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Tribune

La loi formation/insertion: Un point de vue patronal

Par L'Economiste | Edition N°:83 Le 10/06/1993 | Partager

par Mohammed Abdelkader BELARBI, Administrateur Général de la Somaca, Président de la Commission Sociale et de la Foramtion à la C.G.E.M.

La loi formation/insertion a été promulguée dans un contexte de recession, peu favorable aux mesures sociales d'encouragement de l'emploi. Des chefs d'entreprises craignent l'embauche forcée. Le point de vue de M. Belarbi, en charge des dossiers sociaux à la C.G.E.M (1).

Le contenu de la Loi formation/insertion mérite -et a besoin- d'être vulgarisé. La logique voudrait que je commence par une présentation de la Loi.

Je me limiterai à soutenir que cette nouvelle disposition légale offre une chance de se doter d'une première expérience professionnelle aux jeunes diplômés qui n'arrivent pas à trouver un travail à la fin de leurs études, parce que celles-ci sont estimées non adéquates à des emplois déterminés. En fait, ces jeunes ont été formés dans des filières pour lesquelles, dans la conjoncture actuelle, l'emploi est saturé. Si je prends comme exemple les licenciés en histoire, notre société a besoin d'historiens, mais il se trouve qu'aujourd'hui, les emplois leur convenant ne sont pas disponibles et il devient impératif de les adapter à d'autres postes.

Nous avons suffisamment réfléchi à l'emploi des jeunes diplômés, mais pas beaucoup à l'insertion des non-diplômés et non-scolarisés.

Je voudrais rappeler que l'idée de la formation/insertion est partie de la C.G.E.M. depuis plusieurs années. Aussi, les membres de la Confédération ont montré beaucoup d'intérêt à la loi en question. Selon le "Cedies Informations": "à la suite de l'assemblée générale extraordinaire de la C.G.E.M. du 5 mai 1993 et à la proclamation qui en a résulté, plusieurs entreprises ont manifesté le désir d'offrir des stages aux jeunes diplômés dans le cadre de la loi sur la formation/insertion professionnelle.

Il s'agit des sociétés Colorado, Credor, Cabinet Eric Robert, Essalaf-Chaabi, Ets Boyer, Levers Maroc, Mabrok, Maroc Assistance et NRF Maroc"

La Loi dans une conjoncture difficile

Cette Loi tombe à un moment où la conjoncture économique et sociale est très difficile pour les entreprises, ce qui explique les réserves manifestées par certain sur sa très large application. Mais malgré cela nous demeurons convaincus que l'emploi des jeunes est prioritaire et requiert d'effectuer des efforts:

- pour promouvoir le texte en question, pour mieux le faire connaître;

- pour bien suivre sa concrétisation et réduire les effets des obstacles rencontrés lors de sa mise en oeuvre et éventuellement lui apporter, à terme, les correctifs et compléments nécessaires.

Un texte législatif du type formation/insertion qui vise un objectif noble, à savoir l'intégration professionnelle, peut-il avoir des limites?

Dans le contexte organisationnel et humain de nos entreprises (qui varie beaucoup d'une société à une autre) il y a lieu d'être conscient de certains éléments:

Un jeune diplôme, intégré dans le cadre de la loi formation/insertion peut être affecté, de bonne foi, à un poste où il passe les 18 mois sans que son apprentissage technique, en terme de métier, soit significatif, eu égard à une répartition des tâches privilégiant la spécialisation. Il n'aura acquis qu'une partie du contenu, du travail.

Les jeunes diplômés seront affectés à des postes de travail. La pertinence de leur formation sur le tas est fonction de la qualité de l'encadrement. Dans certaines entreprises les agents de maîtrises sont préparés pour assurer cette mission, mais dans d'autres ce n'est pas le cas.

La voie de la mobilité

Malgré ces limites, les avantages sont dominants:

1/ Le marché de l'emploi, trop rigide, connaîtra probablement un début de souplesse grâce à cette Loi qui du même coup initiera la voie à la mobilité, combien enrichissante pour l'économie et qui est très réduite chez nous.

L'équilibre social est fonction de l'intégration de toutes les catégories, par l'emploi notamment.

2/ La Loi formation/insertion permettra aux jeunes diplômés de bénéficier d'une première expérience dans le milieu professionnel. Il paraît que de nombreux employeurs évitent de recruter des candidats sans expérience professionnelle. La Loi pourrait aboutir à solutionner en partie ce problème parce qu'elle encourage justement les entreprises à offrir la première expérience.

3/ Le potentiel humain de nos entreprises est limité. De nombreux travailleurs (même cadres dans certains cas) ont une formation de base en deçà du minimum requis. Ceci ne favorise pas l'accroissement de notre productivité. La Loi Formation/Insertion mènera les employeurs à découvrir les effets positifs des salariés à compétences de base élevées. Ce qui les incitera probablement à enrichir leurs effectifs de diplômés et par conséquent ne manquera pas de renforcer la performance de leurs sociétés. Une main d'oeuvre formée expliquerait la grande efficience économique: au Japon 93% des Japonais sont passés par l'enseignement supérieur et en Allemagne 90% des ouvriers titulaires de postes qualifiés sont diplômés de la formation.

L'encadrement moyen renforcé

Un autre effet induit pourrait être attendu de cette loi: l'encadrement moyen est défaillant dans beaucoup de secteurs du point de vue quantitatif et qualificatif. La relève n'a pas été préparée alors que les départs (en retraite) commencent à devenir nombreux. Les jeunes insérés pourraient constituer une réserve pour le remplacement des partants, sachant que l'agent de maîtrise doit justifier d'un niveau minimum de formation de base équivalent au baccalauréat.

4/ Pour une meilleure efficacité du système de formation, la contribution de l'entreprise à la formation des jeunes est vivement souhaitée. Nos unités économiques font beaucoup d'efforts dans ce domaine (stages, formation sur le tas...). La Loi formation/insertion incitera l'entreprise à davantage d'ouverture, ce qui pourrait la stimuler pour offrir plus de places pédagogiques, et pourquoi pas à accroître les moyens qu'elle met en oeuvre pour la formation initiale et continue.

* L'application stricte de la Loi est inconcevable car elle écarterait beaucoup de jeunes qui ont fait des études qui n'ont aucun rapport avec l'entreprise.

La Loi formation/insertion professionnelle ne manque pas d'avantages. Mais leur concrétisation nécessite un certain nombre de mesures:

1) ne pas exiger que le poste offert au jeune diplômé colle exactement à la formation. Le texte stipule qu'il y ait une correspondance entre l'activité confiée au stagiaire et l'enseignement poursuivi. Il est vrai qu'il n'est pas acceptable d'affecter un travail d'O.S. à un diplômé d'I.T.A.

Mais il est tout à fait concevable qu'un licencié en lettres françaises ou anglaises assure un travail dans un service administratif. L'expérience des autres nous enseigne qu'aujourd'hui à partir du moment où un travailleur est doté d'un fonds de culture satisfaisant et doué d'une capacité et volonté d'apprendre, il se trouve en mesure de s'adapter à différentes situations professionnelles. Au Japon, les jeunes embauchés, pendant les cinq premières années de leur activité professionnelle, sont affectés à plusieurs postes de travail qui ne correspondent pas forcément tous à leur formation de base. D'ailleurs, c'est une forme de mobilité interne qui pallie aux inconvénients des limites découlant de l'absence de la mobilité externe.

Pour ce qui est donc de la correspondance activité offerte/formation des jeunes diplômés, il est utile d'adopter un minimum de souplesse.

2) Le CNJA pourra jouer un rôle dans la réalisation de l'objectif assigné à la Loi formation/insertion:

d'abord en élargissant le P.N.F.I. aux jeunes diplômés une fois en formation en entreprise.

Les employeurs se plaignent beaucoup du fait que les diplômés (d'une manière générale):

* ne sont pas suffisamment mis au courant du fonctionnement de l'entreprise et de ses contraintes;

* montrent des difficultés d'intégration et manifestent des handicaps à communiquer au sein d'une entreprise.

Voilà deux grands axes d'action pour la formation, qui pourraient, non seulement faciliter l'insertion des jeunes, mais également promouvoir la formation continue dans nos unités économiques;

ensuite, faire fonctionner le P.I.A.C.E. au profit des stagiaires qui ont des projets précis et qui ont besoin d'un passage en entreprise. Parallèlement à leur stage de 18 mois, le CNJA (et même l'entreprise si elle le désire) peut les guider dans la recherche de concrétisation de leurs projets.

93% des japonais sont passés par l'enseignement supérieur, et 90% des ouvriers qualifiés allemands sont diplômés de la formation.

3) L'expérience formation/insertion est nouvelle pour nous, la promulgation du dahir n'est pas suffisante . Il sera utile qu'un suivi rigoureux (du moins des premiers contingents) soit effectué et progressivement les conclusions tirées et utilisées pour une amélioration constante du dispositif mis en place.

En conclusion:

1/ Il ne suffit pas qu'un texte soit promulgué pour que les objectifs qu'il vise soient atteints. Je retiens, en ce qui me concerne, que la promulgation du dahir formation/insertion professionnelle constitue un "coup d'envoi" à de gros efforts et à un long travail auquel doivent prendre part tous les partenaires.

2/ Nous avons suffisamment réfléchi à l'emploi des jeunes diplômés, mais pas beaucoup à l'insertion des non-diplômés et non-scolarisés.

L'équilibre social est fonction de l'intégration de toutes les catégories sociales, par l'emploi notamment. Une grande responsabilité nous incombe, à savoir d'aider les non-diplômés à trouver du travail. Dans ce cadre, il y a lieu de revoir le Dahir de 1940 sur l'apprentissage dans le sens de l'applicabilité. Je signale que ce texte est repris par le projet du code du travail dans les mêmes termes qu'auparavant, ce qui ne va pas dans le sens de son application, vu qu'il est trop contraignant pour les entreprises.

3/ C'est vrai que la formation peut être, dans certaines conditions, inductrice d'emploi, mais, ne peut le développer à elle seule, jusqu'à atteindre le niveau recherché. L'accroissement de l'emploi des jeunes et moins jeunes, diplômés ou non, dépend largement de la promotion de l'entreprise . C'est pourquoi, il y a lieu d'oeuvrer pour éliminer les obstacles, à sa création - qui sont identifiés et connus depuis fort longtemps- et de créer un cadre qui lui soit favorable, comme c'est le cas des pays avancés.

M.A.B.

  1. Cette communication a été exposée, à une journée organisée le 26 mai, à la Faculté de Droit de Rabat. Elle a suscité de vives réactions du corps enseignant et des cadres du Ministère de l'Emploi présents. L'absence de cadres, chefs d'entreprise et de jeunes (sans doutes occupés aux examens) a été regrettée.

par Mohammed Abdelkader BELARBI, Administrateur Directeur Général de la Somaca,

Président de la Commission Sociale et de la Formation à la C.G.E.M.

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