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Politique Internationale

Ballet: Zinoun danse le silence

Par L'Economiste | Edition N°:65 Le 04/02/1993 | Partager

"Sacrifice" ne sera pas sacrifié. Le ballet devait être dansé lors de la journée du Maroc, à l'Expo de Séville. Annulé pour raison financière, il sera repris à Casablanca, s'il trouve des sponsors. Lahcen Zinoun en a donné un avant goût avec "Flagrant-délire".

"Voulez-vous me louer votre intimité, les affres du désir me dévorent. Et dire qu'il y aura encore un meilleur paradis dans l'au-delà"

Des vers libres de ce genre, mélange d'appel à l'amour et d'évocation mystique, remplacent la musique au ballet de Lahcen Zinoun, dansé du 16 au 29 Janvier au théâtre Sidi Belyout de Casablanca.

Une première. D'habitude, les spectacles sont fugitifs, s'envolent après un soir. "Flagrant-délire" s'est installé, comme l'aurait fait Bécaud à l'Olympia. "Un plaisir, même si la salle n'était pas toujours pleine", avoue Zinoun. "L'essentiel est de faire venir, sortir les gens".

Le spectateur moyen, peu initié à la danse, a du être surpris par la quasi absence de musique. Strauss ou Stravinsky emportaient le corps de Noureev, et le synthétiseur de Madonna. Le risque est que la musique emporte aussi l'attention du spectateur. "La rythmique de la parole et du silence suffisent aux danseurs dont les corps sont rodés dès le jeune âge", explique L. Zinoun.

Le peu de musique présent est plein de symbole. Le Duo "Ahbeibine", joue du rebab, sur des tons doux et tristes. Une touche marocaine à un genre réputé occidental. En fait, il symbolise l'exclusion de l'artiste du jeu social, cantonné dans une attitude absente, au bord de la scène.

Autre musicien qui "dénote", un violoniste, amené sur un chariot d'hôpital. qui exhibe un ventre bedonnant, sans rapport avec les abdominaux et les fessiers fermes des danseurs et des danseuses. Lui symbolise l'agonie de l'art, et sert un peu de faire valoir à ces corps qui s'élancent, tournent, "maîtrisent l'espace".

Le violoniste va traverser les 10 tableaux, qui ne constituent pas un récit linéaire, avec un début. et une fin, comme les aime le spectateur moyen. Il partage la vedette avec un autre personnage futé, qui s'affabule d'une perruque et de seins artificiels pour jouer les travestis. Un électrochoc pour "l'homme mâle qui, dans la salle, dans la rue, étouffe la part de féminité, de sensibilité qui est en lui", explique Zinoun.

A l'inverse du Moulin Rouge ou des Folies Bergères, ce travesti est le seul qui ne danse pas. Il introduit les danses, exécutées avec une rare maîtrise technique. Quand 6 danseuses emmitouflées dans des Haïks occupent la scène, la synchronisation est parfaite. Quand Kaïss, fils de L. Zinoun entre en scène, enlace fougueusement une danseuse, il laisse au spectateur, profane ou averti, une impression de perfection, de force physique rare. Une bête de scène. Lauréat du premier prix international de Lausanne, le plus prestigieux en matière de danse, Kaïs Zinoun a obtenu une bourse suisse, qui l'a conduit à l'Américan Ballet de New-York où, un an durant. Barychnikov s'est occupé de lui. Après 3 ans à San Francisco, il se dirige à Dusseldorf. Le jeune Marocain s'impose dans les temples de la danse.

Une revanche pour le père qui rumine encore l'annulation de son spectacle, prévue pour la journée du Maroc à l'Exposition de Séville. "Un coup médiatique inouï pour le Maroc. Les stars de la danse mondiale auraient dansé sous les ordres d'un Marocain pour fêter le Maroc. Le tout relayé par des chaînes de TV européennes et japonaises", explique-t-il. Il prévoyait pour "Sacrifice" Farouk, danseur étoile, héritage le plus précieux par la Russie, de l'ex-URSS. Elisabeth Platel, Claude Leriche et même Maïa Plesesiskaïa, "prima ballerina absoluta .avaient donné leur accord.

Mais Zinoun n'abandonne pas. De ses origines berbères il a gardé la patience et la ténacité. Il compte monter "Sacrifice", vers Mai-Juin, au complexe Mohammed V, à Casablanca, et y danser un bon mois. Le tout est de trouver 4 millions de Dirhams pour son spectacle qui tournera autour de l'amour et du pouvoir chez la femme. Les grands sponsors traditionnels ONA, BCM, BP, RAM... seront sollicités pour aider aux voyages et aux cachets de 12 danseurs étoiles, de 30 danseurs de corps de ballets et de 8 musiciens, seuls capables de jouer les compositions de Ahmed Sayed, autre gloire marocaine émigrée.

Ce beau monde se mêlera au Hadarat et aux Hmada Moussa, pour un spectacle haut en couleurs et en bruits, loin du silence de "Flagrants délire".

K.B.

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