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Moins de rhétorique et plus de pratique pour l’Union européenne
Par Joseph S. NYE

Par L'Economiste | Edition N°:2167 Le 08/12/2005 | Partager

Joseph S. Nye est un ancien secrétaire adjoint à la Défense (1994-1995) des Etats-Unis. Il est aussi ancien doyen de la Kennedy School of Government de Harvard. Sous sa plume, vient de sortir «The Power Game: A Washington Novel» (Le Jeu du pouvoir: Roman washingtonien). Il a aussi publié «The Paradox of American Power Why the World’s Only Superpower Can’t Go It Alone” (Le paradoxe du pouvoir américain: Pourquoi la superpuissance ne peut pas rester isolée). L’auteur estime que l’incompréhension à l’endroit des actions américaines ne vient que d’un problème de communication. La communication “soft power” (le pouvoir doux) est à ses yeux l’outil qui doit permettre aux Etats-Unis de mobiliser des alliés et faire apprécier leur politique par ceux à qui elle est destinée. Il a aussi publié en 2004 deux articles qui ont été abondamment commentés et controversés: “Soft power: The Means to Success in World Politics» (Public Affairs) et «The Decline of America’s Soft Power» (Foreign Affairs). A notre connaissance, ses ouvrages ne sont pas traduits en français, alors qu’ils ont été réédités plusieurs fois en anglais, en raison de leur succèsTerrorisme à Londres, rejet du Traité constitutionnel européen en France et aux Pays-Bas, le retour de l’europessimisme, l’échec du sommet européen de juin dernier, les confrontations aigries entre Tony Blair et Jacques Chirac… ont poussé certains observateurs à proclamer le commencement de la fin pour l’Europe. Ils ont tort. L’Europe n’est ni morte ni mourante. Les événements récents mettent fin cependant à une certaine version de l’intégration européenne: la vision d’une «union toujours plus rapprochée» produisant un pays fédéré qui deviendrait alors une nouvelle superpuissance.Cette vision n’a pourtant jamais été à l’honneur, même avant les dernières reculades. Une fois que les six pays à l’origine de la Communauté économique européenne se lancèrent dans une expansion au nord, au sud, et plus récemment à l’est pour englober les pays d’Europe de l’Est, la vieille vision fédérale fut condamnée. La Constitution fut pensée pour donner plus d’efficacité aux 25 pays membres et non pas pour produire un Etat fédéral fort.La rhétorique française fait souvent référence à un «monde pluriel» où les Etats-Unis ne représentent plus l’unique superpuissance. Un sondage du bureau Pew a récemment montré que les Européens ont abandonné leur fascination pour les Etats-Unis et voudraient voir l’Europe jouer un rôle politique mondial plus important. Même si l’Amérique a perdu une partie de son «pouvoir d’attraction», les publics de l’Europe postindustrielle ne sont pas prêts à payer le prix de l’investissement militaire qu’il faudrait pour équilibrer son pouvoir fort: le doublement ou triplement des dépenses en matière de défense en termes de parts de PIB. Et même ainsi, l’image de l’Europe n’est pas aussi piètre que les pessimistes veulent le dire. Un des dangers des récentes reculades serait l’arrêt de l’élargissement de l’Union européenne. A la fin de la guerre froide, les pays d’Europe de l’Est n’ont pas tenté de former des alliances locales, comme ce fut le cas en 1920: ils se tournèrent plutôt vers Bruxelles, pôle magnétique de leur avenir. De même, certains pays tels que la Turquie et l’Ukraine ont réajusté leurs politiques du fait de leur attraction pour l’Europe. La perte de pouvoir d’attraction qu’implique le rejet d’un élargissement prolongé serait un réel recul pour l’Europe, les Balkans et la stabilité internationale.. Faire la preuve d’un idéal réalisteQue fera l’Europe suite à tout cela? Certains conseillent d’en revenir aux six pays d’origine pour former le cœur qui créera une fédération au sein d’une union élargie. Cette approche plaît à ceux qui pensent que les référendums français et néerlandais représentent un rejet du modèle économique libéral britannique.Mais ce diagnostic est suspect, car les sondages montrent que nombre d’électeurs partisans du Non s’opposaient en fait au président Chirac et au fort taux de chômage. Se rabougrir et en revenir aux six Etats membres d’origine n’est pas une façon de répondre à ces inquiétudes et augure pitoyablement de la libéralisation du marché de l’emploi dont les économies européennes ont besoin pour aller de l’avant. Il vaudrait mieux pour l’Union européenne qu’elle fasse la démonstration que l’Europe est toujours un idéal réalisable. Cela implique de trouver un compromis sur le budget pour réduire certaines dépenses au niveau de la politique agricole commune pour consacrer certains fonds à l’intégration des nouveaux membres entrés l’an dernier dans l’Union. Cela implique également de poursuivre dans le rôle que l’Europe joue au plan de la politique étrangère pour pousser la Serbie à trouver un accord sur le futur statut du Kosovo ou poursuivre les efforts destinés à persuader l’Iran d’abandonner ses projets d’enrichissement d’uranium. Tout aussi importante sera la pression exercée pour avancer dans les négociations commerciales de l’OMC avec le cycle de Doha et pour donner suite aux engagements passés sur l’aide apportée à l’Afrique. Finalement, quand la poussière sera retombée, il sera peut-être possible de trouver des accords intergouvernementaux pour régler certains détails institutionnels qui l’auraient été si la Constitution avait été approuvée. Une Union européenne aussi pratique et efficace ne sera peut-être pas du goût des hautes aspirations rhétoriques qu’affectionnent nos politiciens mais elle n’en mourra pas. Bien au contraire, une telle Europe a tout à gagner pour elle-même aussi bien qu’à contribuer au reste du monde.


Le pouvoir «en 3D»

Le pouvoir est aujourd’hui distribué en 3D sur l’échiquier mondial de la politique et se joue verticalement aussi bien qu’horizontalement. Sur le plateau supérieur des relations militaires entre Etats, les Etats-Unis représentent la seule superpuissance internationale de portée mondiale. L’Europe ou la Chine sont loin de surpasser les Américains dans les vingt ans à venir. A ce stade-là, le monde n’a qu’un seul pôle d’attraction.Au niveau intermédiaire des relations économiques, le monde est déjà pluriel. C’est le plateau où l’Europe agit sous forme d’union, et d’autres pays tels que le Japon ou la Chine, ont des rôles significatifs. Les Etats-Unis ne peuvent conclure aucun accord commercial ou régler des litiges antitrust sans l’assentiment de la Commission européenne. Tout récemment, lorsque l’Organisation mondiale du commerce s’est prononcée en faveur de l’Europe sur certaines plaintes, le Congrès des Etats-Unis a dû réclamer des milliards de dollars USD de taxes. Cela ne décrit donc pas vraiment un monde à pôle unique.Le plateau inférieur traite des relations internationales frontalières qui échappent au contrôle des gouvernements: tout ce qui relève de la drogue, des maladies infectieuses, des changements climatiques et du terrorisme international. Sur ce plan, le pouvoir est distribué de manière chaotique parmi les acteurs qui ne sont pas des entités gouvernementales. Aucun gouvernement ne peut contrôler les résultats sans la coopération des autres Etats. Dans ce cas, les Etats-Unis ont besoin de l’aide des Européens et il n’y a pas de raison de décrire ce monde comme un monde à pôle unique.Sur ce plateau inférieur, le degré de coopération civile rapprochée est également important et est affecté par l’attrait qu’exerce le pays, autrement dit par son pouvoir d’attraction. En ce sens, les pays européens sont bien nantis, ayant surpassé des siècles d’animosité et développé un marché gigantesque avec succès.Copyright: Project Syndicate 2005 Traduit de l’anglais par Catherine Merlen

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