Culture

Herbalife: Le détail du scandale en France

Par L'Economiste | Edition N°:1044 Le 22/06/2001 | Partager

. Des plaintes de consommateurs, une émission d'Envoyé Spécial et une réaction officielle ont remis les choses en ordreCasablanca, février 2001. Au centre-ville, un hôtel est pris d'assaut par des centaines de personnes. Elles sont toutes venues répondre à l'annonce distribuée dans des tracts: «Nous ne cherchons pas des vendeurs ambulants, mais des managers. Gagnez jusqu'à 100.000 DH par mois». Réunies dans une grande salle, ces personnes remplissaient des formulaires et attendaient leur tour pour pouvoir prendre une chaise. A la direction de l'hôtel, une voix tremblante répond «qu'elle ne connaît pas qui organise l'événement» et «que tous les hôtels à Casablanca le font». Ainsi, à coup de tracts et séminaires dans les hôtels, Herbalife, la célèbre marque de produits «naturels» d'amincissement, recrutait ses vendeurs pour s'installer au Maroc. Ce schéma d'implantation est le même que celui qui a été utilisé dans les 18 pays où la marque élit domicile. L'émission Envoyé Spécial avait pu rapporter le déroulement d'un séminaire. Muni d'une caméra cachée, le journaliste français George Golberine a pu s'introduire dans la salle en tant que simple candidat. “Un lavage de cerveau”, décrit-il en deux mots. Son enquête le mènera à des conclusions pertinentes. D'abord, au niveau de la santé, les produits Herbalife peuvent constituer un réel danger. «Ce sont des produits qui doivent être administrés sous contrôle médical», précise le journaliste. En effet, les recommandations de cette marque peuvent mener à un jeûne excessif et une sous-nutrition. La valeur compensatoire d'Herbalife reste à prouver. En France, des cas de problèmes rénaux et de maladies diverses ont été enregistrés suite à l'utilisation d'Herbalife. Mais il y a plus grave: le système de vente.La machine commerciale d'Herbalife est organisée de manière pyramidale. La démonstration est facile à comprendre, un peu moins à suivre. On va supposer qu'un jour, le grand vendeur Herbalife débarque dans un pays. Celui-ci recrute en moyenne 10 vendeurs (10 à la puissance 1) qui à leur tour recrutent chacun 10 autres (nous sommes à 100 vendeurs, 10 à la puissance 2). Répétons l'opération six fois, rien que six fois, nous sommes déjà à un million de vendeurs. Pour vivre décemment, chaque vendeur doit dénicher au moins un client par jour. Dans un mois, il en faudra 30 millions pour le million de vendeurs, soit que tous les Marocains mangeront du Herbalife! Ainsi, il apparaît clair que les vendeurs n'arriveront jamais à écouler la marchandise qu'ils ont payé à leurs parrains. Ils se trouvent surendettés et dans l'incapacité de récupérer leur investissement. Finalement, cela ressemble à une opération d'aspiration de fonds, et c'est le grand vendeur Herbalife qui s'enrichit.Saisie par des consommateurs français, la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) avait été amenée à faire de nombreuses enquêtes concernant la vente de produits Herbalife. Selon une correspondance de cette prestigieuse institution parvenue à Tendances, “le service s'est attaché à vérifier deux aspects: ces produits ne doivent pas présenter de danger pour la santé des consommateurs et doivent répondre aux allégations qu'ils annoncent et ne pas tromper le consommateur sur leurs vertus réelles”. La DGCCRF est intervenue sur la base de réglementations existantes (tromperie sur les qualités des produits, publicité mensongère, règles d'étiquetage). “Des personnes ont été remboursées par Herbalife”, souligne le journaliste. Les méthodes de vente (exclusivement en réunion à domicile) et non dans les circuits habituels de commerce, ont donné lieu également à un certain nombre de plaintes. “A la suite de nos nombreuses enquêtes, les responsables de l'entreprise se sont mis en conformité avec les différentes réglementations applicables. Actuellement, ces produits ne posent plus problème en France”, précise la DGCCRF. Au Maroc, ce n'est pas le cas. A vous El Khyari*.Anouar ZYNE* Réputé ministre de la Santé.

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