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Créé de toutes langues

Par L'Economiste | Edition N°:741 Le 06/04/2000 | Partager

. Ecrit en arabe, pensé dans toutes les langues
. Des faits, de l'information. Pas de dissertation


Assabah est le premier journal de langue arabe créé en anglais. Son rédacteur en chef, M. Talha Jibril, en bon Soudanais, maîtrise la langue de Shakespeare et l'arabe, dans lequel il a fait ses études de philosophie à Rabat.
Quant à son français, il désespère même ses filles qui étudient au Lycée Descartes.
La langue de Voltaire est bien sûr la langue de travail des dirigeants de L'Economiste. Ceux-ci sont peu habitués à parler en arabe des installations informatiques ou des con-cepts marketing né-
cessaires à la campagne de publicité. Solution: tout le monde parle anglais, et le journal sera lancé.
Les jeunes journalistes sont aussi mis dans l'air du temps de la mondialisation.
Leur première instruction est: écrivez en arabe et pensez dans toutes les langues. En anglais, en français, en espagnol ou en arabe, tout est bon pour récolter l'information et la traiter. C'est le conseil donné aux journalistes de Assabah, qui ne doivent pas s'enfermer dans un ghetto, un moule de langue ou de pensée.
Ces derniers ont d'ailleurs été sélectionnés de différents cursus universitaires: licences de langue étrangère, de droit, d'économie, étoffées quelquefois par une formation complémentaire à l'école de journalisme de Rabat.
Ils sont également originaires de différentes régions du Royaume, pour éviter les réflexes d'écrire pour l'axe Casablanca-Rabat.
Tous sont jeunes. Ils ont 25 à 30 ans, et leur rédacteur en chef 45 ans. Certains justifient d'une première expérience dans la presse nationale, d'autres sont débutants.
Ils ont été recrutés début mars et rodés depuis à la recherche de l'information et son traitement.
C'est là que se trouve, en effet, leur mission, et non pas dans la beauté de la langue. Ils doivent être de bons journalistes et non des poètes (la poésie étant par ailleurs un art majeur pour les recueils et les soirées, et non pour les colonnes de journaux). Cela ne veut pas dire qu'il y a une quelconque tolérance vis-à-vis de la langue. Deux spécialistes de la langue arabe relisent tous les articles pour parvenir à une expressioncorrecte, simple, fluide et agré-able à lire.Les journalistes laissent au vestiaire leurs convictions politiques et leurs opinions personnelles. C'est un gros effort dans un pays dominé par la presse partisane, au point que journalistes et lecteurs confondent journalisme et militantisme. C'est l'information et non pas l'avis personnel qui leur est demandée car tel est le désir actuel du lecteur. Il n'y aura pas d'éditorial, appelé "colonne" dans la presse arabophone. Même Talha Jibril, une plume reconnue, n'en fera qu'un seul par semaine.


Talha Jibril

«Je n'ai pas choisi la presse, elle m'a choisi", avoue M. Talha Jibril, le rédacteur en chef de Assabah, que l'on croyait né pour la profession.
L'étudiant soudanais qu'il était à la fin des années 70 à Rabat est entré à Al Alam, non par vocation, mais par nécessité. Il avait besoin d'argent car le gouvernement soudanais l'avait privé de sa bourse. Motif: il était président de l'association des étudiants soudanais au Maroc, organisation jugée dangereusement subversive de... 70 personnes. Il faut dire que M. Jibril a de qui tenir. Son père Moussa, chauffeur de camion, a été syndicaliste à ses heures, et fiché très à gauche. Moussa a aujourd'hui 73 ans, et a visité par trois fois ce Maroc où a réussi son enfant prodige, le troisième d'une progéniture de seize. Huit vivent à l'étranger, dont trois au Maroc: Talha et deux de ses frères, techniciens en informatique dans la presse. La famille Jibril appartient à la plus grosse tribu arabe du Nord du Soudan, Chaïkiya. C'est la tribu du fameux écrivain Tayeb Salah, qui a écrit "Immigration au Nord", une des rares oeuvres littéraires arabes traduite en treize langues. Talha Jibril a écrit une biographie de cet auteur. Les langues ont d'ailleurs balisé les chemins de l'aventure de Talha Jibril au Maroc. Quand il y débarque à dix-huit ans, c'est pour étudier en français. Finalement, il opte pour une licence de philosophie, en arabe.
Quand il intègre Al Alam en 1975, c'est encore pour une question de langue: il est recruté pour faire des traductions de l'anglais vers l'arabe. C'est là que le rédacteur en chef, M. Larbi Messari, le remarque et lui donne du galon. Un jour, il le propose à Al Chark Al Awsat qui cherchait un correspondant à Rabat. Le journal londonien lui offrira une carrière de seize ans, en faisant de lui son chef de bureau au Maghreb et un grand reporter chargé de couvrir toutes les guerres d'Afrique. Plus récemment, il a été correspondant de l'agence de presse UPI, puis chargé de réorganiser deux journaux de parti. Ce dont il est le plus fier, c'est la supervision de la version arabe de "Mémoires d'un Roi" de Feu Sa Majesté Hassan II, qu'il a interviewé à trois reprises. Avec Assabah, et pour la première fois, il participe à la création d'un journal où il met toutes ses conceptions. Assabah sort le 10 avril, date anniversaire de sa fille Roua.

Khalid BELYAZID

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