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Chronique d’Hier et d’Aujourd’hui

Terrorisme: Cette image de l’islam qu’on assassine aussi…
Par Mouna Hachim

Par L'Economiste | Edition N°:3614 Le 13/09/2011 | Partager

Mouna Hachim est titulaire d’un DEA en littérature comparée. Depuis 1992, elle a éprouvé sa plume dans les métiers de la communication et de la presse écrite.
Passionnée d’histoire, elle a publié en 2004 «Les Enfants de la Chaouia», un roman historique et social, suivi en 2007 d’un travail d’érudition, le «Dictionnaire des noms de famille du Maroc»

Q U’EST-ce qu’on n’a pas entendu depuis le 11 septembre sur l’islam, alors que la représentation n’était pas réjouissante déjà! Toutes les peurs, les ignorances, les incompréhensions, tous les poncifs, les calculs et les amalgames se sont mêlés pour redessiner une représentation digne du Moyen-Age.
Une vision erronée qui catégorise les musulmans en modérés ou radicaux, culturalise les problèmes sociaux et politiques, méconnaît l’Islam comme religion et civilisation…
Une grille de lecture faite de raccourcis et de jugements à l’encontre de pratiques religieuses et de traditions, minimisant les facteurs sociaux, la diversité des courants de pensées, les propres perceptions et implications…
Entre autres bizarreries: l’attribution de l’épithète islamique à des phénomènes et objets aussi divers que le terrorisme, la barbe, le foulard, le hamburger ou même la bombe atomique! Pourtant, pour n’évoquer que celle-là, et pour reprendre le professeur Jacques Berque: «Personne n’a jamais eu l’impudence d’établir le moindre rapport entre la bombe d’Hiroshima et le christianisme».
L’Islam, faut-il le rappeler, est innocent de la folie sanguinaire dont se réclament certains groupes terroristes et innocent des accusations qu’on lui accole. Il est donc notre devoir en tant que musulmans d’investir les canaux médiatiques pour rétablir une image incontestablement biaisée. Mais à partir du moment où des criminels prétendent agir au nom de l’islam, il est aussi des plus grands des devoirs, d’exprimer notre condamnation de cette violence aveugle en contradiction avec les préceptes de notre religion et qu’aucune idéologie ni aucune croyance ne saurait justifier.
La foi dans l’islam relève strictement de l’ordre de l’intériorité et tisse un lien entre le Créateur et l’Homme, encore plus intime que celui de «la veine jugulaire» (Habl Al-Warîd comme dit dans le Coran).
Les cinq piliers de l’Islam sont fondés sur la Niya, œuvre du cœur, révélatrice de la force de l’intention personnelle, car «Nulle contrainte en religion».
Dans la Sourate «Al-Kahf» (La Caverne), il est écrit explicitement: «Quiconque le veut, qu’il croie, et quiconque le veut qu’il mécroie».
Sur les Gens du Livre, nous pouvons lire à la Sourate «Al-‘Ankabût» (l’Araignée): «Et dites: «Nous croyons en ce qu’on a fait descendre vers nous et descendre vers vous, tandis que notre Dieu et votre Dieu est le même, et c’est à Lui que nous nous soumettons». A la Sourate «Al-Baqara»: «Certes, ceux qui ont cru, ceux qui suivent la religion juive, les chrétiens, les Sabéens et quiconque aura cru en Dieu, au Jour dernier et qui aura pratiqué le bien, tous ceux-là recevront une récompense de leur Seigneur; la crainte ne descendra point sur eux, et ils ne seront point infligés». Sourate «At-Tawbah» (Le Repentir): «Et si l’un des associateurs te demande asile, accorde-le lui, afin qu’il entende la Parole de Dieu, puis fais-le parvenir à son lieu de sécurité…».
Sur le respect de la vie: «Celui qui tue une âme innocente, c’est comme s’il avait tué l’humanité entière»…
Bref, chaque prière quotidienne commence avec la récitation de la Basmala et rappelle que Dieu est Clément et Miséricordieux, tandis que le nom même de l’islam est construit à partir de la racine SLM désignant la paix. Le mot équivalent au terrorisme en arabe, «Al-Irhâb» n’a aucune existence ni dans le Coran ni dans l’histoire de la civilisation arabo-musulmane.
Quant au mot «Jihad» que d’aucuns citent en la circonstance, il signifie littéralement «effort » dans le sens de «combat sacré dans le chemin de Dieu». Il peut être un effort d’élévation intérieur (spirituel, moral, intellectuel) ou un effort physique mobilisé pour l’amélioration de la société ou en cas de menace, pour le devoir collectif de guerre sainte. Très peu d’exemples historiques ont fourni des cas d’appel au suicide à travers la vaste terre d’Islam, si ce n’est la fantasmatique secte à tendance chiite ismaélienne des Hashashine (Les fumeurs de hashish, donnant naissance au terme «Assassins»). Cantonnés dans la forteresse d’Alamut, ils utilisaient le meurtre comme arme politique contre leurs rivaux musulmans orthodoxes. La deuxième secte est celle des Azraqiya. Ultra-minoritaire, elle forme un des quatre groupes, le plus radical du kharijisme (une des trois branches de l’islam, née dans un contexte politique de crise de succession). Développée en Irak et en Iran, en 684, par Nafi` ibn al-Azraq, elle appelle les autres musulmans, «incroyants» (ce qui revient à la notion de Takfîr). Entre autres dérives pratiquées par les Azraqites, cette sorte d’exhibition (Isti’râd) de méthodes terroristes, notamment le crime politique et l’assassinat des enfants de ceux qu’ils jugent «incroyants». Le territoire des musulmans qui ne partagent pas leurs doctrines devient pour eux, «Maison de l’incroyance», ce qui justifie tous les massacres…
Historiquement, le terme «terrorisme» apparaît pour la première fois, en 1794 en France pour désigner les adeptes de la Doctrine de la Terreur aux actions violentes et répressives visant les contre-révolutionnaires. Plusieurs cas de terrorisme ont parsemé le monde: chez quelques anarchistes français, nihilistes russes, organisations d’extrême-gauche italiennes ou allemandes, mouvements de libération ou partisans opposés au pouvoir en place...
Le terrorisme fut aussi l’arme de l’Irgoun, organisation armée nationaliste juive en Palestine mandataire, née en 1931 qui perpétra de nombreux attentats contre les civils. Il a fallu attendre les années 1990 pour que le terrorisme porte le label «islamiste», voire « islamique».
Dans une conférence tenue en avril 2005 en Turquie, sous le titre, «L’islam, la violence et le terrorisme», l’ancien conseiller à l’Unesco et sociologue iranien, Ehsan Naraghi, explique les quatre facteurs qui ont alimenté le terrorisme dans les pays musulmans: l’humiliation et la réaction à la violence subie; la solidarité entre musulmans; le goût du martyre et l’injustice sociale. Il décortique des cas provoqués par ce qu’il appelle des «maladresses de forces extérieures»: le cas de la Palestine; l’occupation soviétique en Afghanistan; celle de l’armée en Algérie et l’occupation américaine en Irak…
Chercher à comprendre les causes profondes n’est pas justifier, tout comme l’éducation à l’humanisme de l’islam ne peut qu’éviter le spectre de la radicalisation et des contaminations. Les intellectuels (qu’ils soient laïcs ou religieux) sont dans leur rôle pour éclairer les consciences, autant que les pouvoirs publics doivent prendre leurs responsabilités dans l’humanisation de la Cité et l’épanouissement des capacités créatives et non des frustrations...
Que dire aussi du rôle des médias et de l’école dont les pédagogues ne pourraient se transformer en moralisateurs. Répéter sans cesse: «L’Islam est une religion d’amour et de paix» a moins de portée qu’un film, un documentaire, une exposition, une pièce de théâtre… mettant en action des situations, des symboles, des personnages, issus de notre civilisation musulmane, loin de cette barbarie de ce siècle de toutes les mondialisations, pas seulement des échanges économiques, politiques ou culturels, mais aussi une mondialisation de toutes les formes de conflits et de violences…

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