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Politique Internationale

Les puissants de Casablanca

troisième épisode

Par L'Economiste | Edition N°:533 Le 21/06/1999 | Partager

Roman inédit de Rida LAMRINI

2- Une poupée pour Imane

Résumé du dernier épisode

Ba Lahcen, le vieux commerçant de Derb Talian, est rentré chez lui après trois jours d'absence inexpliquée. Sa famille et le quartier de Derb Talian, lui font fête. Mais Aïcha, son aînée, n'est pas revenue pendant cette absence.


"Baba! Baba!" Le cri de Imane, sa fille de trois ans, le tire de son évasion spirituelle. Unique enfant de son deuxième mariage, Imane est le seul être capable de dessiner un sourire sur son visage, donner un sens à sa vie, lui rappeler le goût éphémère du bonheur. Elle fut la première à l'apercevoir à l'entrée du toit. Elle court à sa rencontre et jette le maigre poids de son corps contre lui. Ses petits bras cherchent follement à entourer son cou. Dans un élan unanime, Saïda, sa femme, et ses garçons Ali et Omar se bousculent, qui pour lui baiser la main, qui se pendre à son cou. Les questions se bousculent sur leurs lèvres. Que lui est-il arrivé? Où a-t-il dormi ces trois nuits, lui qui n'a jamais couché ailleurs que dans son lit? Ils sont autant heureux de le revoir sain et sauf qu'anxieux d'apprendre les circonstances de sa disparition. La voisine du toit est également là avec son fils. Elle partage visiblement le bonheur qui emplit ce toit où s'est réfugiée une parcelle de la misère humaine.
"Et Aïcha?", s'enquiert Ba Lahcen sur un ton faible, comme s'il redoutait la réponse.

Aïcha n'est pas retournée à son travail et il y a eu des rafles

Un soupir embarrassé lui fait écho. Ses fils ont baissé la tête. Leur belle-mère tente de cacher ses larmes. La gorge nouée, elle rompt le silence pesant:
"Omar a été le vendredi à la société où elle travaille, comme tu l'as demandé, puis le lendemain samedi. Elle n'y était pas. Ce matin, nous leur avons téléphoné du kiosque du coin. Ils n'ont toujours pas de nouvelles. A ton tour, tu as disparu. Nous ne savions plus où donner de la tête. Nous étions dépassés. Les enfants ont été aux commissariats. Nous avons entendu qu'il y avait des rafles. Il n'y avait pas moyen de savoir si toi ou Aïcha étiez entre les mains de la police. Dimanche, j'ai fait les hôpitaux. J'imaginai le pire. Les voisins sont tous au courant. Ils nous ont aidés à vous chercher, toi et Aïcha".
Saïda termine sa phrase en sanglots. Omar, le plus jeune, détourne ses yeux brillant d'une sourde colère. Il ne supporte pas de la voir pleurer. Ali sert ses mâchoires et s'efforce de se donner une contenance à la vue de ses parents effondrés.
Ba Lahcen reprend son souffle pendant plusieurs minutes. Il s'assoit ensuite sur la couverture étalée à même le sol et s'adosse contre le mur qui entoure le toit. Il demande un verre d'eau. Après un silence, il sort une poupée de l'intérieur de sa veste. A sa vue, Imane le serre fortement dans un élan où se mêlait la joie de posséder un nouveau jouet et le bonheur de revoir son père. Quelques instants plus tard, elle se détourne des adultes et plonge dans un monde où il n'y a de place que pour elle et sa poupée. Le regard de Ba Lahcen s'illumine devant ce spectacle angélique. Il se retourne vers les siens et raconte enfin les péripéties de sa disparition.

Le jouet lui avait coûté la moitié du bénéfice de la journée

C'était vendredi. Selon son habitude, après la prière de l'aube, il était parti acheter des cageots de légumes et de fruits pour la journée et payer leur transport jusqu'à Derb Talian. Il était de retour au lever du jour pour les réceptionner et les étaler à son emplacement habituel, devant le boucher, entre Massoud le vendeur de menthe verte et Fatna la spécialiste des épices. C'était un jour comme il en connaissait rarement. Il avait liquidé sa marchandise juste après la prière d'Al Asr, en milieu d'après-midi. La recette était bonne. Plutôt que de rentrer directement chez lui, il décida de se rendre à Derb Omar pour acheter une poupée pour Imane et refaire son stock de gourmandises pour les enfants du quartier. Le jouet lui avait coûté la moitié du bénéfice de la journée. Peu lui importait. Voir sa fille heureuse n'a pas de prix, lui qui tire son bonheur du sourire des enfants. Et c'est le coeur partagé entre la joie d'offrir le jouet à Imane et l'angoisse de ne pas retrouver Aïcha qu'il avait repris le chemin du retour.
Il venait de contourner le grand hôtel de la ville, dernière étape avant Derb Talian. Ce jour-là, comme il est de coutume chaque fois qu'il abrite une manifestation internationale, l'hôtel était entouré de forces de l'ordre qui invitaient fermement les passants à s'éloigner de ses abords et emprunter les rues avoisinantes.

Les passants ne cachaient pas leur contrariété. Certains, dans une conscience balbutiante imprégnée des discours naissants sur les droits de l'Homme, voyaient l'injonction comme une atteinte à leur liberté de circuler. Plus simplement, la plupart rechignaient à effectuer un détour qui rallongeait inutilement leur chemin. Ba Lahcen était quant à lui indifférent. Seul comptait le moment où il allait retrouver sa petite Imane, les siens et les gamins du quartier. Il ne lui restait plus qu'à traverser la grande avenue pour s'engouffrer dans la faune grouillante de Derb Talian.
Il se tenait sur le trottoir, prêt à se faufiler dans le flot continu et désordonné des véhicules. C'est le seul moyen de traverser en l'absence de signalisation pour les piétons. Sans se presser, il observait la lente procession des voitures qui roulaient presque au pas.
Comme la plupart des passants, les yeux de Ba Lahcen furent accrochés par cette voiture qui s'approchait. Etait-ce sa couleur rouge vif qui sied aux voitures de sport? Ou bien son toit ouvert si peu commun? Etait-ce un signe du destin? Etait-il possible de reconnaître et déchiffrer ses signes? Instinctivement, il sentit un regard posé sur lui. Celui du jeune garçon au volant. Il avait détourné son attention de la circulation et le fixait droit dans les yeux. C'était un regard étrange, intense. A la fois inquiet et interrogateur. Ba Lahcen était comme hypnotisé, ses yeux irrésistiblement fixés sur ceux de l'inconnu. Tels des aimants attirés par la force de leur nature, deux hommes étrangers l'un à l'autre, provenant de sphères sans frontière commune, se regardèrent pendant de longues secondes, figés dans l'espace et le temps. Une inévitable bordée de klaxons mit fin à l'étrange face-à-face et rompit l'inexplicable courant invisible entre les deux hommes. L'inconnu détourna la tête le premier, comme dans une envie de se soustraire à une pression devenue insupportable. Il démarra en trombe, faisant crisser les pneus de la voiture. Comme s'il s'enfuyait.
Ba Lahcen n'était pas encore remis de cette rencontre singulière qu'une fourgonnette aux couleurs de la régie de distribution d'eau et d'électricité communale s'arrêta à sa hauteur. Deux personnages en descendirent et, sans ménagement, lui demandèrent de façon autoritaire:"Vos papiers d'identité!"


Avertissement
Malgré la grande familiarité avec la vie casablancaise et le monde du petit commerce ou de la grande finance, les événements et a fortiori les personnages de ce roman sont parfaitement fictifs. Le lecteur qui croirait reconnaître un ami, un ennemi ou une relation d'affaires ferait fausse route.
Pour ceux qui voudraient contacter M. Lamrini: [email protected]

Demain, Mercredi 23 juin, 4ème épisode

La rafle du centre-ville

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