationales de la malbouffe. La seule politique publique pertinente en la matière est celle de la prévention. Il ne s’agit évidemment pas d’interdire, il faut taxer. Les économistes savent calculer le niveau optimal de taxation qui prend en considération les dommages faits à la société, à l’instar du principe pollueur-payeur. . Laxisme des gouvernantsDe nombreux médecins militent pour que des aliments reconnus néfastes du point de vue nutritionnel soient surtaxés. Cela participe de la rationalité économique. L’histoire du laxisme des pouvoirs publics face aux fabricants de cigarettes est édifiant à cet égard. Aujourd’hui, aussi élevées soient-elles, les taxes sur le tabac ne compensent pas les coûts supportés par les sociétés pour la prise en charge des maladies liées au tabagisme. Le problème au Maroc est que ces questions sont occultées, parfois par ignorance, mais le plus souvent par manque de courage politique parce qu’on ne veut pas se mettre à dos de puissantes multinationales de l’industrie alimentaire, les industriels marocains du secteur ainsi qu’une frange des consommateurs.Le Maroc, comme d’autres pays, est totalement désarmé face à la puissance du marketing des multinationales agroalimentaires. Est-ce une fatalité? Non. Etre de gauche aujourd’hui, c’est ne pas accepter cette «fatalité»:- c’est avoir le courage et la volonté d’appeler ouvertement à la restriction de la publicité des multinationales de la malbouffe ciblant les enfants et adolescents, à l’instar de ce qui se passe déjà dans certains pays développés; - c’est avoir le courage et la volonté de militer pour qu’une partie de la subvention du sucre restituée par les limonadiers serve à financer des campagnes régulières d’information et de prévention sur les questions de nutrition des jeunes.L’attitude de chacun des trois ministres, Chami, Mezouar et Baraka face à la pression des limonadiers sera un test révélateur de sa doctrine politique et économique: libérale ou sociale-démocrate.. L’USFP en première ligneCet exemple illustre bien le genre de différences dans les choix économiques qu’il peut y avoir entre un ministre libéral, aussi bon gestionnaire et intègre soit-il, et un ministre social- démocrate. Pour ce dernier, les impératifs de compétitivité d’un secteur particulier ne doivent pas se faire au détriment d’autres impératifs d’intérêt général, relatifs, notamment, à la défense des consommateurs, à la justice et à l’équité sociales, au respect de l’environnement… C’est, de plus en plus, sur ces questions, et sur d’autres sujets similaires, que les frontières entre libéralisme et social-démocratie, entre droite et gauche, vont se dessiner. Le rôle d’un ministre de gauche est de pouvoir expliciter ces clivages, en expliquer les enjeux, les rendre intelligibles et compréhensibles à ses partisans et aux citoyens. C’est, en partie, pour avoir négligé cette fonction pédagogique, mais éminemment politique que, aux yeux des électeurs, plus rien ne distinguait les ministres USFP des autres ministres. La presse rapporte que Mezouar aurait cédé à la pression des limonadiers, mais que rien ne filtre sur les opinions des deux autres ministres, Baraka et Chami. Pour le ministre des Finances, cela ne ferait que confirmer son engagement de février 2006. Ce que tout un chacun déplore. Par contre, il me semble difficile de croire que le ministre des Affaires générales cède à une telle pression. Si, par malheur, c’est le cas, tout l’espoir est reporté sur Chami pour continuer à s’opposer à tout recul sur cette question.C’est une épreuve importante pour Chami, le jeune ministre de l’Industrie; une épreuve qui prend valeur de test politique: cohérence avec les positions du groupe parlementaire, respect des orientations générales de son parti, construction d’une image de «technocrate habillé en USFP» ou celle d’un véritable politique social-démocrate capable d’incarner ce que la plupart des ministres USFP des gouvernements précédents  n’ont pas pu ou su incarner, à savoir dynamisme, audace, langage du vrai, pédagogie, créativité et, disons-le, sympathie.


Obésité et malbouffe

L'argument essentiel avancé à l’époque par Lahlimi pour arrêter la subvention de sucre aux limonadiers est toujours valable: la compensation avait été déviée de son objectif initial. A cela s’ajoutent d’autres raisons, pas assez soulignées à l’époque: les méfaits des sodas sur notre santé, notre nutrition, nos habitudes alimentaires et notre culture culinaire.. Une question de classes socialesQue faire devant le problème grandissant de l’obésité chez les jeunes? Le ministère de la Santé la reconnaît aujourd’hui comme un problème de santé publique, mais il ne se dessine encore aucun plan d’action pour y remédier.La malbouffe s’attaque aux jeunes plus que jamais. Dans notre société où les couches favorisées sont de plus en plus sensibilisées à l’importance d’une saine alimentation, pas étonnant que ces multinationales ciblent en premier les jeunes et les ménages les plus modestes en faisant croire que «modernité» et «bien-être» riment avec consommation de leurs sodas. C’est ce faux modernisme que l’on doit dénoncer, pas pour des raisons idéologiques, mais pour les mêmes raisons que de nombreuses associations et Etats aux Etats-Unis et en Europe ont avancées pour restreindre la publicité des marchands de sodas ou interdire les machines distributrices des boissons gazeuses tant à l’intérieur qu’aux alentours des écoles.... Un verre égale 7 sucresCéder aux pressions des industriels de la malbouffe, c’est accepter que se répandent de mauvaises habitudes alimentaires et renoncer à préserver notre culture culinaire. Boire un verre de 25 cl de ces breuvages revient à manger l’équivalent de 7 morceaux de sucre. Qui plus est, prises au cours du repas, ces boissons sucrées enlèvent toute envie de consommer des fruits, ce dont se lamentent des parents qui ne comprennent pas que leurs enfants se privent de vitamines et de plaisirs gustatifs que nous envient les étrangers tant nos fruits ont encore du goût. Ce que la plupart des parents ne savent souvent pas, c’est qu’il faut bannir ces sodas de la table pour que les enfants retrouvent l’envie de manger des fruits. C’est dire combien le matraquage publicitaire est pernicieux; un matraquage pour lequel la société marocaine est aujourd’hui désarmée. C’est une offense à nos traditions culinaires que de nous inciter à accompagner nos tajines de ces boissons sucrées. Une aberration nutritionnelle et gustative que déplorent les esprits avertis qui se lamentent de voir ces mauvaises habitudes alimentaires se répandre dans tous les milieux, même les plus raffinés. Une aberration gustative qui chagrine et attriste des amis étrangers, autant séduits par le raffinement et les saveurs de notre cuisine, que déçus par le manque de discernement dont nous faisons preuve et choqués par le rapport primaire et naïf que nous entretenons avec une certaine «modernité». Des habitudes qui altèrent la finesse et la réputation de notre cuisine et qui ne nous honorent pas en tant que dépositaires de ce legs culinaire.

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