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Culture

Imaginons, le ghetto de Gaza…
Par Mouna Hachim, écrivain-chercheur

Par L'Economiste | Edition N°:2704 Le 31/01/2008 | Partager

Mouna Hachim est universitaire, titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Faculté des lettres de Ben M’Sick Sidi Othmane. Depuis 1992, elle a éprouvé sa plume dans les métiers de la communication (en tant que concepteur-rédacteur) et dans la presse écrite, comme journaliste et secrétaire générale de rédaction dans de nombreuses publications nationales. Passionnée d’histoire, captivée par notre richesse patrimoniale, elle a décidé de se vouer à la recherche et à l’écriture, avec à la clef, un roman, «Les Enfants de la Chaouia», paru en janvier 2004.  Une saga familiale couvrant un siècle de l’histoire de Casablanca et de son arrière-pays. En février 2007, elle récidive avec un travail d’érudition, le «Dictionnaire des noms de famille du Maroc» qui donne à lire des pans essentiels à la compréhension de l’histoire du Maroc sous le prisme de la patronymie.Imaginons l’inimaginable, et pourtant triste réalité palestinienne: une population de près d’un million et demi de personnes, encagée dans un espace de 360 km carrés, coincée d’un côté par la mer laquelle est sous contrôle israélien; encerclée entièrement côté terre par une clôture en béton, dite de sécurité; et pour finir, placée sous contrôle aérien. C’est la bande de Gaza, occupée en 1967 par Israël, alors qu’elle était sous administration civile égyptienne depuis 1948, après le règne colonial du mandat britannique de la Palestine, rompant quatorze siècles d’égide musulmane. Dans cette étroite bande côtière, considérée comme le territoire le plus densément peuplé au monde, imaginons une population dont 50% sont âgés de moins de 15 ans, dont les trois quarts sont formés de réfugiés ou de descendants de réfugiés chassés de leurs terres après la Nakba de 1948 et dont un bon nombre vit encore dans les camps de réfugiés de l’ONU. Imaginons une économie exsangue sous le poids de l’occupation, des privations, de l’embargo économique international imposé par les bailleurs occidentaux après la victoire démocratique du Hamas aux élections de janvier 2006, ainsi que sous le poids de la dépendance de l’aide humanitaire et du bon vouloir du geôlier israélien qui décide, à sa guise, d’ouvrir ou de fermer les portes de sa survie avec le monde extérieur. Imaginons des infrastructures soumises dans leur globalité à l’arbitraire des frappes militaires qui ont détruit des centaines de maisons (4.000 maisons à Gaza et en Cisjordanie depuis 2000, ainsi que des centaines d’hectares d’oliveraies). Les écoles n’échappent pas aux saccages, de même que la seule centrale électrique génératrice d’électricité et d’eau courante, les ponts, les bureaux de l’administration palestinienne, l’aéroport civil… Ce dernier, construit grâce aux contributions volontaires versées par plusieurs pays européens après les accords d’Oslo est ravagé durant la seconde Intifada par les Israéliens qui ont labouré sa piste d’atterrissage au moyen de bulldozers, détruit ses radars, sa tour de contrôle et les autres installations de navigation aérienne, au moyen d’aéronefs militaires, de chars d’assaut et de pièces d’artillerie, en violation totale du droit international, comme Israël l’avait fait pour l’aéroport de Beyrouth en 1968. Imaginons donc des méthodes de terroristes, utilisées par un Etat au-dessus des lois, transgressant, depuis sa création en 1948, près de soixante-cinq résolutions du Conseil de sécurité.Au programme des horreurs réservées aux populations civiles traumatisées: des tirs de missiles sur des zones résidentielles et des éliminations dites ciblées, exécutées comme dans un Far-West sur la place publique, des bombes sonores nocturnes privant de sommeil et terrorisant petits et grands… Sans oublier cette monstrueuse arme du blocus, voulue comme mesure de représailles punissant collectivement, pour un soldat manquant à l’appel, pour des tirs de roquettes artisanales ou pour châtier tous ceux qui ont permis le coup de force du Hamas, et même ceux qui n’ont rien à voir…Pour tenter de sortir en temps normal de cette grande prison en plein air, il fallait montrer patte blanche aux deux points de passage: Erez au nord et Rafah à la frontière sud avec l’Égypte, tandis que Qarni est exclusivement réservé au transport des marchandises.Imaginons alors ces grilles électrifiées, ces tours de contrôle, l’humiliation des check-points, les blocages arbitraires, l’entrave à la libre circulation des personnes… Michèle Sibony, une des responsables de l’Union juive française pour la paix, issue d’une famille juive marocaine; ayant vécu en Israël pendant quatre ans, s’exprime ainsi sur les barrages: «Il y en a partout: pour protéger une colonie, pour sécuriser l’accès de Jérusalem, pour isoler Ramallah, pour couper Gaza, pour... Parfois on ne sait plus, la logique achoppe. Et parfois ça circule, parfois ça bloque des heures, parfois c’est totalement fermé, il faut repartir. Les soldats de plus en plus nerveux dans le bruit, la poussière, la cohue et les vociférations des taxis, les moteurs des camions et des voitures coincés, les sirènes des ambulances qui veulent passer d’urgence...».Puis, imaginons que les portes de cette prison, déclarée «entité ennemie», étaient devenues soudain hermétiquement closes pour se venger des choix politiques des Palestiniens, avant d’endurcir encore plus gravement les mesures du blocus suite aux tirs de roquettes sur la ville voisine de Sderot, peuplée depuis 1951 par des Juifs kurdes, perses, marocains ou polonais sur les ruines du village palestinien rasé de Najd. Des roquettes qui ont fait un mort en 2007 selon les résultats officiels israéliens, tandis que plus de 350 Gazaouis ont été à la même période, victimes des tirs de l’armée d’occupation. La journaliste israélienne Amira Haas écrivait il y a quelques jours dans le Haaretz: «Les Israéliens oublient le raid meurtrier qui a précédé le dernier tir de qassams. Et parce qu’ils ne voient pas la relation entre les qassams et les victimes palestiniennes depuis le début de l’Intifada, ni les degrés de l’escalade que l’armée franchit depuis plusieurs années, ils ne peuvent pas imaginer le résultat des coupures d’électricité; de la pénurie d’eau qui en résulte; de l’effondrement de la voirie; de l’humiliation de ne pouvoir penser qu’au froid et au manque de nourriture. A cause de cette amnésie, les Israéliens ne pensent pas à l’avenir, ils ne pensent pas aux positions exprimées en ce moment par le monde arabe, qui vont finir par briser un calme temporaire».Imaginons donc ces populations civiles empêchées de vivre en paix, de travailler, de pêcher, de voyager, de recevoir leurs proches dispersés, de s’éclairer, de se soigner… Mais devant les yeux du monde, les assiégés de Gaza, en danger de catastrophe humanitaire certaine, selon l’avis de tous les observateurs sur les lieux, refusent de se laisser anéantir par l’encerclement et par la faim et donnent une leçon de morale aux spectateurs inertes devant leur malheur, en brisant les symboles de leur captivité. Les Gazaouis ont ainsi pu faire tomber le mur, quitter par milliers leur ghetto et traverser la frontière avec Rafah, donnant à contrario, sa pleine mesure à cette hideuse image du geôlier, responsable de cet inhumain blocus. Comment un Etat, dit le plus démocratique de la région, peut-il exercer aussi impunément ces méthodes inacceptables sur le plan moral, privant des populations qu’il occupe de l’approvisionnement en denrées alimentaires de première nécessité, en électricité, en eau potable, en combustible, en médicaments… au mépris flagrant du Droit international et des Conventions de Genève? Ceci dit, qui croit honnêtement encore en l’application équitable du droit international, passé maître dans l’exercice d’une justice à géométrie variable, de l’ingérence idéologique et de la politique de la canonnière? Comment admettre la bonne foi du si démocratique monde occidental, si prompt à réagir face à l’Irak ou à l’Iran, mais étrangement muet devant les ghettos de la Palestine, tandis que les régimes arabes nous blessent profondément dans leur majorité par leur silence assourdissant? N’est-ce pas faire le lit de tous les radicalismes que de transmettre des signaux forts d’impuissance, de veulerie, de conjonctions d’intérêts avec les affameurs du peuple palestinien, cautionnant l’injustice, donnant leur blanc-seing aux criminels de guerre, minimisant les faits devant l’évidence ou mettant sur un pied d’égalité les bourreaux et les victimes?Car imaginons que même dans les médias occidentaux bien pensants les tirs des qassams prennent une dimension quasi nucléaire tandis que la mort de plusieurs Palestiniens ne dépasse pas le petit filet de rigueur.Cette attention portée envers Gaza, pour cause d’actualité, ne saurait faire oublier la situation en Cisjordanie. Autre bantoustan occupé depuis la Guerre des Six-jours, il est étouffé sous le poids des colonies illégales, vivant sous le poids des restrictions de circulation avec ces routes réservées aux colons et tous ces barrages routiers rapportant leur lot quotidien d’humiliations. Que dire de Jérusalem, le sort de la Mosquée El-Aqça, menacée par des travaux archéologiques à la recherche du temple perdu et toutes ces décisions unilatérales touchant au statut de la ville sainte!Si les accords d’Oslo déclarent la bande de Gaza et la Cisjordanie comme une seule entité territoriale, comment expliquer que ces régions ne soient pas reliées physiquement et que le minimum de libre circulation des citoyens et de leurs biens ne soit pas assuré? Comment croire alors en un futur Etat palestinien politiquement et économiquement viable et à la sincérité de tous ces cirques diplomatiques? Comment ne pas penser à cette sinistre phrase, à la Goebbels du chef d’état-major des Forces de la défense israélienne, Raphael Eitan, dans le New York Times du 14 avril 1983: «Lorsque nous aurons colonisé le pays, il ne restera plus aux Arabes que de tourner en rond comme des cafards drogués dans une bouteille».Si c’est cela le plan prévu pour le peuple palestinien, alors il n’est autre qu’une «solution finale» sur le long terme. Mais elle sous-estime la force de détermination dont ont fait preuve encore les Palestiniens, leur attachement à leurs droits fondamentaux et cette simple évidence que les causes justes ne meurent pas et que si les peuples plient, ils n’oublient jamais.Quelle leçon ont tiré de l’histoire ceux qui reprennent les méthodes des anciens tortionnaires? La même machine concentrationnaire, le même déni de la dignité humaine et du droit à la vie.Lors de sa visite au camp de concentration de Auschwitz en mai 2006, le pape Benoît XVI disait: «A l’heure actuelle, nous pourrions voir d’autres “camps de concentration”, peut-être avec un nom différent, dans d’autres endroits de terreur et d’intolérance où l’homme s’en prend à l’homme pour l’anéantir».C’est en ce sens que le Frère Musallam Manuel, prêtre catholique de Gaza adressait une lettre, destinée à l’attention du pape, des «frères en Christ, et de tous les hommes de bonne volonté dans le monde entier». Voilà ce que dit Frère Musallam Manuel: «Gaza, Jérusalem, Bethléem et toute la Cisjordanie sont, de nos jours, les nouveaux camps de concentration que le monde craignait de voir au XXIe siècle».Imaginons juste que nous en sommes contemporains, et que demain, nous ne pourrons pas dire qu’on ne savait pas…


Mémoires de camps…

Selon la définition, un camp de concentration est une installation regroupant par décision administrative, des catégories d’individus ou des masses jugées suspectes, sur des bases politiques, raciales ou religieuses, souvent en temps de guerre.C’est en Afrique du Sud que la dénomination a vu le jour durant la deuxième guerre des Boers (1899-1902). L’armée britannique, enrichie de l’apport de quelque 3.000 volontaires européens ou américains (mercenaires, médecins, chercheurs d’or…) a utilisé pour cela des armes infaillibles. Usant de sa nouvelle invention qu’est le fil de fer barbelé, elle encercle à peu de frais et sans états d’âme de grandes surfaces.«Ces clôtures de fil de fer servaient de garnison linéaire, un long mur d’étranglement ultrasensible, dans lequel se trouvent le barbelé et les fantassins (...) repoussant l’ennemi dans les montagnes. (...) Sur le pourtour, les barrières servaient comme armes offensives, non pas défensives, comme cage dans lesquelles l’ennemi était attrapé», ainsi que le rapporte Thomas Pakenham dans ‘‘The Boer War’’.De grands camps dits de reconcentration sont ainsi érigés, comprenant selon certaines estimations 45 camps pour les Boers (colons néerlandais) et 64 pour les Africains alliés. Ils internaient principalement des femmes et des enfants, soit en tout environ pour les Boers, 120.000 civils (certains évoquent 200.000) dont le lot quotidien était la malnutrition, l’insalubrité, la maladie et la mort…Pendant ce temps, les hommes, coupés de leurs bases étaient au combat, dans leur guerre de la liberté comme ils l’appellent en langue afrikaner. Dans «Le dernier commando boer» de Robert de Kersauson, le général boer Smuts a dit à sa troupe dans une funeste prophétie: «C’est le sang de nos femmes qui a coulé. Vingt et un mille femmes et enfants sont morts déjà dans les camps de concentration anglais et si la guerre se poursuivait, ils mourraient tous, et notre race disparaîtrait…».Mais c’est à Cuba que certains attribuent la fondation des premiers camps, dits de reconcentration. C’était lors de la guerre d’indépendance en 1896, avec le placement de centaines de milliers de reconcentrados cubains sous contrôle de l’armée, tandis que tous ceux qui ne se trouvaient pas dans l’enceinte du camp étaient considérés comme ennemis à abattre.Comment ne pas mentionner également le sort infligé en 1904 aux Herero de Namibie, farouches opposants à la colonisation allemande. Plus de 70.000 Hereros auraient ainsi trouvé la mort de faim, de maladie, de mauvais traitements ou d’exécutions sommaires dans les camps de concentration. L’ampleur de l’extermination des Hereros amène les historiens à évoquer le «premier génocide du XXe siècle». Cent ans plus tard, l’Allemagne a fait ses excuses officielles, en acceptant sa responsabilité morale et historique bien qu’elle refuse de verser des indemnisations aux victimes.Avec la Première Guerre mondiale, on peut évoquer en France le camp de concentration de Pontmain (dits aussi d’étrangers ou de prisonniers), internant des prisonniers de guerre et des familles, allemandes autrichiennes, Alsaciennes-Lorraines, ottomanes se trouvant sur son territoire au début des hostilités.A la fin de la guerre d’Espagne en 1939, le terme camp de concentration sera employé en France dans des documents administratifs pour désigner les camps d’Argelès-sur-Mer (77.000 réfugiés) ou de Rivesaltes, regroupant des républicains fuyant la dictature franquiste. Mais c’est pendant la Seconde Guerre mondiale que les camps de concentration, créés dès 1933 par Hitler pour enfermer ses opposants ont atteint le sommet de l’horreur avec la folle option de la solution finale adoptée depuis le 20 janvier 1942 et dont ont été victimes 6 millions de Juifs.Si des pays de l’Axe ont développé des camps, notamment les Britanniques aux Indes et les camps dits d’internements aux Etats-Unis, visant les Japonais depuis l’attaque de Pearl Harbor, si d’autres camps ont vu depuis le jour (depuis les Goulags en passant par Srebrenica), jamais camps ne marqueront à ce point l’esprit que les camps instaurés par le nazisme et leur logique d’extermination. Un de ses exemples le plus effroyable est le camp d’Auschwitz, en Pologne, libéré le 27 janvier 1945.

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