Economie

La Direction de la Statistique repense son système

Par | Edition N°:249 Le 10/10/1996 | Partager


Pour se rapprocher de ses clients et plus particulièrement du secteur privé, la Direction de la Statistique revoit ses services. Conséquence: elle normalise et uniformise concepts et définitions.

NOUVELLES exigences nationales et internationales, problème de délais, crédibilité de l'information... la Direction de la Statistique repense son système d'information.
«Le système doit fournir un service statistique de qualité, c'est-à-dire des chiffres fiables, comparables et élaborés, dans des délais raisonnables, sur des bases scientifiques et en toute indépendance», souligne M. Toufik Cherkaoui, directeur de la Statistique(1).
Le statisticien ne peut pas se cantonner à la production et à la diffusion de données statistiques; il doit les structurer, les analyser et les rendre utilisables par les analystes, les décideurs, les politiciens et les chercheurs...
Détenteur unique de l'information globale, la Direction de la Statistique veut donner un nouveau souffle à ses services.
«La confiance accordée à un système statistique ne réside pas uniquement dans sa production de l'information, mais dans le degré de crédibilité de celle-ci, sa pertinence, sa qualité suffisante et son perfectionnement continuel», confirme M. Lamine Benomar, ministre délégué auprès du Premier ministre chargé de la Population. Le perfectionnement continuel pousse à l'instauration d'un système d'information «évolutif», tel que la conception de nouveaux indicateurs tenant compte de la dimension locale.

Normalisation de l'information


La réforme des systèmes d'information débute en 1996 avec la mise en place de nouveaux textes régissant la Direction de la Statistique. Décentralisée, la Direction est chargée de la production, de la centralisation et de la diffusion de toutes sortes de données statistiques. Ce statut a rendu caduque son organisation, d'où la nécessité d'une restructuration. Celle-ci est en cours. Ainsi, il est prévu de remplacer le Comité de Coordination et des Etudes Statistiques (COCOES) par un nouvel organe, le Conseil National de l'Information Statistique (CNIS) qui serait appelé à jouer pleinement le rôle de coordination.
La Direction de la Statistique s'attelle également à normaliser les informations en les adaptant aux normes internationales. C'est une étape essentielle à une lecture et une exploitation rationnelles de l'information.
En statistiques, tout domaine doit être étudié dans sa globalité et suivi d'une manière homogène dans le temps. Pour atteindre cet objectif, la mise en place des «identifiants» statistiques pour l'ensemble des unités statistiques constitue une priorité que doit envisager le système statistique et plus particulièrement au niveau de l'activité de production.

Information gratuite


Actuellement, le Maroc ne dispose pas d'»identifiants» pour les entreprises. Ce qui explique en partie l'absence de répertoire d'entreprises complet et répondant aux critères qui permettent le calcul d'indicateurs, son actualisation et l'observation de toutes les unités. Cette situation rend difficiles la connaissance et le suivi de la structure de production et des comportements économiques et financiers des entreprises.
L'uniformisation et l'harmo-nisation des concepts et des définitions sont nécessaires à la normalisation des statistiques.
Parmis les autres grandes préoccupations de la Direction de la Statistique figure la nécessité de traiter l'information dans des délais susceptibles de lui faire garder son actualité et d'en assurer la diffusion à un large public. «Pour cette raison, il est exclu de faire payer cette information. Notre information doit être accessible à tous», souligne M. Cherkaoui.
Les nouvelles technologies de l'information (réseaux télématiques, saisie automatique des données, échanges électroniques des données...) devraient contribuer à faciliter son accessibilité.o
(1) Lors du séminaire du 4 octobre 1996 sur «Le Système National d'Information Statistique face aux nouveaux enjeux politiques et économiques».

Collecte de l'information: Les contraintes


L'INFORMATION statistique est produite en général, soit à partir des enquêtes ou recensements, soit par l'utilisation des fichiers administratifs. Ceci implique deux contraintes. Dans le premier cas, les approches mises en oeuvre lors de la conception des enquêtes et de l'analyse des résultats doivent être révisées pour répondre aux nouveaux besoins.
Dans le second cas, l'utilisation des sources administratives permet souvent d'éviter des investigations supplémentaires directes auprès des individus et des entreprises. Cependant, elle nécessite une bonne coordination et une harmonisation des concepts et des définitions utilisés par l'ensemble des administrations détentrices de l'information aussi bien au niveau national que régional.

Toufik Cherkaoui, directeur de la Statistique

«Le taux de chômage sera publié trimestriellement»


Création de nouveaux indices, périodicité de l'information... la Direction de la Statistique s'adapte aux normes internationales.

- L'Economiste: La Direction de la Statistique donne beaucoup plus l'impression de publier de l'histoire que de l'information fraîche.
- M. Toufik Cherkaoui:
Le rôle de la Direction de la Statistique est double. D'abord, elle est la mémoire de la statistique. Dans ce cadre, nous sommes amenés à alimenter nos bases de données régulièrement. Ce sont des bases de données sur l'histoire économique et sociale. Pour ce qui concerne l'information en temps réel, nous nous y attelons également. Nous portons un grand intérêt à un certain nombre d'indicateurs conjoncturels pertinents et nous les suivons mensuellement, trimestriellement, avec les moyens dont nous disposons. Nous allons commencer à partir de 1997 à publier un taux de chômage urbain trimestriel.
Le système national d'information économique et sociale doit s'adapter à un certain nombre de nouveaux besoins et exigences. Nous sommes donc appelés à nous adapter. Pour cela il faut changer les habitudes et les structures administratives.

- Aujourd'hui, l'une des priorités dans l'information, c'est sa rapidité d'accès. Que faites-vous pour améliorer les délais?
- Les délais de traitement et de publication des informations découlant des enquêtes sont encore incompressibles, bien qu'ils soient réellement très longs. Nous y travaillons. Par exemple, pour le recensement, le dépouillement, pour les résultats au niveau provincial et communal, nous avons gagné pratiquement 9 mois en réorganisant les salles de dépouillement et la saisie.

Enquêtes de structure


- Concrètement, peut-on espérer des résultats plus rapides?
- Techniquement, pour l'enquête de structure, tout dépend de la taille de l'échantillon sur lequel le travail est opéré.
Donner un délai exact de parution serait difficile. En revanche, au cas par cas, ce serait envisageable. Pour l'enquête de conjoncture, nous nous engageons à la publier trimestriel-lement dans le mois et demi qui suit l'enquête et cela dès 1997.
Ce qui nous permet de gagner du temps dans le traitement de l'information, c'est de supprimer des étapes. Mais cela n'est pas toujours possible.

- Pensez-vous pouvoir mener un jour une enquête de conjoncture mensuelle?
- Cela coûterait trop cher. Nous n'aurions pas les moyens de le faire et elle n'aurait pas un grand intérêt pour le secteur industriel. Ce type d'enquête aboutirait à embêter le secteur privé avec des questionnaires mensuels.
Il faut trouver un équilibre dans ce que l'on veut comme informations et dans les perturbations que suscite la collecte.

- A l'exception des flux économiques et de certains grands indicateurs existants, envisagez-vous d'en développer d'autres, notamment les enquêtes de structure?
- Les enquêtes de structure nécessitent des coûts élevés. Si l'on veut créer un indicateur pour le secteur industriel, pour les BTP ou le commerce, il faut près de 16 millions de Dirhams pour chacun.
Il s'agit d'analyser la structure de ces différents secteurs. Il n'empêche que cette opération est essentielle pour la comptabilité nationale, lorsque l'on voudra éclater les secteurs et raisonner par branche.

Rassembleur d'informations


- Comment s'effectue la collaboration avec les différents producteurs d'informations?
- Nous sommes tous partie prenante dans le système national d'information économique et sociale. Jusqu'à maintenant, il n'existait pas de tableau des opérations financières au Maroc. Une collaboration entre la Direction de la Statistique, la Banque Centrale, le Trésor et les finances extérieures a permis de l'élaborer. Nous sommes actuellement dans une période de test. Théoriquement, nous sommes appelés à coordonner et à assurer la cohérence des travaux d'ensemble et particulièrement des départements qui interviennent dans la production de l'information. Lorsqu'un département ministériel élabore une matrice pour ses propres besoins, il nous rend énormément service. Ce que nous lui donnons, nous, c'est le moyen de le faire.
L'objectif à terme est de faire en sorte que les travaux sectoriels de chacun s'intègrent dans un modèle global. Les limites de la Direction de la Statistique ne sont pas définies. Nous sommes censés être le rassembleur des informations.

- Comptez-vous utiliser les nouvelles technologies pour améliorer vos performances en termes de délai et de convivialité de l'information?
- La stratégie du gouvernement à moyen terme est de tout mettre en oeuvre pour faciliter le travail du secteur privé. Ce secteur a un besoin urgent d'informations économiques. Dans un premier temps, nous adaptons notre information aux standards internationaux.
Sur le plan de la convivialité de l'information, il est difficile aujourd'hui d'investir dans ce domaine, compte tenu des restrictions budgétaires. Nous recherchons des moyens de financer ce type d'opération à travers la coopération bilatérale.

Propos recueillis
par Fatima MOSSADEQ

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