×Membres de L'Economiste Qui sommes-nousL'Editorialjustice régions Dossiers Société Culture Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Chronique

Le tourisme espagnol à la recherche d’un nouveau modèle
Par Robert Lanquar

Par L'Economiste | Edition N°:3472 Le 23/02/2011 | Partager

Né en Algérie de parents séfarade et berbère, Robert Lanquar, après une expérience de journaliste, a été pendant une dizaine d’années chargé du marketing et des recherches sur les entreprises touristiques, à l’Organisation mondiale du Tourisme. Il a été aussi expert auprès de la Banque mondiale et a participé à l’élaboration de nombreux plans de développement touristique dont le Sénégal et les Seychelles. Il fut coordinateur du groupe d’experts du Plan Bleu -Plan d’action pour la Méditerranée- PNUE entre 1986 et 1996, tout en assurant la programmation technique du Europartenariat Middle East 1994-1996 avec la Euro-Arab Chamber of Commerce (Paris), la Euro-Israel Chamber of Commerce et le Département international de la Chambre de commerce internationale de Paris. Depuis 2000, il assure la coordination du Forum euroméditerranéen de FITUR – Madrid

L’Espagne est en pleine ébullition. Les réformes se poursuivent dans un climat social relativement calme, ce qui agace l’opposition. Quand sera digérée la bouillie «béton-brique» d’une hyper-construction? Ces réformes permettront au pays de faire un saut qualitatif vers un modèle de développement axé sur le durable-énergies renouvelables, agro-écologie et agroalimentaire avancé, mais surtout des services et productions orientés sur l’exportation. On estime que dès 2012, ce seraient les moteurs de la nouvelle locomotive économique avec l’objectif de réduire un des niveaux de chômage les plus élevés d’Europe, ce même chômage qui oblige les immigrants à retourner par dizaines de milliers dans leur pays d’origine, en particulier ceux d’Amérique latine.
Pourtant dans le domaine du tourisme, les problèmes persistent; les mutations se font attendre malgré les appels qui se multiplient dans la presse professionnelle et les associations d’entrepreneurs de tourisme. L’affaissement des chiffres d’affaires de 0,9% des agences de voyages et tour-opérateurs et de 1,7% des hôteliers s’ajoutant à une diminution de l’emploi de 6,5% pour les premiers et de plus de 1% pour les seconds, selon l’Institut national des statistiques, est devenu une préoccupation majeure; d’autant plus que les chiffres de décembre 2010 et de janvier 2011 montrent une contraction plus manifeste. Pourtant le trafic aérien a légèrement augmenté et la Foire internationale du tourisme Fitur de janvier 2011 a enregistré 209.000 entrées avec 10.434 entreprises visiteuses provenant de 166 pays et régions, soit 3% de plus qu’en 2010, sans atteindre le record de 2009. Quant à l’indice de compétitivité de l’Espagne, selon le World Economic Forum, il n’enregistre plus de progrès alors qu’il l’avait fait entre 2007 et 2008: les Espagnols eux-mêmes voyagent moins chez eux (- 5,1% en 2010 par rapport à 2009) et plus à l’étranger (+5,8% en 2010).

Vers le tout informatique

Que faire pour que surtout les petites et moyennes entreprises retrouvent des opportunités d’affaires en dehors du tourisme balnéaire sur le littoral? Que faire pour développer le rural, les routes historiques et culturelles, l’œnologie et la gastronomie, le médical, l’aventure et les sports? Comment l’État est en train de négocier avec les collectivités locales et régionales (les communautés autonomes) définir leurs propres stratégies tout en leur offrant un modèle national?
Sortir du «néolibéral» et choisir un nouveau paradigme incluant les pouvoirs publics du tourisme: les associations d’agences de voyages commencent déjà à répéter qu’elles ont besoin de l’appui des administrations touristiques, non pas pour leur demander des subventions en ces temps de crise, sinon pour définir un plan-cadre destiné à accroître leur productivité et à mettre en œuvre les technologies de l’information et de la communication par des plateformes collectives de gestion des produits-services. Elles exigent en outre que soit accompli un gros effort de formation.
Le problème est là: l’âge moyen des propriétaires et des dirigeants des agences est élevé; ces derniers vivent mal la transition informatique et n’ont pas les compétences suffisantes pour maîtriser les réseaux et médias sociaux. Ils ne prennent pas suffisamment en compte l’usage par les internautes des sites communautaires pour organiser et préparer leurs séjours et circuits à l’avance. Autres tendances qui vont influencer les choix des consommateurs de façon significative dans les prochaines années: le m-tourisme, les applications et les recherches géo-localisées qui sont mal prises en compte en Espagne et que seules les collectivités territoriales pourraient faire appliquer.
On n’anticipe pas une réalité: les ventes d’ordiphones(1) ou smartphones, tablettes de type iPad, etc., dépasseraient celles des ordinateurs personnels dès cette année aux États-Unis et l’an prochain en Europe.
Ce futur commence à se dessiner: un premier essai a été la création en 2009 de Segittur SA. La société étatique pour la gestion de l’innovation et des technologies touristiques doit être un pont entre ces nouvelles technologies et la promotion touristique et plus généralement économique. Elle complète le travail de Turespaña en positionnant l’Espagne non seulement dans le «tourisme réel», sinon dans un environnement on-line.
Segittur se charge de la gestion du portail de Turespaña et du développement d’autres projets innovateurs utilisant les nouvelles technologies. Cependant, la liaison avec les administrations touristiques des communautés autonomes, des collectivités provinciales et locales ne se fait pas efficacement; des responsables andalous nous ont déclaré en privé que l’on pouvait faire mieux.
Parmi ces projets, il y a ceux de dimension européenne. Segittur a été le leader du projet Calypso. En décembre 2008, le Parlement européen avait voté pour l’adoption d’une action préparatoire pour le développement du tourisme social en Europe. Le projet a été présenté au Forum européen de tourisme social, tenu à Malaga en octobre 2009 avec le BITS - Bureau international du tourisme social. L’Europe offre avec Calypso, un instrument pour faire voyager à meilleur coût les plus âgés, les jeunes et les handicapés. Le projet a trouvé l’appui des tour-opérateurs pour ne pas être considéré un concurrent para-commercial, sinon comme un marché complémentaire pour des chefs de petites et moyennes entreprises du tourisme de l’intérieur et du littoral. D’ailleurs, ce genre de projet pourrait être étendu à des pays associés ou au statut avancé comme le Maroc, surtout si l’Europe veut renforcer ses liens avec le monde méditerranéen est et sud.
Le plan espagnol «Horizon 2020» est donc à réviser entièrement. Élaboré entre 2007 et 2008, il soulignait que le tourisme était le pilier de l’évolution de l’économie et de la société. Nous en avions parlé dans un article d’Espaces(2) comparant les planifications du tourisme espagnol et du tourisme marocain. Comment le rénover et le «requalifier intégralement» pour assurer et maximiser sa contribution au bien-être social, dans une période marquée par les changements technologiques, la responsabilité environnementale et les demandes nouvelles de la société? Le plan Horizon 2020 aurait dû assurer deux articulations fondamentales: la première avec les collectivités territoriales qui, dans une Espagne qui se fédéralise, ont un poids de plus en plus significatif dans la politique du tourisme; la seconde avec les autres secteurs de l’économie nationale, l’environnement à commencer, mais aussi la construction, la santé, les transports… Nous pensions que ce plan se devait d’intégrer une gestion des crises, non seulement au niveau de la communication, mais beaucoup plus globalement par des ajustements structurels. Enfin le plan ne résolvait pas des lacunes dans le partenariat entre les acteurs: trop d’agendas cachés existent dans les politiques de coopération au niveau local et régional. Il n’a pas réussi à atteindre ces objectifs. Avec le temps, ces erreurs seront encore plus difficiles à réparer. Le gouvernement aura donc à présenter un nouveau modèle pour le tourisme espagnol.

Canaries: Le malheur des uns fait le bonheur des autres?

Les événements actuels dans les pays arabes vont profondément affecter le tourisme méditerranéen. Pour le court terme, certains se disent, pratiquant un cynisme «soft», que ce que ceux-là perdent, ils le gagneront. Les responsables des îles Canaries ont crié haut et fort que cette crise les arrange et qu’ils attendront des taux d’occupation de 100%. Les mauvais résultats qu’ils ont connus jusqu’à présent n’étaient pas seulement dus à la concurrence des pays méditerranéens arabes, sinon à leur incapacité de rénover leurs produits et services pour faire face à l’évolution de la demande touristique. Selon le responsable du Centre d’initiative touristique Santa, l’archipel des Canaries a basé son économie sur le secteur tertiaire, et concrètement sur le tourisme. La décennie 1990 a produit des accélérations mal organisées et hautement dangereuses, et en quelques années, on est passé de 4 millions de touristes étrangers, à plus de 10 millions. L’essoufflement a eu lieu à partir de 2002 : les îles Canaries ont perdu plus de 2 millions de touristes alors que leur capacité d’hébergement était faite pour 18 millions de touristes. L’année 2009 a été terrible avec un recul de 12,3%. Les solutions ne passent pas en sacrifiant les prix. Les ajustements doivent être structurels pour regagner des points de qualité et compétitivité et se différencier de ses concurrents, en particulier le Maroc.

Le Swot du tourisme espagnol

. FAIBLESSES: saisonnalité, érosion des marges bénéficiaires et perte de la compétitivité, déficiences dans la gestion du personnel, dépendance vis-à-vis du produit «soleil et plage», demande trop concentré sur les clientèles britannique, allemande et française, faible R&D (Recherche et développement), manque d’attention à l’esthétique, trop de marques différenciées de produits, de segments de destinations, faible intégration intermodale dans les transports et manque d’une vision touristique globale.

. FORCES: longue expérience, bonne climatologie, offre diversifiée et de qualité de la restauration et hébergement, dynamisme des PME, perception de l’Espagne comme lieu de distraction de l’Europe.

. MENACES: saturation de l’offre de plage en Méditerranée, consolidation de destinations avec des coûts d’exploitation moindres aux Caraïbes, sur la rive sud méditerranéenne et en Europe de l’Est, mauvaise image de la pression urbaine sur les côtes et réduction des ressources hydrauliques, détérioration du niveau de services et transparence des prix qui rend l’hébergement une pure «commodity» au sens de marchandises et non de services, ce qui conduit à une détérioration des prix et des marges.

. OPPORTUNITES: tourisme intérieur et rural, fractionnement des vacances en Europe, demande européenne croissante pour des produits urbains, culturels et sportif/fitness, l’augmentation progressive d’un tourisme individuel, face à un tourisme organisé et qui se développe surtout en raison d’Internet, demande des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), développement des nouvelles techniques de fidélisation de la clientèle; enfin, rapides changements de la pyramide des âges nord-européenne.

(1) L’une des dernières recommandations de la Commission générale de terminologie et de néologie française est de ne plus dire «smartphone», mais «ordiphone».
(2) Voir Espaces nº 251, septembre 2007, Paris, pages 11 à 17.

Chère lectrice, cher lecteur,

L'article auquel vous tentez d'accéder est réservé à la communauté des grands lecteurs de L'Economiste. Nous vous invitons à vous connecter à l'aide de vos identifiants pour le consulter.
Si vous n'avez pas encore de compte, vous pouvez souscrire à L'Abonnement afin d'accéder à l'intégralité de notre contenu et de profiter de nombreux autres avantages.

Mot de passe oublié?
CAPTCHA
This question is for testing whether or not you are a human visitor and to prevent automated spam submissions.
ABONNEZ-VOUS
  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc