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Quel rythme imprimer à la croissance économique pour demain?
Par Kemal Derviş

Par L'Economiste | Edition N°:4264 Le 28/04/2014 | Partager

Lentement mais sûrement, le débat sur la nature de la croissance économique entre dans une nouvelle phase. La

Kemal Dervis est bien connu au Maroc: dans les années 80 et 90, il a dirigé des services de la Banque mondiale en relation directe avec des programmes de financement au Maroc.
Cet ancien ministre de l’Economie en Turquie, administrateur du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et vice-président de la Banque mondiale, est actuellement vice-président de la Brookings Institution

différence entre les questions qui émergent aujourd’hui et celles des décennies précédentes est suffisante pour percevoir un changement de cadre conceptuel qui va désormais structurer la discussion sur le progrès et la politique économique.
La première question concerne le rythme de la croissance économique dans l’avenir. Elle suscite un profond désaccord entre les économistes. Ainsi, Robert Gordon de la Northwestern University aux USA estime qu’à moyen terme l’économie américaine atteindra difficilement un taux de croissance de 0,5% par habitant. D’autres, tel le très prudent Dani Rodrik, sont pessimistes quant à la croissance des économies émergentes. L’idée fondamentale commune à beaucoup d’analystes réputés est que le progrès technique va être lent, de même que le rattrapage des pays développés par les pays émergents.

Quatrième révolution industrielle

A l’opposé, on trouve ceux qui croient en un progrès technologique fulgurant. Selon eux, nous sommes au début de la Quatrième révolution industrielle. Elle va se caractériser par l’apparition de «machines intelligentes» qui se substitueront aux employés non qualifiés ou peu qualifiés. L’arrivée de ces «robots» (certains seront des logiciels), ainsi que des «créatures d’Internet», va se traduire par une énorme augmentation de la productivité dans des domaines tels que les économies d’énergie, le transport (par exemple des voitures sans chauffeur), les soins médicaux ou la personnalisation de la production de masse grâce aux imprimantes 3D.
La deuxième question est celle de la distribution des revenus. Dans un livre à succès, Le capital au XXIe siècle, Thomas Piketty explique que les grandes forces économiques alimentent une hausse continue de la part du capital dans le revenu total et que le taux de rendement du capital est toujours supérieur au taux de croissance de l’économie. Si le capital en vient à remplacer presque tout à l’exception de la main-d’œuvre très qualifiée, étant donné que le système éducatif n’évolue que très lentement pour former en grand nombre des personnes disposant de ces nouvelles qualifications, une plus grande différence de salaire entre les travailleurs de haut niveau et les autres creusera les inégalités.
Il est possible que dans 10 ans les 5% des Américains les plus riches (les gros détenteurs de capitaux, les salariés hautement spécialisés et certains acteurs financiers sur la scène internationale) raflent 50% du revenu national (ce pourcentage est aujourd’hui un peu inférieur à 40%). Bien que d’un pays à l’autre la situation diffère considérablement, quelques tendances fondamentales modèlent l’économie mondiale. Sont-elles durables?

Plus besoin de caissiers, d’employés de péage…

La troisième question concerne les conséquences sur l’emploi d’une automatisation plus poussée. De même que lors des précédentes révolutions industrielles, les êtres humains pourraient être libérés des tâches répétitives. Il n’y aura plus besoin de caissiers, d’opérateurs téléphoniques, d’employés de péage, etc., et beaucoup moins besoin de comptables, de conseillers financiers, d’agents de voyage, de chauffeurs et de nombreuses autres professions.
Si ceux qui croient en la technologie ont en partie raison, le PIB montera en flèche. Dans ces conditions, pourquoi ne pas se réjouir à la perspective d’une semaine de travail de 25 ou 30 heures et de deux mois de congé par an, la plus grande partie du travail étant laissée aux machines intelligentes?
Pourquoi avec toute cette nouvelle technologie et cette augmentation de productivité imminente, continue-t-on à dire que tout le monde doit travailler plus et retarder le départ à la retraite pour que l’économie reste compétitive? Ou alors cela s’applique-t-il uniquement aux salariés hyper-qualifiés qui doivent travailler plus dur et plus longtemps parce qu’ils ne sont pas assez nombreux? 
Dans ce cas, peut-être les travailleurs les plus âgés devraient-ils prendre leur retraite plus tôt pour faire place aux jeunes dont les compétences sont mieux adaptées au XXIe siècle. Si cette évolution doit augmenter le PIB, les transferts fiscaux devraient permettre de financer les retraites anticipées, tandis que le passage à la retraite pourrait se faire graduellement dans un cadre flexible.
Enfin, il y a la question du réchauffement climatique et de l’épuisement des ressources naturelles. Ces problèmes

Aujourd’hui, l’idée fondamentale commune à beaucoup d’analystes réputés est que le progrès technique va être lent, de même que le rattrapage des pays développés par les pays émergents

devenus familiers au cours de la dernière décennie vont-ils constituer un obstacle à une croissance à long terme ou bien la transition vers une énergie propre va-t-elle alimenter une autre révolution
technologique qui va accroître la prospérité?
Alors que ces questions deviennent prioritaires, il est de moins en moins pertinent d’accorder tellement d’importance à la croissance (définie comme une augmentation des PIB agrégés et calculée à partir des comptes nationaux créés il y a un siècle).
Les tendances qui sous-tendent les inégalités croissantes devront être combattues par des mesures portant notamment sur le régime fiscal, l’éducation pour tous tout au long de la vie et le système de santé qui devront être au centre de la politique destinée à garantir l’équité et la mobilité sociale. La qualité de la vie peut être encore grandement améliorée, y compris dans les pays avancés, mais la recherche à tout prix de l’augmentation du PIB agrégé n’est pas le meilleur moyen d’y parvenir. Les questions qui entourent la croissance économique du futur deviennent de plus en plus claires. Mais nous ne sommes qu’au début du processus de création d’un nouveau cadre conceptuel qui permettra aux Etats et aux organisations internationales d’agir pour le progrès de l’humanité.

Nouveau contrat social

En ce qui concerne sa définition et sa mesure, le progrès économique devrait inclure un nouveau contrat social autorisant les sociétés à gérer la puissance de la technologie de manière à ce qu’elle bénéficie à tous. Travailler, apprendre, se distraire, rester en bonne santé et «productif» devrait former un continuum dans nos vies. La politique devrait viser explicitement à favoriser ce continuum et à accroître le bien-être mesuré.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz
Copyright: Project Syndicate, 2014.
www.project-syndicate.org

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