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    Gestion déléguée: Actis accuse le coup, mais maintient ses ambitions sur le Maroc

    Par L'Economiste | Edition N°:4310 Le 03/07/2014 | Partager

    David Grylls: «Ce sujet est compliqué et essentiel à la vie des villes et il est donc très utile que les experts du gouvernement puissent contribuer à une évolution positive de la situation suite au départ de Veolia»

    Après le refus essuyé sur la cession de Redal et Amendis, le fonds Actis ne désespère pas de voir son offre aboutir pour des projets d’investissement ou de développement des villes marocaines. Dans cet entretien, David Grylls, associé en charge du pôle Energie pour l’Afrique,   détaille les arguments du  groupe. Il  reconnaît que la communication a été difficile vu que les négociations concernaient un contrat existant.


    - L’Economiste: Le deal passé avec Veolia Maroc tombe à l’eau puisque les communes les plus importantes ont délibéré contre la cession de Redal et Amendis à Actis. Que comptez-vous faire après le niet des autorités délégantes?
    - David Grylls: Actis respecte le droit des communes à racheter les contrats de concession. Le fonds britannique croit en l’avenir du Maroc et souhaite toujours y investir pour développer des sociétés de services aux collectivités et restera donc à l’écoute et disponible si les autorités sont intéressées par les solutions d’investissement et de développement que peut apporter Actis pour les villes et le pays.

    - Il semble que les élus n’ont même pas étudié le projet d’Actis. N’avez-vous pas l’impression d’avoir été victime d’une incompréhension?
    - Actis a souhaité apporter une solution caractérisée par l’investissement additionnel, la continuité de service et la continuité des contrats de concession portés par Veolia via Redal et Amendis, pour éviter toute situation de rupture contractuelle pour les collectivités et le personnel. Il semble dommage que ce point n’ait pas été apprécié à sa juste valeur et que beaucoup d’attention ait été accordée principalement au départ de Veolia. Même si Actis n’a pas de lien avec Veolia excepté de proposer une reprise en douceur de ses activités au Maroc, certains ont mis naturellement l’arrivée d’Actis dans le même sac que le départ du pays de Veolia. Ils se sont orientés vers une rupture des contrats de gestion déléguée en place via une reprise plutôt qu’un simple changement d’actionnaire.
    Outre la continuité de service et le respect des contrats de concession, l’offre Actis intègre une injection de capitaux importante et une renégociation avec les banques de Redal et Amendis afin de rattraper le retard d’investissement, de donner une bonne santé financière à ces entreprises pour les projeter vers l’avenir en assurant leur développement sur tous les plans et en faire à terme des modèles de gestion privée nationale. Pour cela, Actis apporte de l’argent frais et des compétences et expertises tout en s’appuyant sur les talents marocains.

    - Au niveau des communes, mais aussi au ministère de l’Intérieur, on considère que la gestion déléguée est dépassée. Qu’en pensez-vous?
    - Les partenariats public-privé sont une forme établie et réussie depuis de nombreuses années dans de nombreux pays. C’est une solution qui a fait ses preuves pour attirer des capitaux privés et étrangers au développement des infrastructures d’un pays quand il en a besoin. Quelle sont les autres alternatives? Tout est question de régulation et de respect des engagements des deux parties du contrat.  On peut noter que le Maroc a les compétences techniques et humaines de développer et opérer ses infrastructures,  mais peut bénéficier de  capital privé et étranger et acquérir quand nécessaire les meilleures pratiques internationales pour en accélérer le développement et contribuer ainsi à l’émergence d’un leader local.
    L’apport de capital de la part du secteur privé dans la gestion déléguée a toujours l’avantage de libérer des capitaux du gouvernement pour les autres secteurs qui sont moins susceptibles de recevoir des investissements privés.
    - Le reproche que les élus font à la gestion déléguée concerne le retard en matière d’investissement. L’enveloppe que vous auriez proposée, en dirhams à lever auprès des banques marocaines, est jugée insuffisante. Qu’en dites-vous?
    - Nous avons proposé une solution de rattrapage de ces retards contractuels sur une durée de 5 à 7 ans, nous nous y engageons, c’est déjà bien, de rattraper le retard et de l’effacer en restant dans le cadre des sociétés et des contrats actuels, et cela sans augmenter les tarifs -hors inflation-  de la gestion déléguée pendant toute la durée des contrats et maintenir le pouvoir d’achat.  Nous avons également proposé d’injecter du capital frais pour soulager la trésorerie de Redal et Amendis; ce sont des éléments très importants à ne pas négliger. Nous apportons une solution qui fait face à la réalité des entreprises dans le contrat, et c’est aussi un volet important  pour le  développement de ces sociétés qui font partie intégrante de l’économie locale et nationale.

    - Certains affirment que la neutralité du ministère de l’Intérieur, tuteur des collectivités locales, n’a pas encouragé les communes  à aller vers la cession. Quel est votre commentaire?
    - D’expérience, le plus important est que toutes les autorités et parties impliquées travaillent efficacement pour préserver la continuité de service et développer l’investissement dans le secteur public. Si les villes ne souhaitent pas qu’Actis reprennent les contrats et leurs engagements portés depuis 10 ans par Veolia après son départ du Maroc, c’est leur droit. Si elles choisissent une rupture des contrats de gestion déléguée pour un autre mode de gestion, c’est aussi leur droit. Il est donc normal que les communes se prononcent sur le sujet. Par contre,  il faut noter que ce sujet est compliqué et essentiel à la vie des villes et il est donc très utile que les experts du gouvernement puissent contribuer à une évolution positive de la situation suite au départ de Veolia.

    - Est-il vrai que ce qui vous intéresse le plus est davantage la gestion déléguée de Rabat? Si oui, pourquoi ne l’avoir pas dit à temps?
    - Notre objectif est de développer une société marocaine leader dans les services aux collectivités avec une possibilité de développement nationale ou internationale sur le continent africain. Notre plan est de commencer avec Redal et Amendis en s’appuyant sur les contrats existants. Nous pouvons faire le même exercice avec Redal seul ou Amendis seul, néanmoins, cela prendra plus de temps et il est dommage de ne pas garder le lien entre les deux sociétés car elles ont appris en 10 ans à travailler ensemble, et ont développé des synergies. Dans tous les cas, le plus important est de pouvoir travailler dans un partenariat positif avec les autorités marocaines et nous serions très heureux de pourvoir construire un tel partenariat dans chacune des régions concernées.

    - Avez-vous préparé une nouvelle offre pour séduire les communes de la capitale et sa région?
    - Il nous semble que notre offre est déjà une bonne offre pour assurer la reprise en douceur des 2 sociétés et des contrats dans la continuité de service. Bien évidemment, nous sommes ouverts aux discussions et à participer aux réflexions si les autorités le souhaitent.

    - Politiquement, comment comptez-vous entrer au Maroc?
    - Actis est très intéressé pour investir au Maroc, pour des raisons stratégiques, et  souhaite se concentrer sur le développement potentiel de sociétés de services aux collectivités, mais reste neutre sur les questions politiques.
    - Actis étant un fonds d’investissement, quels sont les autres secteurs qui pourraient vous intéresser pour intégrer le marché marocain?
    - Toutes les activités qui sont liées au développement dans le pays, comme dans de nombreux pays émergents,  et qui entraînent de nombreux besoins d’investissements ouverts au privé comme dans les secteurs de l’énergie, l’eau, la santé, les biens de consommation, l’éducation, les services financiers,…

    - On vous reproche de n’avoir pas fait du «bon lobbying»?
    - Peut-être,  je vous indique par exemple deux éléments méconnus: le même fonds d’Actis qui propose de racheter les parts de Veolia dans Redal et Amendis vient très récemment d’acheter pour la développer la société qui gère l’ensemble du secteur électrique au Cameroun, d’autre part notre fonds est d’origine britannique géré à Londres, héritage du fonds créé par le Royaume-Uni en 1948 pour contribuer au développement des pays émergents en y investissant et cela sans aucun lien avec d’autres pays malgré certains articles dans la presse locale. D’ailleurs, avec une acquisition telle que Redal ou Amendis, nous aimerions développer un hub pour l’Afrique au sein de Casablanca Finance City.
    Notre offre est une offre de rachat des participations de Veolia dans Redal et Amendis dans le cadre de son départ, avec en plus des investissements supplémentaires dans ces services publics très  importants. C’est peut-être pour cela que l’on peut considérer que nous n’avons pas fait de «lobbying» car cette offre s’inscrit dans le cadre de contrats existant et d’une relation avec un opérateur existants, c’était peut-être une communication difficile. Nous avons néanmoins travaillé 2,5 ans et mobilisé de très gros moyens humains et financiers pour préparer cette offre et cette reprise dans la continuité, il nous semble que beaucoup de personnes et de décideurs savaient, tout de même, que nous proposions une offre de reprise permettant la sortie de Veolia du Maroc.

    8,5 milliards de dollars de levée de fonds

    Créé en 2004, le fonds de private equity est un spin off de la CDC (Commonwealth development corporation), l’équivalent britannique de Proparco pour ce qui du financement de projets dans les pays émergents. D’ailleurs,  dans l’équipe de gestionnaires d’Actis, plusieurs ont travaillé à l’intérieur de la CDC où ils ont accumulé de l’expérience dans des projets en Afrique, Asie et en Amérique latine (régions où le fonds investit exclusivement). Depuis 2002, le fonds a levé l’équivalent de 8,5 milliards de dollars pour des investissements dans les marchés émergents. Le portefeuille des secteurs ciblés est assez impressionnant et va de l’énergie aux soins de santé, en passant par les services financiers ou l’immobilier.

    Propos recueillis par Mohamed Chaouia

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