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Tribune

Attention, administrations en déconstruction!
Par le Pr. Chakib BENSOUDA

Par L'Economiste | Edition N°:4264 Le 28/04/2014 | Partager

Professeur universitaire, Chakib Bensouda a depuis sa jeunesse milité au PPS. Il en  est parti avec  la première scission. Il a assuré la responsabilité de chef de cabinet des ministres des Pêches et de la Santé. Le Pr. Bensouda fut secrétaire général du parti Annahda, qu’il a contribué à former. Suite à un drame familial, il abandonne totalement la politique. «Déracinés!» fut son premier roman. En utilisant des méthodes d’investigation propres aux sciences exactes, il a écrit  un livre d’analyse politique, dont des extraits ont été publiés dans nos colonnes. A noter entre autres «les fondements de l’Etat de droit», une observation pénétrante des comportements politiques lors d’un changement de majorité. (Il  ne faut pas le  confondre avec  Noureddine Bensouda, le Trésorier général du Royaume, et qui a développé une analyse de la TVA dans nos colonnes les 13 et 14 avril derniers)

LA Constitution de 2011 a remis en cause le système  classique de nomination des responsables dans la fonction publique. Elle a attribué au gouvernement le pouvoir de choisir et de proposer l’immense majorité de ceux qui peuvent prétendre aux responsabilités. Pour bien encadrer l’exercice, des textes réglementaires ont été adoptés au nom desquels, sur le principe, l’opération doit reposer sur des règles de transparence. Ainsi, chaque poste fait-il l’objet d’un appel à candidature; chaque candidat présente un projet d’amélioration du rendement de la structure à la tête de laquelle il postule; et, enfin, tous les candidats sont soumis à un entretien devant un jury pour défendre leur projet.
Sur le papier, la procédure est on ne peut plus rationnelle.

Après la  féerique théorie, la vraie pratique

Dans les faits, c’est tout à fait différent. Preuve en est que, partout, dans tous les ministères, ce sont ceux que les ministres ou leurs collaborateurs désiraient qui ont été choisis et nommés, jetant le trouble sur toute la procédure.
Sur le sujet, toute la presse nationale a bruissé et continue de bruisser de cas. Celui qui a fait couler beaucoup d’encre reste celui du poste de secrétaire général du ministère de la Communication où le ministre voulait voir installé son directeur de cabinet. Compte tenu de la sensibilité du poste, l’affaire avait fait grand bruit. Et on se rappelle que le chef du gouvernement s’était insurgé contre la campagne médiatique ainsi menée, arguant du fait que la personne en question était tout à fait apte à occuper le poste. Mais là n’était pas le sujet.
Le problème, c’est qu’il avait reconnu implicitement que le choix était fait et que la procédure était donc une fiction.
En fait, en jouant sur les délais, sur la composition des jurys et sur le pouvoir discrétionnaire de la hiérarchie, toute l’opération de transparence est vidée de son sens. Cela rejoint, en quelque sorte, une technique déjà éprouvée par le PJD pour désigner les responsables en son sein.  Au nom de cette procédure, on nous présente chaque nomination comme le résultat d’une concertation démocratique alors que  ce résultat, curieusement, vient toujours conforter les vœux des instigateurs de l’opération!
Laissons de côté l’aspect qualification et compétence qui, en l’espèce, n’est guère assuré, loin de là. Relevons, surtout, que cette façon de faire a un effet pervers sur ceux qui ont eu le courage ou l’opportunisme de présenter leur candidature. 
  Entraînés par la machine, ils commencent par s’y  immerger. Ils s’investissent alors à préparer leur projet en y mettant toute leur énergie. Ce faisant, ils ont tendance à y croire. C’est normal et humain. Et souhaitable. Jusqu’au moment où s’affichent les résultats. Alors, c’est la désillusion. Reprenant leur esprit et revenant à la réalité, ils ont forcément l’impression que celui ou celle qui a été choisi ne les vaut pas. Il en résulte, bien naturellement, beaucoup de déception, beaucoup de frustration, beaucoup d’abattement.
Là se pose une question: dans quel état d’esprit retournent-ils à leur travail? Peut-on croire un instant qu’ils y vont avec enthousiasme et allégresse? Peut-on imaginer simplement qu’ils y vont avec plaisir et joie? N’y reviennent-ils pas avec quelque sentiment d’injustice, et la nature humaine étant ce qu’elle est,  avec un certain esprit de règlement de compte? Ne vont-ils pas être poussés à une sorte de grève du zèle, répugnant à replonger dans un milieu où ils ont l’impression d’avoir été humiliés, rechignant à accomplir les missions qu’on leur confie et, vides d’énergie, incapables de produire à nouveau? En parlent-ils à leurs collègues?

La machine à démobiliser

Ne transmettent-ils pas ce sentiment de pessimisme autour d’eux? Faute d’espoir, un climat de laisser-aller ne s’insinue-t-il pas un peu partout au sein de l’administration? Et les heureux élus, pour peu qu’ils aient déjà les qualifications requises, ne se retrouvent-ils pas en train de gérer, en fin de compte, un ensemble de bras cassés et d’incompétents, non par nature, mais simplement par le fait de la cause? Ou, au contraire, les heureux élus ayant juste le niveau qu’ils ont, ces considérations ne sont-elles pas voulues pour leur épargner de gérer plus compétent qu’eux?
A mesure que les opérations de recrutement des responsables administratifs se multiplient, le cercle de ce profil s’élargit et se condense. En même temps, le cercle des autres, ceux qui observent toute cette machination vient les rejoindre.
L’ensemble perd ses repères et, surtout, ses ressorts, ne croyant plus en rien. Il arrive alors que, plus le temps passe, moins il y a de postulants aux responsabilités. C’est ce qu’on appelle des potentialités bridées et des talents réprimés. La situation en devient certainement très préoccupante. Elle vient s’ajouter en tant que problème majeur à tous ces griefs au-dessus desquels on met le nom de réforme administrative. Peut-être même les exacerbent-ils. 
Tel est, aujourd’hui, l’état d’âme de beaucoup de cadres de l’administration. Un état d’âme qui, petit à petit, ronge les bases de tout l’édifice et risque de produire beaucoup de mal, à plus ou moins brève échéance. Avec toutes les conséquences malheureuses qu’on peut imaginer.

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