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    El Miloudi El Mokharek: «Nous voulons un Smig à 3.500 DH»

    Par L'Economiste | Edition N°:3482 Le 09/03/2011 | Partager

    Longtemps à l'ombre de son mentor Mahjoub Benseddik, El Miloudi El Mokharek compte imprimer sa marque à l'UMT qu'il dirige depuis le congrés du 11 décembre 2010

    Les leaders d’opinion, le patronat et les centrales syndicales se mobilisent pour décrypter le mouvement du 20 février. Le SG de l’Union marocaine du travail (UMT) estime qu’il faut faire vite face à des jeunes qui ont des attentes légitimes et précises…

    - L’Economiste: Le mouvement du 20 février a provoqué des réactions en chaîne tant chez le patronat que dans le gouvernement. Pourtant, on a l’impression que les syndicats sont absents…

    - El Miloudi El Mokharek: Qui vous dit qu’on n’était pas là? L’UMT a laissé libre-choix à ses membres d’adhérer au mouvement. Nous n’avons pas diffusé de communiqué pour interdire la participation. Plusieurs de nos militants étaient aux côtés des jeunes manifestants. Nous ne voulons pas domestiquer ce mouvement à des fins partisanes comme ont voulu le faire certains partis. Nous n’avons jamais été aussi mobilisés. Le 12 janvier, nous avons adressé un mémorandum au Premier ministre lui rappelant les engagements du gouvernement de se réunir avec les partenaires sociaux avant la loi de Finances 2011. Il devait être question d’augmentation de salaires, de revalorisation du Smig, de révision et diminution de la pression fiscale… Or, nous constatons avec amertume que le gouvernement a failli à ses engagements.

    - Vous n’avez pas eu de réponses concrètes?

    - Rien du tout. Le gouvernement est muet. C’est une drôle de façon de répondre aux salariés et aux syndicats. Lorsqu’on ne peut pas dialoguer par écrit, comment peut-on le faire face à face.

    - La réunion avec le conseiller du Souverain n’est-elle pas une réponse du gouvernement?

    - Certainement pas. Le conseiller du Souverain a voulu rencontrer les centrales syndicales pour mesurer la température sociale. L’UMT ne s’est pas empêchée de lui signifier que cette réunion arrive avec beaucoup de retard. Mais c’est positif, car on comprend qu’il y a une prise de conscience. De notre côté, nous préparons actuellement un mémorandum sur la situation économique et sociale du pays, à la lumière du mouvement du 20 février.

    - Justement, quelle est votre analyse du 20 février?

    - Le mouvement est légitime et juste. Il exprime le malaise de toute une société. Les raisons de ce mouvement sont nombreuses et cela fait des mois, voire des années, que l’UMT tire la sonnette d’alarme pour demander aux pouvoirs publics de se pencher sur les maux qui gangrènent la société marocaine: chômage, injustice sociale, corruption… Est-il normal que des médecins ou des ingénieurs chôment alors que le pays accuse un déficit en matière de ressources humaines dans tous les domaines. Ces jeunes du 20 février ont montré une grande maturité. On les dit apolitiques mais ils ont prouvé le contraire avec les slogans et les revendications exprimés. Aujourd’hui, la société marocaine, toutes couches sociales confondues, est consciente des enjeux et il est urgent de répondre à leurs attentes.

    - Vous exigez des deadlines pour les mesures…

    - Le dialogue avec le gouvernement va porter essentiellement sur la revalorisation du Smig et des salaires dans la fonction publique. Nous attendons certaines mesures de l’Etat-employeur. Il y a des secteurs qui négocient des conventions collectives pour améliorer leurs conditions…Que le gouvernement se réunisse ou non avec nous, l’action syndicale continue par la revendication ou la grève.

    - Envisagez-vous d’intensifier les mouvements de grève?

    - Pourquoi pas, si nous n’avons pas de réponse. Je viens de recevoir du ministère de l’Emploi le relevé des états des grèves enregistrées au Maroc en 2010. Les causes des grèves sont dues à 63,7 % à la violation des lois sociales. C’est significatif. Ce moyen de pression sera utilisé toutes les fois que nécessaires et on ne laissera personne nous enlever ce droit.

    - Le caractère pacifiste du mouvement du 20 février a été salué. Pensez-vous que la tendance peut basculer?

    - Sincèrement, je ne le pense pas. Mis à part les actes de vandalisme, les jeunes Marocains ont, dans leur majorité, démontré un sens civique et de l’organisation. Leurs revendications sont précises. Aussi faut-il des réponses urgentes et concrètes en matière de droit au travail, à la santé, à l’éducation, etc.

    - Mais le gouvernement a répondu à certaines revendications en proposant l’intégration des diplômés chômeurs… C’est quand même une avancée?

    - A l’UMT, on est pratique et pragmatique. Les décisions valent ce que vaut leur application. Ce volet aurait pu être réglé depuis longtemps. La CGEM aurait pu prendre cette initiative il y a longtemps en investissant sur les ressources humaines et notamment en offrant à ces diplômés une reconversion professionnelle. En tout cas, nous estimons que le patronat peut faire mieux. Pour les diplômés chômeurs, et davantage pour une catégorie de travailleurs qui n’entrent dans aucune statistique, que le HCP méconnaît et que le gouvernement ignore. Ce sont les travailleurs qui ont été licenciés et jetés dans la pauvreté et l’exclusion par certains patrons pour avoir osé revendiquer leurs droits les plus élémentaires et l’application tout simplement de la législation du travail. On doit s’y intéresser au plus vite.

    - Il y a aussi la nouveauté de l’indemnité pour perte d’emploi…

    - Je rappelle que c’est une proposition de l’UMT. Nous avons toujours pensé qu’il fallait instaurer un filet social pour protéger les travailleurs. Au Maroc, ce n’est pas encore le cas. N’importe qui, ayant un emploi aujourd’hui, peut basculer dans la précarité s’il perd son travail. Les atermoiements du gouvernement n’ont pas permis au projet d’aboutir. Pourtant, cette allocation-chômage est urgente surtout après la crise économique qui a secoué le monde et le Maroc. L’UMT a défendu ce projet même devant le conseil d’administration de la CNSS. Il y a des divergences sur le niveau de la prestation. Nous estimons qu’une indemnité à 70% du Smig est dérisoire, encore plus pour les cadres. Nous avons demandé au gouvernement -pour une fois il a été attentif mais pas efficace- de mettre la main à la poche. La seule cotisation du salarié et de l’employeur ne suffit pas.

    - L’on parle d’un rapprochement de l’UMT avec le PAM…

    - Je le répète, nous sommes une organisation syndicale pratique et pragmatique. Nous ne nous intéressons nullement à la rumeur. Nous défendons farouchement notre indépendance de tout pouvoir qu’il soit économique ou politique. Et cela dure depuis 55 ans. Ceci dit, indépendance ne veut pas dire neutralité politique. C'est-à-dire que nous garantissons la libre-adhésion ou non à un parti.

    - Qu’attendez-vous du CES?

    - Justement, le conseil vient de tenir une réunion thématique (commission du règlement intérieur) avec pour thème les mécanismes de réinsertion professionnelle des travailleurs. On a rappelé la nécessité de filets sociaux, les cadres de l’UMT ont soulevé la problématique des caisses de retraite au Maroc. Nous estimons qu’une des attributions fondamentales du CES est de réfléchir et de proposer un système de protection sociale pérenne. On nous annonce que la CMR sera en déséquilibre en 2012. Pour 3 raisons: l’Etat n’a pas payé ses cotisations depuis 1960, il y a un problème de gouvernance de cette caisse et des autres caisses, et il y aussi le problèmes des départs volontaires qui ont vidé les caisses. C’est une véritable gabegie (mounkar). Non seulement on a vidé l’administration de ses meilleurs cadres surtout dans les secteurs stratégiques, mais on leur a aussi donné l’argent du contribuable afin qu’ils créent des sociétés et des emplois. Un leurre. Sous prétexte de répondre à une recommandation du FMI d’alléger la masse salariale, finalement, l’on se retrouve avec un fiasco total que l’on va payer longtemps.

    - Que propose l’UMT pour la revalorisation du Smig?

    - Quelle est cette famille qui peut vivre avec 2.100 DH par mois au Maroc? Cette somme suffit à peine à faire survivre un ménage pendant 11 jours, chiffres à l’appui. Notre revendication porte sur un Smig à 3.500 DH, pour vivre plus ou moins correctement. Le gouvernement et le patronat refusent et avancent la concurrence de la main-d’œuvre étrangère. On connaît des pays où le Smig est beaucoup plus élevé et qui sont compétitifs. Le Maroc n’est pas un pays sous-développé mais mal organisé. Ce qui génère des inégalités sociales flagrantes et suscite la colère des jeunes et des populations défavorisées.

    - Que pensez-vous des Smig régional et sectoriel proposés par les patrons?

    - C’est complètement absurde. Est-ce que les produits sont moins chers à Guercif qu’à Casablanca? Un Smig régional nous ramène à la période coloniale où il y avait quatre zones de salaires. C’est de l’injustice sociale tout simplement, c’est anti-constitutionnel.

    Propos recueillis par
    Fatima EL OUAFI & Amin RBOUB

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