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Chronique

Réformer la compensation… et gérer d’autres problèmes!
Par Nabil Adel

Par L'Economiste | Edition N°:3941 Le 03/01/2013 | Partager

Nabil Adel est cadre dirigeant d’assurances depuis 1997. Il exerce dans le Maghreb. Il est consultant auprès de plusieurs institutions financières nationales et internationales  notamment pour des opérations de haut de bilan, fusion-acquisition et valorisation. Il intervient auprès  de fonds d’investissement pour des missions de due diligence et d’évaluation de business plans. Il assure en outre des conseils de  stratégie et organisation auprès de grandes entreprises.
Il est également professeur d’économie, de stratégie et de finance d’entreprise depuis 2002

La réforme de la Caisse de compensation est actuellement le projet phare de l’actuel gouvernement. Ceci lui confère un caractère particulièrement symbolique.
Dans toute action gouvernementale, l'histoire ne retient que deux ou trois grandes réformes, celle-ci en est certainement une. Et comme tout projet d'envergure, son impact sur l'économie marocaine est irréversible.
Les premières mesures ont d'ores et déjà soulevé des débats passionnés, laissant deviner l'ampleur de la levée de boucliers que provoquera la mise en œuvre de ce grand chantier.
Aucun des gouvernements précédents n'a osé l’aborder, tant il est sensible. Politiquement parlant, la majorité actuelle a plus à perdre qu'à gagner dans cette affaire. Ses effets peuvent s'avérer dévastateurs sur l'économie nationale si elle est menée à la hâte, sans prendre en compte ses dommages collatéraux sur la croissance, l'inflation et le pouvoir d'achat, la compétitivité, le budget de l'Etat et surtout sur les équilibres sociaux fragiles.
La réforme ne crée aucune richesse additionnelle, si elle se limite à redistribuer (ou plutôt à transférer) des revenus. Une catégorie de la population paye un peu plus cher certains produits, quand une autre catégorie reçoit un complément de revenu pour compenser la hausse des prix sur ces mêmes produits.  
Le problème est là!
La réforme telle qu'envisagée par le gouvernement est porteuse de cinq risques majeurs, qu’il faut anticiper.

Les anticipations rationnelles, qu’est-ce que c’est?

Les anticipations des acteurs économiques sont sans doute celles qu’il faut le plus redouter. Il ne s’agit pas ici des anticipations à caractère politique, mais des comportements strictement économiques, bien analysés et répertoriés par la science économique.
La théorie des anticipations rationnelles dit que les agents utilisent toutes leurs informations disponibles (extrapolation du passé, prévisions diverses,…) pour anticiper le niveau de la variable sur laquelle porte une action de politique économique.
Ainsi, à l’annonce d’une relance budgétaire keynésienne (augmentation des dépenses publiques pour stimuler la demande interne et donc la croissance), ils anticipent une hausse des prix. Ainsi, les entreprises augmentent les prix pour ne pas être prises de court et les salariés réclament des revalorisations de salaires.
L’inflation ainsi créée neutralise les effets revenus de la relance, parce qu’elle aura été anticipée par les acteurs économiques.

Premier risque: l’inflation
La distribution de revenus à une frange importante de la population sous forme d'aide directe (plusieurs milliards de dirhams), conduira inéluctablement à une croissance de la masse monétaire en circulation et, par conséquent, à une hausse de la demande. Celle-ci, associée à la libéralisation des prix des produits subventionnés (qui sera fatalement synonyme d'augmentation dans un premier temps) aura, par lien de causalité, un impact inflationniste certain.

n Deuxième risque: la baisse des investissements et de la croissance
La ponction sur les revenus des catégories aisées pour financer la hausse des prix des produits subventionnés fera en sorte, que pour maintenir leur pouvoir d'achat, elles puiseront dans la part de leur revenu destinée à l'épargne quand elles ne demanderont pas purement et simplement une hausse de revenus. Ce faisant, elles troqueront l'épargne dédiée au financement de l'investissement et de la croissance contre la consommation alimentant l'inflation, citée en premier risque.
L'inflation, pire ennemie des populations défavorisées, rongera leur pouvoir d'achat que la réforme cherche paradoxalement à préserver. 

Troisième risque: les anticipations

L'augmentation des prix des produits subventionnés, notamment les produits intermédiaires comme les hydrocarbures en particulier, sera, par mesure de prudence de la part des entreprises, plus que répercutée sur les prix de vente.
En économie, ce phénomène est décrit par la «théorie des anticipations rationnelles». Il en résultera une perte de compétitivité par rapport aux produits importés, augmentant le niveau des importations et accentuant le déficit de notre balance commerciale.
Quatrième risque: les pertes de compétitivité
La perte de compétitivité des entreprises, due au renchérissement du coût des facteurs de production, se traduira, outre le déficit commercial, par une récession synonyme de perte d'emplois et de baisse des revenus fiscaux et donc d'augmentation de la population concernée par la subvention, au-delà de ce que peut supporter le budget de l'Etat.

Plus de subventions que d’investissements

L’objectif de la subvention est la protection du pouvoir d’achat des Marocains et le soutien de la compétitivité des entreprises.
Son poids dans le budget est passé de 0,9% du PIB en 2002 à 6,1% en 2011, soit l’équivalent de tout le budget d’investissement qui était, pour la même année, de 6,2% du PIB. Le poids s’alourdit. D’où l’urgence de sa réforme.
Cette réforme consiste à transformer le système actuel de subvention directe et généralisée des produits «compensés» en un système d’aide directe (sous forme de distribution de revenus) et ciblée (destinée uniquement aux catégories défavorisées).
L’objectif est double:
- Soulager le budget de l’Etat du montant de la compensation (ou plus précisément de la différence entre la subvention indirecte et généralisée actuellement en vigueur et l’aide directe et ciblée envisagée).
- Introduire de l’équité dans un système profitant aux populations aisées qui devraient désormais payer le juste prix des produits actuellement subventionnés.

Le système de compensation fondé sur des mouvements de prix pouvant augmenter ou diminuer, au gré de la conjoncture internationale, n’est pas maîtrisable. Son remplacement  par un système d’aide ne pouvant, faute d’une relance économique soutenue, que monter et alourdir les déficits publics. Si ces risques se réalisent, alors ils mettront  en péril l'objet même de la réforme, à savoir la soulager du budget et la préserver du pouvoir d'achat des catégories fragiles.

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