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    Tribune

    Bosnie : Le "machin" en panne

    Par L'Economiste | Edition N°:157 Le 08/12/1994 | Partager

    par Rachid Haboub (*)

    "LE MACHIN"! davantage que n'importe quel discours, ce terme exprime tout le mépris que l'organisation des Nations Unies inspirait au général De Gaulle, un homme qui n'avait pas l'habitude de mâcher ses mots. Ce nationaliste de toujours ne tenait pas en très haute estime cette énorme machine bureaucratique qui avait la prétention de confisquer aux Etats-Nations une partie de leur souveraineté, ce grand forum new-yorkais où l'on investissait beaucoup, mais où l'on agissait peu. Il est vrai que l'ONU héritait au lendemain de la seconde guerre mondiale de tout le passif de la SDN à laquelle elle a succédé; elle héritait de l'image négative de cette organisation internationale qui a été notamment incapable de prévenir la montée du fascisme en Europe et en Extrême-Orient et l'éclatement de la guerre en 1939, vingt ans à peine après la signature du traité de Versailles. Aujourd'hui, la SDN n'est plus qu'un lointain souvenir et les nouvelles générations ignorent parfois jusqu'à la signification de ces trois lettres. Pourtant, l'image de l'ONU n'est pas plus reluisante qu'au lendemain de sa création en 1945. Certes, au cours des cinquante dernières années, il n'y a pas eu de confrontations militaires généralisées, mais les conflits localisés se comptent par dizaines, et le nombre des victimes qu'ils ont faites dépasse largement celui de la deuxième guerre mondiale. Ces conflits, l'ONU ne parvient ni à les prévenir, ni à la arrêter, en Ethiopie, en Angola, en Somalie, au Yémen, en Irak, en Iran, au Liberia, au Vietnam, en Afghanistan, au Cambodge et ailleurs encore, les guerres plus ou moins circonscrites ont déjà causé des millions de victimes, civils et militaires. Au Rwanda, le bilan est ahurissant: en quelques mois, une population de huit millions d'habitants a été décimée, souvent à coups de machette, et dans cette folie meurtrière, ni les femmes, ni les enfants n'ont été épargnés. Dépêchés sur les lieux, sans mandat précis, les casques bleus peuvent tout au plus témoigner des atrocités commises.

    Mais c'est surtout en Bosnie Herzégovine que l'ONU a achevé de perdre le peu de crédit qui lui restait encore. Là, les déchirements interethniques durent depuis plus de trois ans et les multiples résolutions votées contre les Serbes, unanimement désignés comme étant les agresseurs, ont été constamment bafouées.

    Alors que les enclaves musulmanes sont pilonnées et bombardées quotidiennement, que les tireurs embusqués continuent de faire cartons sur les civils à Sarajevo et que l'entrée imminente des milices serbes à Bihac laissent craindre que le pire est encore à venir, les hauts fonctionnaires en costume-cravate de New York se contentent de déplorer, vont même parfois jusqu'à s'indigner et, quand bien même une riposte des forces de l'OTAN est ordonnée, celle-ci est si mesurée, si discrète qu'on peut se demander si les Serbes s'en seront vraiment aperçus. En tout cas, les Serbes se seront bien aperçus d'une chose: de l'incapacité des Nations Unies à contrecarrer leur entreprise d'extermination des Musulmans de Bosnie et d'identification de la grande Serbie dont ils ont toujours rêvé. Les Serbes ont parfaitement pris la mesure des faiblesses de l'ONU. Cependant, comment expliquer qu'une organisation qui tergiverse interminablement ici fait preuve d'autant de détermination, voire d'acharnement, ailleurs? Comment expliquer que lorsqu'il s'est agi d'affronter l'Irak, de le bouter hors du Koweït, le "machin" a su se transformer en quelques mois en une redoutable machine de guerre. Comment expliquer que même après la sévère défaite infligée à ce pays, après la destruction de son infrastructure, l'ONU continue, avec une intransigeance qu'on ne lui connaissait pas, à imposer à tout un peuple un embargo inhumain que même la récente reconnaissance de la souveraineté Koweïtienne par le parlement irakien n'a pas permis d'assouplir? Souvent impuissante, parfois complaisante, sélectivement intransigeante, l'ONU a tout compte fait une image et un bilan qui ne sont guère plus flatteurs que ceux de la S.D.N. Mais si, par malheur, elle permettait aujourd'hui aux Serbes d'aller jusqu'au bout de leur entreprise de "nettoyage ethnique", elle en sortirait totalement discréditée.

    (*) Docteur en économie, cadre au Ministère des Finances.

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