×
  • L'Editorial
  • régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Le prix de L’Economiste pour la recherche en économie, gestion et droit
    Culture

    Qu’est-ce que la vérité en politique économique?
    Par le Pr Mohammed GERMOUNI

    Par L'Economiste | Edition N°:2479 Le 07/03/2007 | Partager

    Aujourd’hui comme hier, la vérité peut faire l’objet de transgressions de divers ordres; le monde politique, surtout lors des campagnes électorales, regorge d’exemples. Pourtant, la morale, l’éthique comme les religions enseignent que la vérité doit être la règle. Dire la vérité à autrui est une forme de respect de la liberté de ce dernier, de sa liberté de choix notamment avec ce que cela implique.En politique, où s’exerce l’art de la dissimulation par excellence, toute vérité n’est pas toujours bonne à dire. La politique économique en particulier y est sujette, compte tenu de son importance et de sa sensibilité. La crédibilité est fréquemment prise en défaut. Pas nécessairement pour des raisons inavouables ou malhonnêtes, d’ailleurs. Dans la tradition anglo-saxonne, le droit et le marché occupent une place importante: les mécanismes de la régulation et des contrats sont également à la disposition du décideur. A l’inverse, dans l’univers européo-latin, et le Maroc en a subi fortement l’influence, les notions de concurrence, de compétition, d’imperfections des marchés ou d’incitations ne sont pas toujours bien comprises. Ce qui entraîne l’Etat à jouer un rôle prépondérant dans le fonctionnement de l’économie. La politique économique, qui en est l’un des instruments privilégiés, se doit donc de combiner, autant que possible, un maximum d’éléments de véracité et un minimum d’arrogance. Ce qui, hélas, n’est pas toujours le cas.. Le coût de la «non-vérité»Les cas de manquement ne sont pas isolés. Ils représentent des situations uniques de «mensonge» notoire. Autrement dit, un gouvernement travestit la vérité pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Ceci est relevé par les initiés sans que cela soit souvent connu du grand public. Ces cas de «non-vérité» volontaire n’intéressent pas directement la présente réflexion, vu qu’ils relèvent davantage de l’éthique et de la morale des décideurs. De même que la gravité du «délit», comme dans le cas d’une information sélective relative à une politique économique, dépend de la pertinence de ce qui a été volontairement omis(1).La réprobation éthique du mensonge ne se limite pas à la sphère privée. Elle a atteint également les Etats modernes. On pourrait avancer que moins un Etat dira de non-vérités, plus son action gagnera en efficacité. En mettant en oeuvre une politique économique transparente, déchiffrable et lisible pour le plus grand nombre, son degré d’efficacité peut être même mesuré, à travers la réduction des coûts ou la réalisation de certains gains. La confusion, l’opacité, voire les «non-vérités» contrecarrent fréquemment la réalisation des objectifs économiques. Elles se traduisent le plus souvent par des coûts de divers ordres, sans compter les dommages causés aux catégories concernées par une politique économique. D’ordinaire, la morale classique n’est pas appliquée aux actes publics, ceux de l’Etat ou ceux du gouvernement agissant en son nom. En effet, l’une des raisons d’être même d’un Etat est de commettre des actes que la morale privée réprouve, mais que l’intérêt commun exige, comme l’utilisation de la violence pour les besoins de sécurité des citoyens, pour la défense d’un territoire, ou imposer et taxer les revenus et patrimoines des populations... . Le totalitarisme des idées Il va sans dire qu’il s’agit d’un exercice au service de l’intérêt général, dans le respect des lois du pays concerné. A cet égard, un grand nombre de stipulations des textes constitutionnels modernes (séparation, équilibre des pouvoirs, primauté du droit, ordre juste) peuvent être lues et comprises comme autant de dispositions permettant d’éviter les abus de cette «raison d’Etat»Certains ensembles de mesures se sont arrogés au cours des dernières décennies un statut de «seules politiques possibles». On ne constate que, trop souvent une sorte de «totalitarisme dogmatique» chez des défenseurs de politiques économiques s’inspirant de doctrines économiques momentanément dominantes. Ce comportement n’est pas spécifique à la seule économie. Ces approches tendent subrepticement à devenir des sortes de «religions» qu’il est interdit de contredire ou même de discuter. A l’instar, par exemple, de ce que furent certaines politiques économiques dites «tiers-mondistes», avec leurs versions nationales: elles avaient la prétention, souvent jugée démesurée, d’être l’unique vraie solution aux problèmes économiques et sociaux. Et dans bon nombre de cas, elle se revendiquaient comme la réponse unique aux questions soulevées. Avec le recul, si tout n’est pas à rejeter, leur vérité d’alors apparaît de nos jours tout simplement comme une erreur relativement lourde de conséquences.Mutatis mutandis, tout n’est pas recommandable dans les politiques économiques libérales actuellement en vogue, loin s’en faut. Il convient surtout d’éviter qu’un nouvel «intégrisme» ne remplace l’ancien dogme, comme l’a signalé de façon provocatrice, à juste titre, le professeur Maurice Allais (Nobel d’économie) en abordant la question des «vérités établies»(2). La «pertinence» des politiques économiques d’ajustement structurel, jugée incontestable pendant une longue période est une intéressante illustration de ce type de passage historique sans transition.Cependant, la pauvreté de masse et la misère n’ont pu être stabilisées depuis lors, appelant à leur tour la mise en place de correctifs pour donner une place au développement humain. Celui-ci a été occulté, les arguments en faveur de la libre initiative et du simple jeu des mécanismes du marché de nature à concourir à l’amélioration à terme de l’emploi, du revenu des populations et de leur niveau de vie, étaient les seuls agréés dans cet ordre de vérité.. Ce qui touche la monnaie doit être crédibleL’indépendance des banques centrales repose notamment sur la crédibilité des politiques monétaires menées par ces organismes. La dette de ces institutions à l’égard de la théorie économique est «considérable», comme l’a proclamé le président de la Banque centrale européenne(3). Une telle reconnaissance de dette, qui est tout sauf une clause de style, souligne l’importance accordée aux politiques de liquidité, de l’offre et de la demande de monnaie, des primes de risques et autres stratégies d’anticipations. Cependant, le statut d’une vérité établie implicitement reconnu à ces politiques semble permettre aux autorités monétaires de considérer comme accessoires la croissance économique ou la lutte contre le chômage massif par exemple. La préoccupation anti-inflationniste de ces organisations est certes essentielle au bon fonctionnement des économies modernes mais serait limitative si on s’y cantonne au moment où l’inflation redevient un phénomène avec lequel il faut compter. Il convient d’y ajouter la croissance forte de la quantité de monnaie et du crédit se reflétant de plus en plus dans le prix à la hausse des actifs (immobiliers et Bourse) par rapport aux biens et services, et même de petits pays comme le Maroc ne sont pas épargnés par un tel mouvement.


    Mentir sciemment

    Ceux qui suivent l’actualité économique internationale se rappellent les difficultés du Premier ministre socialiste hongrois, Ferenc Gyurcsany. Il avait sciemment menti, ce qui avait été divulgué par la presse en octobre dernier. Le Premier ministre sortant prônait en public une politique économique à caractère social, mais son intention réelle, révélée à ses proches, était dans les faits de prendre des mesures d’austérité. Toute l’affaire a été rendue publique par la presse. L’opinion, scandalisée par le mensonge s’est émue, et la rue s’est fait entendre bruyamment. Un cas survenu dans une jeune démocratie qui se cherche encore.


    Idéalisme et mensonge

     

    Dans leur quête pour changer un monde jugé foncièrement inégalitaire, la formulation et l’exécution de politiques industrielles, agricoles et leurs réformes d’accompagnement devaient à terme auto-entretenir la croissance. «Demain, on rase gratis», dit l’adage populaire.Plusieurs générations de penseurs et d’hommes politiques, dont l’intégrité scientifique et personnelle est hors de cause, y succombèrent en développant par idéalisme une dose excessive de volontarisme. La vérité des faits a mis à rude épreuve de telles approches, et dans certains cas l’échec aura été sans appel, en se limitant à titre d’illustration à la seule aire de l’Afrique du Nord de la deuxième moitié du siècle dernier.


    Le nouvel intégrisme libéral

     

    Un nouvel intégrisme, libéral celui-là, s’est installé aux commandes des politiques économiques.Il défend les budgets équilibrés, des prix vrais, une économie ouverte, une rentabilité financière privilégiée, un primat de l’initiative privée en particulier… De nombreux décideurs à divers niveaux de responsabilité n’hésitent guère à les considérer comme les seuls vrais remèdes au «surendettement et du sous-développement» dont souffraient trop pays, du Mexique au Maroc, en passant par l’Indonésie. Une école de pensée, privilégiant certaines des approches de grands maîtres contemporains, allait fleurir notamment par les bons soins de l’influente Banque mondiale, renforcée par les conditions de gestion publique rigoureuses prescrites par le Fonds monétaire international. Autant d’éléments d’une politique économique qui s’est voulue l’alternative et dont la discussion était à peine tolérée. Apportant une clarté certaine à des choix souvent confus jusque là, de telles approches, largement adoptées par la plupart des régions en retard, auront permis incontestablement de remporter quelques succès contre des gaspillages et les endettements alarmants. Des faux frais de fonctionnement de l’Etat ont ainsi été réduits, et un début de transparence dans le fonctionnement de certains marchés et organisations a pu être introduit.-------------------------------------------------------------------------------------------------(1) Voir l’excellent travail du directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Serge Christophe Kolm,  «Philosophie de l’économie», Editions du Seuil, Economie et Société, Paris, 1986.(2) Maurice Allais, «Réflexion sur les vérités établies», Le Figaro du 27 Avril 1999.(3) Jean-Claude Trichet, «La crédibilité, concept théorique majeur de la politique monétaire», Le Monde du 4 mai 2004.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc