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    Enquête

    La fièvre du street art gagne le Maroc

    Par L'Economiste | Edition N°:4009 Le 12/04/2013 | Partager
    Comment l’art des rues crée de nouveaux repères
    Le 20 février : un agitateur culturel?
    Les bases sont là, reste une politique pour les consolider

    La commune de Casablanca a fait preuve d’originalité. Pour vendre le dynamisme, la modernité, et l’attachement aux traditions de la ville, elle a fait appel aux Placebo, pour réaliser un graffiti géant sur un mur du boulevard El Massira El Khadra. Le street art, c’est donc aussi un business qu’il faut savoir faire fructifier!

    Que ce soit en musique, en photo ou au théâtre, les spectacles «urbains» se multiplient, et la qualité n’a rien à envier à la quantité. La spécificité de tous ces talents montants, leur point commun, c’est qu’ils émanent de «la rue».  Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de formation préalable, c’est plutôt le réseau de diffusion, mais aussi le message, qui changent. Nombre de jeunes talents voient aujourd’hui dans la cité une inspiration, mais aussi une esplanade en plein air à faire fructifier. Ce «renouveau culturel» que connaît le Maroc est-il structuré, ou s’agit-il simplement d’un effet de mode, une brise passagère comparable au souffle des années 70, et qui va disparaître en laissant simplement derrière lui une traînée de souvenirs? Une chose est sûre, il se passe «quelque chose».  S’agit-il d’un véritable mouvement? Pour Fayçal Azizi, chanteur vedette du groupe Kelma mais aussi comédien diplômé de l’Isadac (Institut supérieur d’art dramatique et d’animation culturelle), ce n’en est pas un. Pour lui, «il faut bien un passif d’une bonne vingtaine d’années avant de pouvoir parler d’un mouvement». Ce qui se passe aujourd’hui est relégable au rang d’«essais embryonnaires». Ce qui se passe au Maroc, de l’avis du rappeur Hamza, du Collectif L’Bassline, c’est que les étapes ont été brûlées. «De l’underground, on est passés, en 2004/2005, directement à la commercialisation, sans passer par la rue, et par la censure». Du coup, certains artistes ont été projetés sur le devant de la scène, mais pas «avec leurs conditions». Résultat : «l’art underground peut être handicapé, épuré, censuré…». Bref, à contre-sens de ses valeurs fondatrices. De fait, il estime qu’on a essayé «d’adapter la culture urbaine à notre société malade et schizophrène, au lieu que ce soit l’art qui crée le changement et relève nos standards». Le street art se court-circuite-t-il de lui-même par manque de vision stratégique?
    Jaouad Essounani, metteur en scène confirmé et co-fondateur de Dabateatr, qui affiche sa préférence pour un art underground bien construit à la «soupe populaire», abonde dans ce sens. Pour lui, «il y a des phénomènes qui apparaissent, mais il manque une politique cohérente» qui ferait que la sauce prenne durablement. «A Berlin, ou à Amsterdam, il y a un important mouvement underground, mais il  est appuyé, ne serait-ce que par la mise en place d’espaces, de galeries d’art dédiées au contemporain, ou encore des musées». Le printemps arabe joue-t-il son rôle là-dedans ? Indéniablement oui. Historiquement, le street art et toute son inspiration underground sont liés aux mouvements de résistance. Grâce au Mouvement du 20 février, beaucoup de jeunes ont redécouvert qu’ils pouvaient se défaire de leurs muselières virtuelles, exprimer leurs besoins, envies, et attentes pour le pays, en prenant la rue pour se manifester… et pas que dans le sens conventionnel du terme. La contestation est un important point de départ pour les arts de la rue. Pour le cas de L’Bassline, l’esprit contestataire était présent avant le 20 février, et tous ses membres fondateurs n’ont pas hissé les banderoles du M20.
    Mais ils n’ont connu leur succès que vers cette période-là, notamment grâce au tube finement acerbe «chayllah système». Un succès qui n’a pas été du goût de tout le monde, puisqu’il a été suivi d’une vague de menaces de mort et d’appels anonymes peu amicaux… Mais soit, disons que c’est le revers de la médaille.
    Maintenant une chose est sûre, c’est que les bases d’une réelle culture urbaine sont là, bien assises, et qu’il faudrait songer à les consolider. Jaouad Essounani rappelle que «tout s’est écroulé par manque de réflexion politique autour de l’effervescence des années 70». Il se pourrait donc, aujourd’hui encore, que l’on soit simplement devant un «phénomène de mode». Pour autant, Essounani reste «optimiste» (les guillemets sont de mise), selon lui «le changement viendra de la société civile».

    Ne confondez pas «tag» et «graffiti»!

    Dans l’imaginaire collectif, le street art invoque directement le tag. Il faut pourtant être prudent avec ce mot. Tout ce qui est dessiné avec une bombe sur un mur ne rentre pas dans cette catégorie. Placebo, un groupe de 3 personnes à l’origine de la fresque casablancaise boulevard El Massira El Khadra (voir photo), expliquent que les tags, c’est des signatures. C’est un art «populaire», dans le sens où il est accessible à tous. Le graffiti en revanche, leur spécialité, «c’est des fresques, des lettres, un agencement des couleurs et des formes… bref, c’est plus construit». En termes de logistique, il n’y a pas de structuration du graffiti au Maroc, ni d’espace dédié. Les intéressés se renseignent, notamment via le bouche-à-oreille et les réseaux sociaux, et passent commande auprès des artistes choisis après investigations.

    Théâtre & théâtre de rue

    DES essais, il y en a. L’une des manifestations les plus louables serait Dabateatr, un concept novateur qui propose chaque mois une pièce, un concert, et des ateliers d’écriture in situ… un festival mensuel en d’autres termes. Il s’agit d’une «réflexion politique de l’art avec une vision long-termiste, connectée à son territoire». C’est une «action citoyenne culturelle, artistique et libre».
    Même dans son approche économique, Dabateatr crée avec l’artisan, l’épicier, pour une «humanisation de l’art qui vire un peu trop vers le show business». En termes de théâtre de rue, l’une des manifestations les plus marquantes de ces derniers mois, c’est bien le Zank’art, ou Festival international du théâtre de rue, qui a vu sa première édition se dérouler du 5 au 6 octobre dernier (voir L’Economiste n°8881 du 4 octobre 2012). Malgré une carence en communication, les Casablancais se sont régalés de spectacles satiriques traitant avec humour des thématiques comme l’éducation, les préjugés franco-marocains, ou encore le football marocain. Imad Fijjaji, qui est à l’origine de cette initiative, explique simplement l’intérêt d’une telle démarche par un besoin cruel d’éduquer les populations, toutes classes sociales comprises, à l’art. «Les gens ne viennent pas au théâtre. Autant amener le spectacle au spectateur». A partir de là, «les gens qui pensent que l’art n’est pas nécessaire découvriront de quoi il s’agit réellement. Après l’étape de la découverte pure et simple, ils connaîtront le besoin de combler ce manque dans leurs vies».
    En d’autres termes, il s’agit de donner à des passants une culture artistique, en espérant combler les lacunes de l’Education nationale. Pour autant, les autorités ne sont pas très collaboratives. Pour avoir les autorisations nécessaires à la tenue du Zank’art, les organisateurs ont dû littéralement pleurer dans les bureaux des intéressés, à la veille de la tenue de l’évènement.

     

    Rime AIT EL HAJ

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