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Société

Violences dans les stades
Un interminable «mercato»

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:4734 Le 22/03/2016 | Partager
Au cœur de la nouvelle délinquance
Marginalisation, disparités sociales, pertes de repères…
L’identification aux ultras opposés attise le feu de la vengeance
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Les affaires de violence dans les stades se suivent et se ressemblent. De la casse, des blessés, des morts… Les incidents de samedi à Casablanca confirment encore une fois l’impuissance des pouvoirs publics  à contrecarrer le phénomène

(Ph. Khalifa)

Le porte-parole du RCA, Mohamed Naciri, a été on ne peut plus clair en affirmant que «le club ne peut pas encadrer le public». Certes, mais ses dirigeants endossent tout de même une part de responsabilité (voir encadré). Le président, Mohamed Boudrika, a pointé «l’implication directe des ultras, qui ont nui à l’image du Raja». Tout a éclaté suite à une altercation entre les «capos» des deux ultras les plus puissants dans la Curva Sud, après que les joueurs du club aient préféré célébrer la victoire avec un clan au détriment de l’autre. Une bagarre qui s’est étendue au reste des membres du groupe, dans une logique de vendetta, qui cristallise l’identification aux ultras plus qu’au club, surtout chez les mineurs. Comment en est-on arrivé à cette situation? Les différentes conférences organisées autour de la violence dans les stades ne sont pas arrivées à trouver des solutions efficaces. Surtout que, loin de se résumer aux événements de samedi dernier, les confrontations sanguinaires et les actes de vandalisme sont une réalité hebdomadaire, subie par les riverains. Les décisions prises par la Fédération et le ministère de l’Intérieur, lors d’une réunion tenue en février dernier, suite aux événements du derby, n’ont pas pu atténuer l’ampleur de la violence. Surtout lorsque ces actes mettent face à face des ultras du même club. «Ce n’est pas la première fois que des groupes qui soutiennent le même club s’affrontent», rappelle Abderrahim Bourkia, docteur en sciences sociales, chercheur associé à l’Observatoire régional de la délinquance et des contextes sociaux d’Aix-en-Provence. Les affrontements de deux ultras du PSG au Parc des Princes sont encore dans les esprits. Il a pointé «l’aspect violent du supporterisme, avec un processus de déchaînement symbolique et de provocations mutuelles, qui ont abouti à l’affrontement, dans une logique de vengeance». Cette situation est-elle liée à la culture des ultras au point où certains ont appelé à leur dissolution, ou bien s’agit-il d’un malaise social beaucoup plus profond? «L’interdiction des ultras n’est pas une solution, de même que l’approche sécuritaire reste insuffisante», a estimé le sociologue Ali Chaâbani.

De son côté, Abderrahim Bourkia estime qu’il y a «un chevauchement des deux causes». Pour lui, «dans l’univers des ultras, l’usage de la violence n’est pas exclu». Mais c’est surtout les conditions sociales des membres, «généralement des jeunes issus de familles défavorisées, dont les actes recèlent leurs vives inquiétudes, notamment en termes de chômage, de pauvreté, d’exclusion, de mépris et d’incompréhension», a expliqué ce chercheur dont la thèse a porté sur les mouvements ultras au Maroc. Du coup, parler de hooliganisme dans le sens classique n’est pas approprié. Même son de cloche chez Ali Chaâbani, qui estime que «les stades sont transformés en espace d’expression des frustrations de jeunes qui se sentent marginalisés et victimes des manifestations des disparités sociales». Dans les stades, c’est la psychologie des foules, décrite par Gustave Le Bon, qui joue à plein. Loin de se limiter à la violence sportive, «des délinquants, appelés dans le jargon des supporters zerrama, créent des conflits pour faire diversion, avant de s’attaquer aux poches des spectateurs».

Aujourd’hui, les solutions préconisées par la Fédération et l’Etat ont montré leurs limites. Certes, il est urgent d’adopter les décrets d’application de la loi 09-09 sur les violences dans les stades, prévoyant des mécanismes pour limiter les dégâts. Mais la solution doit se baser sur une approche globale, qui répond aux «causes de la violence chez les Marocains, qui restent encore une inconnue». Hier, des groupes parlementaires ont appelé à une réunion d’urgence en commission, avec les ministres de l’Intérieur et de la Jeunesse et Sports.

Les dirigeants aussi responsables

«Il n’y a pas de solution concrète et immédiate pour faire face à la violence dans les stades», selon Abderrahim Bourkia. Plusieurs sociologues s’accordent à dire qu’un «travail de fond, en termes d’éducation et de sensibilisation, doit être mené au niveau de la famille, de l’école, des maisons de jeunesse…». Surtout que ces jeunes sont en quête de modèles. Et là, certains dirigeants de club donnent le mauvais exemple. Une semaine avant ces événements tragiques, le président du Raja a tenu des propos irresponsables dans un communiqué, suite au report du match du club face au MAS pour des raisons de sécurité. En déclarant que son club serait «victime d’un complot, voulant freiner son élan», il favorise les actes de vengeance, oubliant qu’il est le vice-président de la Fédération qu’il accuse. Ce qui torpille tous les efforts pour endiguer ce mal qui gangrène les événements sportifs.

 

 

 

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