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L'islam est-il «laïcisable»?

Par L'Economiste | Edition N°:2144 Le 03/11/2005 | Partager

. Une conférence animée par Ghaleb Bencheikh, présentateur de l’émission Islam sur France 2. Des cas de pays ayant raté leur laïcisationJAMAIS la question de la compatibilité de la laïcité avec l’islam n’a été posée avec autant d’acuité que ces dernières années. Des termes comme laïcité, intraduisible, sont devenus tellement galvaudés que l’Association Acacia (association citoyenne pour l’avenir, l’intégrité et l’action et partenaire du Rotary Club Casa-Anfa) a organisé un ftour-débat en invitant un spécialiste de la question. Il s’agit du docteur ès sciences Ghaleb Bencheikh, président de la conférence mondiale de religions pour la paix et présentateur de l’émission «Islam» sur France 2. Ghaleb Bencheikh n’est autre que le fils de l’ancien recteur de la grande mosquée de Paris, décédé.Pour le conférencier, le terme islam est devenu un mot valise. Que d’inepties ont été dites sur cette tradition musulmane multiséculaire et des cultures qui la sous-tendent. C’est dire que la question est devenue cruciale et au centre de plusieurs enjeux, estime le conférencier. Et c’est ce qui a donné naissance à ce que d’aucuns appellent l’islamophobie. . IneptiesLe théologien estime que «nous devons être entièrement vigilants pour condamner et dénoncer ces dérives qui se font au nom d’Allah». Mais qui dit dénoncer, dit aussi annoncer qu’aucune révolte religieuse aussi légitime soit-elle n’implique la terreur et aucune résistance aussi juste soit-elle ne justifie la barbarie et les meurtres. Ce sont justement la frilosité, le mutisme et la prudence qui nous ont causé autant de torts, précise l’animateur. Ghaleb Bencheikh pense que les amalgames, préjugés et autres stéréotypes ne doivent venir que de citoyens lambda, c’est connu. Là où c’est déconcertant, c’est quand ces inepties proviennent d’autorités académiques, politiques et surtout d’instances journalistiques. Loin de lancer l’anathème du journalisme, le conférencier nuance qu’un «bon journaliste est celui qui donne à penser. Quant au mauvais journaliste, c’est celui qui livre sa pensée». C’est dire, selon l’animateur, que les musulmans traversent une crise où les épreuves peuvent être un lieu de salut s’ils sont bien négociés. «Nous avons des chantiers titanesques que sont le pluralisme, la liberté de croyance, la condition féminine, la laïcité… Finissons par nous atteler à la vaste entreprise qui dénonce la violence dans notre tradition religieuse», prône le docteur. Ce dernier préfère parler de tradition religieuse au lieu d’islam. Selon lui, de quel islam parle-t-on? Celui de l’Indonésie, des diasporas, de Sarajevo, des Kurdes ou des chiites… Pourquoi veut-on arriver à l’essentialisme réducteur? Mettons-nous d’accord sur le choix des mots d’abord. Si l’on veut être extrêmement vigilant, parlons plutôt de tradition musulmane, préconsie-t-il. Passée cette précision, le conférencier aborde celle de la laïcité. Mais avant d’y répondre, il précise qu’un phénomène de prolifération, de surenchère de colloques et de conférences est né au XXI e siècle. Ces derniers traitent de l’islam et la femme, l’islam et la violence, l’islam et la répudiation, la laïcité, la science… Ce qui témoigne à la fois d’inquiétudes, d’avidité, de soif, voire parfois d’instrumentalisations à tout-va.Pour apprécier la compatibilité entre l’islam et la laïcité, tout réside dans la définition de la laïcité, tient à préciser Ghaleb Bencheikh. Si d’emblée la laïcité veut dire neutralité, la question ne mérite pas d’être posée. Car tout adhère au neutre. Le cas échéant, «l’on parle de laïcité ouverte et intelligente, la catalyse de l’alchimie du mieux vivre ensemble». Et d’ajouter, «j’ai la faiblesse de croire que s’il devait y avoir une tradition religieuse dans la famille ibrahimite qui s’accorde le plus avec la laïcité, c’est bien l’islam». Selon le théologien, le sens étymologique de ce terme grec (laïcité) renvoie à Laos (bas peuple par opposition au clerc), demos (population dans la cité) et ethnos (peuple). Or, dans la composition islamique, il n’y a pas de clerc, précise Bencheikh. En d’autres termes, dans l’islam, il n’y a pas l’entremise d’un quelconque médiateur qui garantit le pardon de Dieu ou «vend des indulgences». C’est dire, déduit-il, que l’islam pris dans ce sens est une religion on ne peut plus laïque. Il en veut pour preuve la pléthore de versets coraniques qui plaident dans le sens de la liberté de conscience: «Nulle contrainte dans la religion» ou encore «Si Dieu l’avait voulu, tout ce qui est sur terre aurait cru…».La société musulmane adopte une pensée nécrosée, sclérosée, estime le docteur. Pis encore, il parle de situation d’impasse, de crise, laquelle une fois bien négociée, nous sortira de cette ornière. Les exemples d’instrumentalisation, de domestication et d’idéologisation de la laïcité dans le monde arabe sont légion. Ce concept est souvent érigé comme un parapluie sans plus. Des circulaires de gouvernements sont dictées dans les mosquées, devenus des espaces de surenchère qui surfent sur le mécontentement des populations. Or, la laïcité repose d’abord sur le principe de neutralité de l’Etat, précise-t-il. Du coup, «plusieurs régimes arabes en mal de légitimité ont domestiqué la donne religieuse. Et l’opposition s’empare souvent des mêmes moyens», soutient le chercheur pour qui l’on ne sortira du tunnel que si l’on arrive à une séparation réelle du politique avec le religieux. Mais ce n’est pas le seul écart, la laïcité est souvent connotée à tort dans le monde musulman. Elle est généralement perçue par des oulémas comme un concept porteur d’athéisme. Selon Bencheikh, la laïcité ne se réduit pas forcément à la tolérance, à la reconnaissance mutuelle ou au respect de l’autre. C’est bien plus que tout cela. «C’est la séparation totale du spirituel et du temporel. C’est dire que les musulmans doivent faire preuve d’une extrême pédagogie et de discernement tout en gardant à l’esprit qu’ils ne sont pas les seuls dépositaires de la vérité absolue, conclut Bencheikh. Autrement, de nombreux musulmans le resteront par simple atavisme.


Les flops de la laïcisation

Les exemples de pays ayant mal négocié ce tournant de laïcisation sont légion. Le cas de la Turquie est particulier. «C’est une laïcité aux forceps», estime Bencheikh. Selon ce dernier, 80 ans après la laïcisation par Mustapha Kemal Atatürk, c’est le retour du balancier avec le courant islamiste. Pour le cas de la Tunisie, le conférencier a souligné que le régime policier actuel ne favorise pas un débat serein sur la laïcité. Le cas algérien et sa charte laïque dénote, pour sa part, d’un glissement dans l’instrumentalisation de la religion afin de corroborer des choix socialistes. L’expérience irakienne a montré que Saddam n’a commencé à prier devant les chaînes de télé et à inscrire Allah Akbar sur le drapeau qu’après avoir reçu les premiers missiles durant la première guerre du Golfe.A.R.

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