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    Feuilleton de L’étéLes coulisses de la terreurSixième partie: A Bruxelles, une affaire exemplaire

    Par L'Economiste | Edition N°:2082 Le 09/08/2005 | Partager

    Les immigrés de la deuxième et troisième générations, mais aussi les jeunes Européens de souche, dont l’adolescence difficile se prolonge, sont une pépinière pour les prédicateurs. Ils viennent en général d’Algérie pour l’Europe francophone, du Maroc, pour l’Espagne et d’Egypte en Allemagne. Il existe d’autres filières: le secours aux adultes déracinés, ayant raté leur intégration aux valeurs européennes, mais ne savent plus quelles sont les valeurs de l’islam.Illustrant l’un des rouages des coulisses de la terreur, le procès de Bruxelles en mai 2003 est exemplaire à plus d’un titre. En effet, si les assassins du commandant Massoud ont été entraînés militairement en Afghanistan dans les camps de la mouvance Ben Laden, ils ont été formés religieusement et idéologiquement en Europe, par des prédicateurs connus, médiatisés et, le plus souvent, présentés comme des “rénovateurs”, sinon des fondateurs d’un islam européen, à l’instar de Tarik Ramadan.La plupart des inculpés dans ce qui restera «le procès de Bruxelles» ont été arrêtés suite aux aveux de Djamal Beghal, lâché par ses pairs et saisi par la police émiratie, l’été précédant à l’aéroport d’Abu Dhabi. Le Français d’origine algérienne préparait avec ses «amis» des attentats contre les représentations américaines et alimentait les «filières afghanes» pour que des jeunes d’Europe aillent se former au «djihad», version Talibans.Vingt-trois activistes islamistes comparaissent pour une première audience devant le tribunal correctionnel. C’est le plus important procès antiterroriste qu’ait connu la Belgique. Parmi les préve-nus, dont six sont installés dans une cage de verre blindée qui tranche avec les tentures or et bordeaux de la grande salle d’assises, trois figures se détachent: l’ex-footbal-leur Nizar Trabelsi, accusé d’appartenance au réseau Beghal, Tarek Maaroufi, 38 ans, Belge d’origine tunisienne déjà condamné en 1995 pour ses liens avec les GIA algériens, et soupçonné avec son compagnon d’origine algérienne Amor Sliti d’avoir participé à la préparation de l’assassinat du commandant Massoud (commis deux jours avant les attentats du 11 septembre 2001). Les noms d’Amor Sliti et de Tarek Maaroufi apparaissent aussi bien dans le dossier Trabelsi que dans l’affaire Massoud. La justice belge a donc décidé d’instruire les deux dossiers en même temps.La première journée d’audience permet d’esquisser les contours d’un réseau islamiste européen localisé notamment à Bruxelles, Hambourg et Londres depuis 1997. Sa principale activité consiste à recruter, puis acheminer vers les camps d’entraînement d’Asie centrale des candi-dats européens au Jihad, munis de faux passeports de pays européens. C’est avec des titres de voyage belges falsifiés par ce groupe que les deux assassins de Massoud sont parvenus à entrer en Afghanistan, où séjourne d’ailleurs à ce moment-là, Amor Sliti.Tarek Maaroufi (qui a également séjourné en Afghanistan en 2000) est lui aussi soupçonné d’être impliqué dans la préparation de l’assassinat du commandant Mas-soud. Le nom d’un des deux faux journalistes qui ont commis l’assassinat revient sans cesse dans l’affaire des faux passeports: Abdessatar Dahmane, ressortissant tunisien dont la femme Malika comparaît aussi à Bruxelles (voir encadré), est directement issu de ce réseau européen.Sliti, l’homme à tout faire, assure l’intendance, tandis que Tarek Maaroufi apparaît comme le penseur du groupe. Le frisson du «jihad»A force d’organiser des voyages à destination de l’Afghanistan pour des frères désireux de connaître le frisson du jihad, les trois hommes rêvent eux aussi du grand départ. Toujours à Bruxelles, les trois amis font la connaissance d’un autre Tunisien, très jeune mais tout aussi militant. Ce sera le “cameraman” de Dahmane, le deuxième homme du commando suicide lancé contre Massoud. Il mourra au moment de l’explosion de la caméra. Dahmane est sauvé par la table qui le séparait de Massoud. Il a miraculeu-sement survécu. Il s’échappe par une fenêtre avant d’être rattrapé par un garde, jamais identifié, et abattu sur-le-champ, ce qui privera les enquêteurs d’un témoignage capital qui aurait pu élucider toute la préparation de l’as-sassinat.Né à Sousse, Bouari al-Ouaer, que tout le monde appelle Rachid, a déjà une expérience militaire qui date d’un séjour en Tchétchénie. Il ne rêve que d’une chose: repartir. Et cette fois en Afghanistan. C’est chose faite en décembre 1999, dans le sillage de la famille Sliti qui vient de s’y installer, et en empruntant la même filière qui, bien sûr, part de Londres. Avant de quitter Bruxelles, il fait le serment de partir en éclaireur afin de préparer “le plus vite possible”, dit-il, l’arrivée de Dahmane. C’est justement dans la collecte de fonds que se spécialise Djamel Beghal, qui fait régulièrement la tournée des mosquées et des commerces entretenant des liens avec l’ACB (Algerian Community in Britain) afin de recueillir de l’argent, officiellement destiné au financement d’aides humanitaires à destination de la Tchétchénie. VRP en cassettes vidéo, livres et brochures de propagande, il se déplace beaucoup entre la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne et l’Espagne, revenant souvent à Corbeil-Essonnes où il est devenu une référence pour les islamistes du quartier.Ses nombreux voyages communautaires le ramènent invariablement à Leicester, un centre industriel à quelque deux cents kilomètres de Londres, connu pour sa forte communauté musulmane et sa multitude de centres islamiques. Là, il fréquente une petite mosquée nommée Al-Taqwa -la piété-, gérée par un imam islamiste, Abu Abdallah. Etroitement surveillé par les services de Scotland Yard, ce dernier met Djamel Beghal en relation avec Abu Walid, le bras droit d’Abu Qatada et l’une des stars du Londonistan.Ce Palestinien de nationalité jordanienne, né en 1960 à Bethléem et ayant vécu au Pakistan, est l’un des islamistes les plus surveillés de Grande-Bretagne. Il serait l’un des principaux représentants européens d’Oussama Ben Laden, chargé notamment de centraliser l’argent de la terreur. C’est ce personnage important qui organise, en novembre 2000, le départ de la famille Beghal au complet pour l’Afghanistan. On ne reverra plus Beghal en Europe: l’année suivante, il est arrêté à Abu Dhabi et furieux d’avoir été lâché, il donne les deux réseaux.


    Les cours du soir de Tarek Ramadan

    D'origine égyptienne, Tarek Ramadan est le petit-fils de Hassan Al-Banna, fondateur de la confrérie des Frères musulmans. Tarik Ramadan est l’un des orateurs les plus prisés par le CIB, centre islamique de Belgique, où sont passés tous les inculpés du procès de Bruxelles. Les jeunes apprécient notamment le ton complice du Genévois, qui adopte le profil du «grand frère» compréhensif et protecteur. Prônant notamment la défiance envers un Occident «monolithiquement corrompu», les prêches de Tarek Ramadan, reproduits en cassettes audio et vidéo, sont dif-fusés dans la plupart des mosquées d’Europe. Inatta-quable devant les tribunaux, cette violence symbolique n’en produit pas moins de ravages. Ramadan avait eu cependant l’imprudence d’intenter un procès à Antoine Sfeir, analyste du Moyen-Orient, très médiatisé en France, connu au Maroc grâce au piratage de TPS. Ramadan a perdu son procès, la justice ayant estimé qu’effectivement, Tarek Ramadan pouvait porter une responsabilité, peut-être morale, en faisant naître dans certains esprits une vocation terroriste».Dans la logique des cours du soir très particuliers de Tarek Ramadan -et d’autres orateurs-, les jeunes recrues comme Dahmane passent désormais leur temps à travailler pour la cause de la «guerre Sainte». Dahmane, organisateur de l’attentat contre Massoud, participe, avec des habi-tués du CIB, aux collectes de fonds et au trafic de faux papiers, la grande spécialité des islamistes installés en Belgique.


    Malika, une mère célibataire recasée dans le terrorisme

    Malika Dahmane (dont le mari est mort à la suite de l’attentat contre Massoud), est d’origine tunisienne. Elle est née au Maroc. Cette belle jeune femme d’une quarantaine d’années au moment de son procès, est le produit type de l’islamisme européen: grosses difficultés d’adaptation puis une sorte de rédemption, apportée par les hommes qui savent utiliser les âmes perdues (cf. partie V). Ses parents ont émigré en Belgique à la fin des années 60, quand elle n’était qu’un bébé. En proie à toutes les difficultés d’une adolescence libérée, elle n’aspire qu’à s’émanciper du giron familial. Ses sorties nocturnes provoquent la réprobation paternelle et des conflits de plus en plus fréquents. Enceinte, elle choisit de garder et d’élever seule son enfant. Factures et dettes s’accumulent. Galère connue, aussi rude que banale. Au milieu des années 90, une amie lui conseille de s’adresser au Centre islamique belge (CIB): “Le cheikh Bassam t’aidera sûrement. C’est un homme de bien qui ne laisse jamais tomber une soeur ou un frère dans la difficulté”. Effectivement, ses factures sont immédiatement réglées par le Centre et elle y trouve une famille d’adoption. Un jour, le cheikh Bassam la prend à part et lui explique qu’une femme de son âge ne peut res-ter seule. C’est ainsi que sont organisés la rencontre, puis le mariage avec Abdessatar Dahmane.Ce recadrage domestique, affectif et religieux convient parfaitement à sa nouvelle vie, qui se déroule désormais entre son appartement et le Centre islamique belge où elle accompagne son mari aux conférences du prédicateur suisse Tarek Ramadan.


    Jeunes perdus et petits voyous

    Durant sa confession d’Abu Dhabi, Djamel Beghal livre également les frères Cortailler, deux Savoyards convertis, natifs de La Roche-sur-Foron, près d’Annecy, dont il avait aussi fait la connaissance en Afghanistan. Fils d’un boucher-charcutier honorablement connu dans la petite localité de Haute-Savoie, Jérôme, âgé de 27 ans, est arrêté à Rotterdam. Chez lui, les inspecteurs de l’AlV (les services néerlandais) découvrent de faux papiers et une machine à fabriquer des cartes de crédit. Son frère cadet David, comptable de formation, s’est lui aussi converti à l’islam durant un séjour à Londres. Il est arrêté en 1999 par la DST à son retour d’Afghanistan. Interné pendant six mois, il est remis en liberté sous contrôle judiciaire.Interviewé par Le Nouvel Observateur, David explique sa formation afghane: “Au début c’était sympa, mais après c’est devenu lassant. ( ...) Moi, je considérais cet entraînement comme une sorte de service militaire. On apprend le maniement des armes, on s’entraîne, il n’y a rien d’extraordinaire. Je n’ai rencontré personne d’important et surtout pas Ben Laden, ni l’un de ses adjoints comme on le dit. Franchement, je ne savais pas ce qu’ils attendaient de moi. J’y suis resté quelques mois, entre septembre 1997 et avril 1998, et puis je suis rentré chez moi”. Le beau-frère de Beghal, le jeune Johan Bonte qui a tout juste 20 ans, est lui aussi un converti. Ancien petit délinquant de Corbeil-Essonnes, il a rejoint Djamel en Grande-Bretagne. C’est là qu’il a embrassé la religion du prophète: “C’est comme ça, dit-il, que ma dérive a pris fin, que ma vie a enfin pris sens”. Johan Bonte fréquente un autre converti devenu son protecteur, Jean-Marc Grandvisir, qui se fait appeler “Oussama”. Animateur social, et plus précisément “médiateur de rue” à la municipalité de Corbeil-Essonnes, Grandvisir est un admirateur inconditionnel de Beghal. Il assure la liaison avec un autre groupe installé à Chilly-Mazarin, à une vingtaine de kilomètres de Corbeil.Richard Labévière

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