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    Six jours à Beyrouth
    Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

    Par L'Economiste | Edition N°:2479 Le 07/03/2007 | Partager

    Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont «La guerre au XXe siècle», Hachette 2003; «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», Editions Complexe, 2004 (Ph. Cherkaoui)Notre consultant, le colonel Jean-Louis Dufour, vient de passer une semaine au Liban. Il nous fait part de faits et d’impressions notés dans ce pays qu’il connaît bien. . Dimanche 25 février La nuit est tombée quand l’Airbus de la MEA(1) se pose à Beyrouth. Le taxi roule vite sur l’autoroute qui mène à Achrafieh (Beyrouth-est). Il est tard, les rues sont presque désertes. Près de la place Sassine, un panneau électronique déroule ses annonces. Entre une invite pour une sauce tomate et une publicité automobile, s’intercale la photo des 7 Libanais anti-syriens assassinés depuis deux ans, Hariri, l’ancien Premier ministre, Tuéni, le journaliste de haute lignée, Gemayel, le ministre et fils de l’ancien président, les autres… La nuit est calme et claire.. Lundi 26 févrierLe jour éclate. Le soleil n’est pas en cause mais le bruit. La circulation est intense, les embouteillages sans fin, les coups de klaxon, innombrables. Aux principaux carrefours et points sensibles stationne un antique blindé de l’armée libanaise. Il y en a un en face de l’université, un autre devant l’ambassade de France. Les soldats, tranquilles, sont bien tenus. Quand le trafic est moindre, des jeeps patrouillent. Dans ce pays qui craint la guerre civile, ce sont là les seuls signes visibles de présence armée. Direction la place des Martyrs. Pour cause de protestation politique, le centre-ville est comme mort. C’est normalement, depuis qu’il a été reconstruit, un ensemble plaisant où s’entremêlent immeubles neufs ou rénovés, mosquées, chapelles, églises, certaines anciennes, tous édifices construits en pierre «amleh», sorte de grès à la belle couleur ocre. Là se trouvent aussi des commerces de luxe et des restaurants à terrasse. S’y côtoient Beyrouthins en train d’admirer les lieux, hommes et femmes d’affaires travaillant sur place, étudiants descendus d’un campus voisin, familles de touristes originaires du Golfe, aux femmes voilées de noir de la tête aux pieds, venues des grands hôtels du bord de mer pour se distraire et faire du lèche-vitrine. Depuis trois mois, ce centre est interdit aux automobiles. Tout est fermé. L’espace est envahi de tentes inoccupées, destinées à abriter le «sit-in» des opposants. Ceux-ci ont beau ne plus coucher là, la manifestation continue, le pouvoir, si mal nommé, n’ose pas faire évacuer la place au nom de la liberté de circuler, de travailler, d’entreprendre. Les lieux, toutefois, restent propres. Aucune vitrine n’a été défoncée, aucune dégradation n’est visible. Seuls demeurent des balayeurs et des militants pour garder les tentes, pauvres diables barbus, chargés de protéger des magasins aux prix ahurissants pour eux. Alentour, des ouvriers s’activent, de superbes logements se construisent; un immense hôtel, en forme de voile, est presque achevé, 35 étages face à cette mer apprivoisée naguère par les Phéniciens.. Mardi 27 févrierLa crise demeure en dépit des médiateurs. Le Hezbollah reste inébranlable. Le président et le 1er ministre se disputent pour savoir qui se rendra à l’invitation du roi saoudien Abdallah au sommet du 27 mars. L’opposition veut toujours faire partie du gouvernement pour mieux empêcher la création du tribunal international chargé du procès des meurtriers(2) d’Hariri. Au Liban, certains croient qu’un gouvernement d’union nationale guérira le pays de ses maux.En tête de ceux-ci figure la faiblesse insigne de l’Etat. Pour pallier son incurie, de grandes entreprises recourent à des sociétés de sécurité. Elles sont une trentaine à se partager le marché. Leurs gardes, sobrement habillés de sombre, sans arme apparente au côté, se tiennent là où des affaires sont traitées.. Mercredi 28 févrierConfucius à Beyrouth! C’est le nom de l’institut culturel chinois inauguré aujourd’hui, le premier du monde arabe. Il s’installe à l’Université Saint Joseph (USJ), créée en 1875 par les Jésuites. Motif, l’enseignement du français, auquel l’université chinoise de Shenyang, patronne de l’opération, attache une grande importance. Surtout, l’USJ(3), havre de science, de tolérance et d’humanisme, est une institution prestigieuse au Moyen-Orient. Et les Jésuites connaissent la Chine! Un des leurs n’avait-il pas transcrit le nom de Kangfuzi en Confucius? Dans son discours, le doyen a rappelé les cinq vertus prônées par le philosophe, bonté, droiture, bienséance, sagesse, loyauté! Inattaquable en effet! Au même moment, le patriarche maronite déplore le réarmement en cours des partis.. Jeudi 1er mars Cette nuit, la ville a sursauté. Coups de tonnerre et éclairs imitaient la lueur déchaînée des explosions. Au matin, la lumière est incomparable, comme est grande la surprise des citoyens. La presse reproduit les portraits-robots d’assassins possibles de Pierre Gemayel et d’un individu soupçonné d’être l’auteur de l’attentat raté contre Elias Murr, ministre de la Défense. «C’est sans précédent», me dit un professeur d’histoire. Qu’est-ce que cela veut dire? S’agit-il de vrais suspects, de vrais portraits-robots, fruits de vrais interrogatoires? On est sceptique au Liban. Les médias relatent la découverte dans tout le pays d’explosifs, grenades, détonateurs chimiques, photographies à l’appui. «Gesticulation des FSI(4)», m’objecte un étudiant. Le Liban tente d’exister par lui-même, au moment où diverses personnalités arabes, saoudiennes pour l’essentiel, tentent de convaincre le Hezbollah, allié de l’Iran, de mettre, si l’on ose dire, de l’eau dans son vin, et de se montrer moins intransigeant. . Vendredi 2 marsUne relation me fait part de son inquiétude devant les progrès du fondamentalisme religieux. Elle connaît de ses amis sunnites, devenus exemplaires d’une rigueur religieuse quelque peu ostentatoire dont ils n’étaient pas coutumiers. Bah! Les gens disent la même chose depuis dix ans! En revanche, l’arrestation d’un officier libanais fait sensation. Il aurait vendu à un Service européen un rapport sur Al Qaïda, le Hezbollah et d’autres groupes soupçonnés d’activités terroristes. Selon le quotidien As Safir, l’intéressé aurait recruté des comparses, localisé grâce au GPS des positions du Hezbollah, les aurait même filmées. Y a-t-il un rapport de cause à effet? Un vent mauvais souffle sur la Finul(5). La population de Bint Jbail ne porterait pas le bataillon français dans son cœur: refus de se faire soigner, plainte au vu des patrouilles de chars Leclerc qui terroriseraient les enfants, pierres lancées contre les véhicules… Un ami colonel, ancien du 2e bureau, m’explique: «A l’instar de Bush, Chirac soutient le 1er ministre sunnite contre le Hezbollah chiite et son protecteur syrien. Les Français sont donc considérés comme des alliés des Américains. L’Organisation a donné ses ordres. Elle est obéie. Le jour où elle voudra que des attentats soient perpétrés, ceux-ci auront lieu». A bon entendeur…!. Samedi 3 marsLue dans l’avion, qui décolle diablement tôt, la «une» de L’Orient-Le Jour(6) fait chaud au cœur: «Un vent d’optimisme souffle sur le Liban». Le président iranien en visite à Ryad se serait entendu avec le roi; au sommet arabe, la question du Tribunal international sera traitée; le décaissement des fonds promis par Washington lors de la conférence de Paris III interviendra avant un mois; la 26e édition du Festival du livre a été un franc succès… Le Liban vit toujours tandis que plane le souvenir de la guerre civile. Nul n’a envie de revivre ces temps affreux. Certains disent qu’il suffirait d’une étincelle pour que tout recommence, d’autres comptent sur la sagesse des hommes. La vigilance s’impose, mais il n’est pas interdit d’espérer.--------------------------------------------------------------------------(1) Middle East Airlines, la compagnie aérienne nationale libanaise(2) Tient-on d’ailleurs les coupables ? Rien n’est moins sûr! Huit personnes sont sous les verrous depuis 18 mois, dont le chef du 2e bureau de l’armée, le général commandant les FSI, le directeur de la sûreté générale, le commandant de la garde présidentielle. Cependant, aucune de ces personnes n’a encore vu l’acte d’accusation qui n’a pas été rédigé.(3) Dans cette institution chrétienne, 35% des étudiants sont de confession musulmane, aucun crucifix ou signe religieux n’est visible sur les murs des salles de classes ou des couloirs qui y mènent, le rayonnement est intérieur.(4) Forces de sécurité intérieure, la gendarmerie libanaise, dont le chef, un général, est toujours de confession musulmane sunnite, tandis que le commandant de l’armée est invariablement un chrétien maronite.(5) Force intérimaire des Nations Unies au Liban, créée en 1978, renouvelée en 2006.(6) Ce journal est né de la fusion du quotidien l’Orient, créé en 1914, et du journal Le Jour, fondé en 1934. Il n’a jamais interrompu sa parution, sauf un seul jour, en juillet 1982, quand l’artillerie israélienne a bombardé ses bureaux.

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