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Chronique

Au Venezuela, pays de «l’urgence économique»

Par Omar Fassal | Edition N°:4749 Le 12/04/2016 | Partager

Omar Fassal est financier, expert en finance internationale. Il est également auteur du livre «Tout savoir sur la finance», et chroniqueur pour L’Economiste et Atlantic Radio. Retrouvez-le sur www.fassal.net. (Ph. OF)  

Les paradoxes du Venezuela sont doubles. D’abord, comment le pays qui possède les plus grandes réserves de pétrole au monde, devant l’Arabie saoudite, peut-il se retrouver en situation de crise énergétique?  Ensuite, comment un pays aussi fourni en pétrole, se retrouve-t-il à importer autant d’essence de l’étranger?
Le Venezuela traverse actuellement une crise énergétique très grave. En raison d’une sécheresse accrue, les réserves des barrages sont à sec. Les 18 barrages que compte le pays sont à niveaux très bas, et le bassin hydroélectrique du sud-est du pays qui fournit 70% de la production électrique, atteint des plus bas inquiétants. L’exécutif a réagi en déclarant une situation «d’urgence économique», pour imposer un rationnement de l’eau et de l’électricité. Depuis le mois de février, les hôtels et les centres commerciaux sont privés d’électricité pendant quatre heures par jour, durée ramenée à neuf heures à présent. Ils sont dans l’obligation de générer leur propre électricité durant cette période d’interruption.  Les administrations et les entreprises publiques ont l’obligation de réduire leur consommation énergétique de -20%. Les ménages sont pour l’instant épargnés de ce rationnement, mais on leur demande une autre forme de contribution. D’abord, une semaine de congé fut proclamée le mois dernier pour éviter les transports et limiter la consommation d’eau et d’électricité. Ensuite, l’exécutif a déclaré que jusqu’au mois de juin, tous les vendredis étaient décrétés fériés, pour éviter que la population ne se rende à son lieu de travail. Le but là aussi est de faire baisser la consommation.
Le Venezuela pose le problème fondamental en économie, du lien entre les ressources naturelles et le développement. Il apparaît clairement de nos jours que ce lien n’est pas aussi solide qu’il y paraît. Ne pas détenir de ressources ne signifie pas qu’on ne peut y avoir accès; il suffit simplement d’échanger ces ressources contre des produits locaux. Des pays se sont développés alors qu’ils manquaient cruellement de ressources naturelles, à l’image du Japon. D’autres n’ont pas su mettre en place les institutions nécessaires pour exploiter leurs immenses ressources, au profit de tous. Les ressources naturelles peuvent donc stimuler le développement, mais si elles sont mal gérées, la situation peut empirer. Elles deviennent alors une malédiction.

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L’exemple du Venezuela est devenu un cas d’école. Tout débute avec la politique d’expropriation démarrée en 2002. En vue de garantir une autosuffisance du pays, plusieurs propriétés étrangères sont nationalisées. Depuis 2002, on estime leurs nombres à  1.168 entreprises, dont 41% du secteur de la construction, 27% du secteur agroalimentaire, 19% du secteur pétrolier, 7% du secteur pharmaceutique et électrique, et 6% du secteur commercial. Les investisseurs étrangers sont devenus persona non grata. De plus, 5 millions d’hectares de terres agricoles furent également expropriées. Le pays s’est alors reposé sur la rente pétrolière; celle-ci représente 85% des exportations. Les revenus du gouvernement devenaient fortement tributaires du prix de l’or noir.
Suite à ce régime d’expropriation, l’économie a sombré dans un engourdissement prévisible. Le régime bureaucratique mis en place, qui n’encourage pas l’initiative privée, a étouffé l’appareil productif. Du coup, contrairement aux ambitions initiales, le pays s’est éloigné de l’autosuffisance, au lieu de s’en rapprocher. Que ce soit sur la production agricole, pharmaceutique, ou celles des biens de consommation, le Venezuela a augmenté ses importations car son outil productif fut atrophié. Les entreprises et les propriétés agricoles tournent aujourd’hui avec des taux d’utilisation inférieurs aux normes historiques. Même sur le secteur pétrolier, le pays n’a pas pu investir pour accroître sa capacité de raffinage, et se retrouve à exporter du brut de pétrole pour importer de l’essence. La chute des réserves de changes fait que plusieurs entreprises n’arrivent plus à se procurer des devises pour importer des matières premières et alimenter leur outil de production. La crise énergétique vient compliquer encore plus la donne.
Les indicateurs économiques sont au rouge:  la croissance du PIB devrait reculer de -6% en 2016 après -10% en 2015, le PIB par habitant s’est effondré passant de 10,108 dollars par habitant en 2012 à 4,250 en 2016, l’inflation est la plus élevé au monde avec un progression attendue de +204% des prix en 2016, les importations baissent d’année en année (-38% en 2015) car il n’y a plus de devises, et les exportations en font de même (-4% en 2015) car l’appareil productif se contracte, le taux de chômage frôle les 18%, le déficit budgétaire s’est creusé à -25% du PIB, et le compte courant est devenu déficitaire avec un solde de -3% du PIB en 2015. La publication des statistiques de la banque centrale fut suspendue car les autorités annoncent qu’elles pourraient créer de la panique, et l’opposition ne croit plus aucun chiffre en provenance des officiels. Mais au-delà de tous ces chiffres qui sonnent l’alerte, lorsque trouver du pain et des médicaments devient une angoisse car les étalages des commerces sont vides, cela suffit à décrire la tragédie de la situation.

De la richesse des nations

La crise énergétique actuelle due à une forte sécheresse tombe mal. Associé à une baisse des revenus de la rente pétrolière, le mélange est détonant. Il dévoile les coulisses d’un système économique bâti sur des fondations fragiles. Un système qui étouffe l’entreprise individuelle, et qui choisit de se renfermer face au reste du monde, s’élance dans une course vouée à l’échec. Ce n’est pas un hasard si les premières lignes de l’ouvrage la Richesse des Nations d’Adam Smith affirment que le travail est le pilier de la prospérité. Ne pas libérer le potentiel des individus, c’est ne pas libérer le moteur de la croissance. Le bonheur des peuples est entre leurs mains. Chaque matin, leur travail fait ou défait le développement du pays. Les valeurs asiatiques de sincérité au travail, d’engagement pour sa nation, et de patriotisme, devraient nous inspirer le plus grand des respects.

 

 

 

 

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