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    Le génie commence ici!

    Par L'Economiste | Edition N°:911 Le 07/12/2000 | Partager

    . La révolution verte, l'économie de la dignité, la libéralisation, la propriété privée et la démocratie: Les fondements du génie de l'Inde. Les pauvres constituent la mauvaise cible des restrictions démographiques! En Inde, le libéralisme avait mauvaise réputation. Il était identifié à la Grande-Bretagne, donc à la colonisation. Les économistes ont donc procédé à une «libéralisation«, c'est-à-dire l'ouverture des frontières à certains investisseurs et produits étrangers, qui restent désignés par le gouvernement. Ce nouveau modèle indien ne s'accompagne pas vraiment du démantèlement des contrôles administratifs, ni d'une privatisation du secteur public. Le bouleversement, par rapport au socialisme en place avant 1991, est spectaculaire. Coca-Cola, prohibé pendant trente ans, a envahi l'Inde: ce symbole suffit. Les icônes de l'économie planifiée et fermée sont l'Ambassador, une voiture copiée sur une sorte de taxi londonien de l'après-guerre et le Campa-Cola, une boisson gazeuse ressemblant à Coca-Cola. Pendant quarante ans, le taux de croissance était de 3% l'an. Depuis 1991, il est de 7% l'an, dépassant ainsi celui de la Chine!Après à peine dix ans de libéralisation, la classe moyenne en Inde a vu augmenter ses effectifs, intégrant le plus grand nombre d'ex-pauvres. L'Inde devient une gigantesque classe moyenne. C'est l'effet quasi mécanique de la croissance. Aujourd'hui, la télévision y contribuant, cette classe moyenne est emportée par un vent de folie consumériste.Coupés de leur communauté d'origine, de leur famille, de leurs repères culturel et religieux, les «nouveaux riches« de Bangalore ou de Bombay semblent aliénés aux aspects les plus vulgaires du consumérisme occidental; mais «par rapport à l'Occident, ils auront toujours une marque, une voiture, une montre de retard«. . Logique, mais... La classe moyenne vivrait donc dans l'anxiété permanente de retomber dans son statut antérieur, celui de la rareté économique et de l'affiliation communautaire. Cela étant, l'Inde est contrôlée par les représentants de féodalités foncières, des rentiers qui tiennent les trois quarts de la population sous leur tutelle. Comme on ne saurait urbaniser ni industrialiser en un tournemain un milliards d'habitants, il paraît nécessaire de réduire le nombre de ceux qui seraient susceptibles de l'être. C'est donc aux paysans pauvres que s'adressent en Inde -ou en Chine- les programmes plus ou moins contraignants de contrôle de la natalité. Cela paraît logique, mais c'est en réalité absurde, puisque ce sont ces pauvres-là qui détruisent le moins l'environnement, qui consomment le moins d'énergie, qui font l'usage le plus parcimonieux des ressources naturelles rares. En Inde, il n'y a donc pas trop de pauvres qui tireraient l'économie vers le bas, mais il y a trop de riches dont la consommation excessive d'énergie conduit à la destruction de l'environnement. On considère qu'un quart des Indiens, appartenant aux classes moyennes, consomment les trois quarts de l'énergie. C'est leur boulimie, et pas celle des pauvres, qui détruit forêts et fleuves, déplace les populations paysannes pour édifier de vastes barrages hydroélectriques. Pourtant, le constat paraît rassurant: l'Inde avance régulièrement vers l'autosuffisance alimentaire. En sus de la propriété privée, c'est aussi par la grâce de la démocratie que l'Inde aura surmonté le péril de la famine à l'époque où il guettait le plus cruellement. Il eût en effet été inconcevable -et cela le reste- qu'une région de l'Inde fût ravagée par une mauvaise récolte sans que l'opinion publique en fût saisie et que les excédents fussent acheminés aussitôt vers les nécessiteux. Ce n'est pas le cas en Chine où, aujourd'hui encore, on meurt de faim dans certains villages isolés où les habitants sont réduits au silence.C'est aussi la démocratie, enracinée dans la civilisation autant que dans les institutions indiennes, qui a empêché toute la classe politique, y compris les marxistes, d'attenter à la propriété privée. Il est tout à fait remarquable que, là où le parti communiste a longtemps géré un gouvernement local, au Bengale occidental, son oeuvre majeure ait consisté à susciter une nouvelle classe de propriétaires fonciers grâce à une réforme agraire tout à fait justifiée; ces petits propriétaires bengalis constituent maintenant le socle de ce parti «communiste« d'un genre un peu particulier. Après l'échec des stratégies de développement d'origine occidentale, l'alternative ici proposée sera une stratégie orientale que l'on pourrait appeler «économie de la dignité«. Cette réforme d'économie n'est pas une vue ni une aventure de l'esprit, mais une pratique effective de la mesure de l'homme. M. S. Swaminathan est considéré comme le père de la «révolution verte« en Inde. Le critère de l'action économique que ce dernier propose n'est pas la quête de la puissance nationale, mais l'élévation de la dignité des individus. Sa démarche convient à la pensée du Mahatma Ghandi pour qui l'homme, et non l'Etat ou la Nation, est la seule mesure du développement. «L'économie de la dignité« est donc une tentative de synthèse entre l'Est et l'Ouest; à ce jour, elle est sans véritable précédent. Ainsi, des entrepreneurs économiquement autonomes ont émergé à partir des couches les plus humbles de la population rurale. Un véritable entrepreneur choisit de le devenir; il n'est recruté ni par l'Etat ni par les associations d'assistance. C'est sur ce principe que Swaminathan a déclenché la «révolution verte« dans les années 70. A ce jour, il existe encore des critiques marxistes en Inde et aux Etats-Unis, pour protester contre l'enrichissement des paysans entreprenants de la «révolution verte« et déplorer les pollutions causées par les engrais! Ces critiques imbéciles ne prospèrent que dans des ventres pleins. La «révolution verte«, ce n'est pas contestable, a arraché l'Inde à la famine; les ressources alimentaires disponibles sont plus que suffisantes pour satisfaire les besoins de la population. Ainsi fut l'Inde et ainsi fut la naissance de son génie!


    Note

    uy Sorman s'est prêté à un exercice sans faute dans un rapport d'étonnement sur l'Inde. Son travail a été achevé en décembre 1999. «Le Génie de l'Inde« a été édité en juillet 2000. Attention, dans certains passages de ce livre, les ressemblances entre l'Inde et le Maroc sont tellement frappantes que l'on se demande s'il n'y a pas de bonnes leçons à tirer le plus vite possible. A lire!A. Z.

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