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    Chronique

    Les quatre défis de l’émergence financière chinoise
    Par Omar Fassal

    Par L'Economiste | Edition N°:4421 Le 16/12/2014 | Partager

    Omar Fassal est diplômé de l’Université de Lyon en ingénierie chimique, de Sciences Po Toulouse en analyse du monde contemporain, et de l’EM Lyon en ingénierie financière. Il est analyste des marchés financiers internationaux chez CDG Capital, auteur du livre «Tout savoir sur la finance», chroniqueur pour L’Economiste et intervenant pour Atlantic Radio»

    La Chine rêve de plus.  Elle ne souhaite plus être simplement l’atelier du monde, mais ambitionne secrètement de s’imposer en véritable puissance financière. Preuve en est le nombre d’initiatives qu’elle prend dans ce sens. Le mois dernier, en octobre 2014, elle préside la signature de la création d’une nouvelle institution financière: la «Banque asiatique d’investissements dans les infrastructures». Cette nouvelle banque créée en collaboration avec 20 autres pays, sera dotée d’un capital de 50 milliards de dollars. Au mois de juillet 2014, elle officialisa la création de la Banque des BRICS, appelée la Nouvelle Banque de Développement. Celle-ci sera dotée d’un capital de 50 milliards de dollars, qui sera porté à 100 milliards par la suite. Ces deux organismes viennent concurrencer ouvertement la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et la Banque asiatique de développement, des institutions perçues comme étant trop proches des intérêts occidentaux. Le but est de canaliser le financement offert par la Chine au reste du monde. Celui-ci n’est pas théorique, il s’agit déjà d’une réalité.
    Grâce à son avantage compétitif basé sur une main-d’œuvre abondante et bon marché, la Chine a pu s’imposer dans le commerce mondial, et accumuler des réserves de changes. Celles-ci s’élèvent désormais à plus de 3,5 trillions de dollars. Grâce à son trésor de guerre accumulé, la Chine finance les pays développés. Elle est à ce titre le premier détenteur de titres financiers américains. La Chine détient aujourd’hui 23% de la dette américaine, ce qui représente le total pharaonique de 1,2 trillion de dollars. Elle finance également 8% de la dette européenne. Mais la Chine ne s’arrête pas là, elle finance également les pays en voie de développement.
    Cette aide prend son envol durant les années 2000, lorsque la puissance chinoise franchit un cap de maturité. Entre 2000 et 2006, elle est principalement dirigée vers l’Amérique latine. A partir de 2007, l’aide apportée à l’Afrique devient plus importante que celle consacrée à l’Amérique latine. L’aide africaine est devenue un enjeu important. En 2000, la Chine avait lancé le Forum de coopération Chine Afrique. Celui-ci avait promis en 2009 la bagatelle de 10 milliards de dollars. En 2012, cette somme fut doublée à 20 milliards. Ces aides sont représentées à hauteur de 50% d’investissement sponsorisés par l’Etat, de 45% de prêts, et de 5% de dons et d’annulation de dettes. Cette aide colossale vers l’Afrique n’est pas prête de se tarir. On estime qu’entre 2014 et 2025, cette aide africaine devrait cumuler un total de 1 trillion de dollars, dont 70 à 80% seraient fournis par la Export-Import Bank of China (Eximbank) qui sert d’outil de financement pour les projets chinois internationaux.
    Au-delà du financement apporté aux pays développés et aux pays en voie de développement, la Chine finance également des multinationales étrangères. En effet, suite à la création d’un marché offshore pour le yuan renminbi, des entreprises étrangères ont commencé à émettre des obligations en monnaie chinoise. A Hong Kong, 4% des émetteurs sont d’origine américaine, 9% d’origine européenne, et 10% proviennent du reste du monde. Mais la poursuite de la montée en charge de la puissance financière chinoise bute sur quatre défis majeurs.
    Le premier défi est de réussir le passage d’une économie tirée par l’investissement et les exportations vers une économie basée sur la consommation. Longtemps, les salaires ont été tirés vers le bas, et le yuan renminbi fut sous-valorisé pour permettre une compétitivité des exportations chinoises. Passer vers une économie de la demande requiert deux changements: la hausse des salaires pour accélérer l’émergence d’une classe moyenne capable de consommer les produits fabriqués, et la revalorisation du yuan pour rendre les produits étrangers plus abordables pour les consommateurs locaux.
    Le second défi est de réussir à désendetter l’économie chinoise. Aujourd’hui, la dette publique représente seulement 40% du PIB, un niveau parfaitement soutenable vu la croissance. La dette des ménages ne représente que 34% du PIB. Celle-ci est très faible en raison du taux d’épargne très important des Chinois. Leur taux d’épargne représente 50% de leurs revenus, ce qui les place en quatrième position au niveau mondial. Mais ce qui inquiète dans l’économie chinoise, c’est l’endettement amassé par les entreprises. En 2008 il était de 99% du PIB; 5 ans plus tard, il culmine à 147%. La Banque du Peuple doit réussir un désendettement des entreprises chinoises, sans pour autant tuer la croissance, ce qui pourrait provoquer des mouvements sociaux conséquents.
    Le troisième défi est celui de l’émergence dans les métiers de pointe de la finance des marchés. Ces derniers restent pour l’instant dominés par les géants anglo-saxons. Le podium des plus gros gérants d’actifs est stable (Black Rock, Vanguard, State Street, Fidelity…). Le classement des plus grandes banques d’affaires actives sur les fusions acquisitions (M&A), les émissions de fonds propres (ECM) et de dette (DCM) est également assez stable. On y retrouve les noms connus (JP Morgan, Goldman Sachs, Morgan Stanley…) et pas l’ombre d’un chinois.
    Enfin, le quatrième défi est de transformer le yuan renminbi en une véritable monnaie de réserve mondiale. Même si sa part dans les échanges mondiaux progresse – elle représente aujourd’hui 2% des volumes quotidiens échangés – elle reste négligeable comme monnaie de réserve mondiale. Elle représente moins de 0,3% des réserves mondiales, tandis que le dollar américain en représente 61%. Cette singularité chinoise est frappante: la deuxième économie mondiale ne dispose pas d’une monnaie de réserve, tandis que d’autres puissances économiques qui sont plus petites qu’elle en disposent déjà.

    Transformer le renminbi en monnaie de réserve mondiale

    Il faudrait pour cela que la Chine se décide à libéraliser sa monnaie. Passer de son système de change semi-fixe (avec un pivot quotidien annoncé par la Banque du Peuple et une marge de variation limitée à +/-2% autour de ce pivot), vers un système de change flottant (où le cours de la monnaie varie librement en fonction de l’offre et de la demande). Il faut également ouvrir le compte de capital chinois. Cela signifie autoriser les étrangers à convertir autant de dollars qu’ils le souhaitent en yuan, et autoriser les résidents à convertir autant de yuan qu’ils le souhaitent en devise étrangère.
    Ces deux changements feraient du renminbi une monnaie de réserve comparable à la livre sterling et au yen japonais qui représentent chacun 4% des réserves mondiales. Mais cela ne ferait pas du renminbi la monnaie de réserve mondiale, l’équivalent du dollar américain. Pour cela, il faudrait des conditions historiques exceptionnelles. Le dollar fut sacré monnaie mondiale par les Accords de Bretton Woods, au cours desquels l’Amérique victorieuse de la Seconde Guerre mondiale a pu dicter sa solution. Le Dollar fut par la suite porté à son apogée, lorsque les pays de l’Opep décident au-début des années 70 de ne plus accepter pour leur paiement que des dollars américains. Cela créa une demande continue pour la monnaie américaine et l’encouragea à devenir le pivot du système monétaire mondial. Il faudrait des conditions historiques d’une ampleur pareille, pour transformer le renminbi en dollar.

     

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