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Maroc/Afrique: L’économie d’abord, la science ensuite
Par Hamid BOUABID

Par L'Economiste | Edition N°:4337 Le 12/08/2014 | Partager

LE Maroc a mis le cap sur l'Afrique. Il n'est d'ailleurs pas le seul. L'Afrique du Sud, la Chine,

Hamid Bouabid est professeur à l’université Mohammed V-Agdal et spécialiste de la scientométrie. Il est auteur de plusieurs publications et travaux de recherche en Science & Technologie

l'UE et les USA notamment convoitent déjà ce continent du futur même si selon différents approches et instruments. La Chine a démarré avec son Forum tri-annuel Chine-Afrique depuis 2000 et qui continue jusqu'à présent. L'UE organise son sommet et son Forum d'Affaires EU-Afrique qui est à sa 5e édition (mars-avril 2014). Les USA, après la tournée de son président Obama en Afrique en juin et juillet 2013, a organisé une grande messe à Washington du 4 au 6 de ce mois d'août: sommet US-Afrique. Le Maroc y a été présent avec une forte délégation. Ces sommets et forums se sont penchés sur le renforcement de la coopération avec l'Afrique à travers l'investissement, les affaires, le développement durable, la santé, la femme, la société civile, l'éducation, l'entrepreneuriat, etc. Bref, tous les vecteurs mis en convergence vers cette stratégie de conquête de l'Afrique.
Pour le Maroc et au-delà des volets religieux, de sécurité, de diplomatie, de santé, l'accélérateur est mis à fond sur l'économie. Les retombées se font déjà sentir. Les exportations marocaines vers l'Afrique se sont appréciées de 340% sur une décennie (entre 2003 et 2012). Parallèlement, une expansion exemplaire en Afrique des entreprises marocaines : dans la finance et l'assurance avec AWB, BMCE et PCB, dans l'immobilier avec Alliances, Addoha et Yenna. Egalement, dans les services avec Maroc Telecom et Saham ou l'infrastructure avec CED. Sans oublier l'industrie de transformation avec l'OCP, Managem, Ingelec, Dari. Pour ne citer que ces exemples. Or, qu'en est-il alors de la coopération scientifique tout aussi importante dans la densification des relations de coopération stratégique et durable? Certes, il existe plusieurs conventions et accords de coopération en recherche scientifique entre le Maroc et de nombreux pays africains dont notamment : le Gabon en 2000, le Djibouti en 2000, la Guinée en 2002, le Niger en 2004, la Côte d'Ivoire en 2004, la Libye en 2005, la Tunisie en 2006, le Congo en 2007. Le Maroc est également membre de plusieurs organisations africaines en science et technologie, non exhaustivement: CRAT (Centre régional africain de technologie, CRASTE (Centre régional africain des sciences et technologies de l'espace), AAS (Académie africaine des sciences). Ces conventions et accords ou autre initiative ont-ils stimulés ou générés des extrants (outputs) bénéfiques pour le Maroc, matériels ou immatériels, et perceptibles à travers notamment les co-publications scientifiques faites conjointement avec des chercheurs de ces pays?
La carte suivante visualise les relations de collaboration scientifique quantifiées par ces co-publications. Elle est de grand intérêt car elle cartographie le Maroc au sein du cluster africain regroupant tous les pays africains et non seulement ses collaborations bilatérales.
Bien que le Maroc entreprend de fortes collaborations scientifiques avec les grands acteurs mondiaux notamment les pays européens et nord-américains, cette carte montre sans conteste son positionnement excentré dans le cluster scientifique africain. Alors que le Nigeria, par exemple, est un «hub» scientifique en Afrique malgré sa production scientifique moyenne.
Les collaborations scientifiques du Nigeria sont tout aussi diverses et intenses avec les autres pays africains. L'Afrique du Sud reste incontestablement le pivot de la collaboration scientifique en Afrique. Elle est le leader de la production scientifique mais aussi un pilier central du cluster de collaboration surtout dans la moitié centre - sud de l'Afrique. Il est assez frappant de voir que le Maroc est «moins intégré scientifiquement» en Afrique. Ses fortes collaborations intra-africaines se font exclusivement avec les pays du Maghreb: l'Algérie (35%), la Tunisie (31%) suivis par le Nigeria (6%). Or, même ces collaborations maghrébines sont véhiculées moins par des collaborations bilatérales qu'à travers les programmes européens de coopération en R&D, notamment les Programmes-Cadres de R&D. Pour ces trois principaux pays en collaboration scientifique avec le Maroc, il est déterminé pour chacun d'eux ses principaux collaborateurs en Afrique. L'objectif est de savoir si ces collaborations sont réciproquement équilibrées et cohérentes.
Les collaborations entre les pays du Maghreb sont plus équilibrées et cohérentes. Elles pèsent pour chacun en moyenne un tiers de ces collaborations totales en Afrique (voir la carte suivante).

La taille du cercle représente le volume de la production scientifique, l’épaisseur du lien dénote l’intensité de collaboration et la distance entre deux pays désigne la proximité (en termes de collaboration scientifique) entre ces pays (données de 2003 à 2012)

Cependant, et en termes de poids toujours, l'Algérie et la Tunisie font plus de collaborations avec les pays subsahariens (avec des poids respectivement de 10%) qu'il n'en fait le Maroc (6% avec le Nigeria). Avec ce dernier pays, la collaboration du Maroc est moins équilibrée. Le Nigeria semble plus orientée vers l'Afrique «profonde» où ses trois premiers partenaires sont le Kenya (16%), le Cameroun (11%) et le Ghana (11%). Pour le Nigeria, le Maroc arrive à la 13e position avec juste 2% de ses co-publications africaines.
En conséquence, la collaboration scientifique du Maroc avec l'Afrique reste très faible avec un positionnement en périphérie du cluster scientifique africain. En dehors du Maghreb, ses collaborations sont très déséquilibrées en sa défaveur. Enfin, il n'est pas noté une orientation scientifique prioritaire explicite dans le continent. Le dernier rapport de la Commission européenne (2012) sur les collaborations scientifique et technologique à la fois entre Etats membres et les autres pays du monde fait état que tous les pays européens ont identifié et ciblé des thèmes scientifiques spécifiques mais surtout des régions géographiques prioritaires pour leur coopération scientifique. C'est également le cas pour les USA et le Canada. Serait-il le cas pour le Maroc particulièrement au sein du continent africain? et quels en seraient alors les mécanismes et les leviers pour réussir une coopération scientifique bénéfique et durable, versant in fine dans cette politique résolument tournée vers l'Afrique. Pas tout à fait. A titre d'exemple, le Maroc se doit d'intégrer, entre autres, le CAMES: Conseil africain et malgache pour l’enseignement Supérieur, l'AUA: Association des Universités africaines, la PAU: Pan-African University, le Codesria: Council for the Development of Social Science Research in Africa, de mobiliser ses partenaires africains dans le nouveau grand appel à projets européen  Horizon 2020, de mobiliser en tant que ponts d'or les milliers de confrères africains ayant accomplis avec succès leurs études supérieures (surtout en recherche) au Maroc. Le potentiel est tout simplement énorme au vu de l'expérience du Maroc et de ses compétences de renommée internationale, pour faire de la science et l'économie des vecteurs harmonieusement convergents vers sa stratégie de reconquête de son continent naturel, l'Afrique.

S&T: Politique d’ouverture

Depuis des décennies, le Maroc a fait le choix d’une politique d’ouverture économique. Le taux d’ouverture (ce taux correspond à la somme des importations et des exportations rapporté au PIB nominal de l’économie nationale) s’est établi à 68% (2012). Cette politique d’ouverture est conjuguée à celle en science et technologie (S&T). Plus de 60% des publications scientifiques marocaines sont co-signées avec des institutions étrangères (2011-2012). De plus, le Maroc est l’un des rares pays au monde ayant un accord en S&T avec les grands «players» de la S&T : UE (signé en 2003) et USA (signé en 2006).

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