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Nawal El Saadawi: Le combat d’une femme, pour toutes les femmes

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5973 Le 23/03/2021 | Partager
L’icône de l’émancipation des femmes arabes est décédée à l’âge de 90 ans
Entre prison et exil, elle a publié une cinquantaine d’ouvrages
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Nawal El Saadawi (Ph. AFP)

L’écrivaine Nawal El Saadawi, 90 ans, figure égyptienne de l’émancipation des femmes dans le monde arabe, est morte ce dimanche 21 mars. La militante, à l’allure fragile et à la tête auréolée de cheveux blancs, aura été la bête noire des régimes successifs tout autant que des conservateurs égyptiens. A commencer par Anouar Sadat à qui elle s’opposera contre la loi du parti unique.

Une prise de position qui lui vaudra un premier emprisonnement ferme en 1981, qu’elle mettra à profit pour rédiger son livre «Mémoires de la prison des femmes», qu’elle écrira sur du papier hygiénique avec un crayon noir pour les yeux. 

Psychiatre de formation, elle a écrit plus d’une cinquantaine d’ouvrages dans lesquels elle se prononçait contre la polygamie, le port du voile, l’inégalité des droits de succession entre hommes et femmes en islam et surtout l’excision, qui concerne plus de 90 % des Egyptiennes. Entre temps, elle exercera comme médecin et chercheuse à l’université du Caire, ainsi qu'au Centre de santé rurale à Tahala pendant deux années.

De 1958 à 1972, elle est directrice générale de l’éducation à la santé publique, au ministère de la Santé. Elle est en même temps éditrice responsable du magazine Health. Ses œuvres sur la condition de la femme, sur l'intégrisme religieux et sur les brutalités policières lui valent d’être sans cesse poursuivie et contrainte à plusieurs reprises à l'exil. Faisant de la lutte pour les droits des femmes et contre le patriarcat dans le monde arabe son cheval de bataille, elle est l’autrice notamment de deux livres féministes de référence, «Au début, il y avait la femme» (1969) et «La Femme et le Sexe» (1969).

Ce dernier questionne le rapport des femmes arabes à leur sexualité, et analyse les rapports entre hommes et femmes dans une perspective de Gender Studies , première du genre dans le monde arabe. Cela lui vaudra une révocation de son poste au ministère, le magazine «Health» est interdit et ses livres censurés. Après son roman «La Chute de l’iman», en 1987, publié au Caire, elle commence à recevoir des menaces de la part de groupes fondamentalistes. Lorsque son nom apparaît sur une liste fondamentaliste de condamnés à mort, elle s’envole avec son mari pour les États-Unis, où elle enseigne à l'université Duke et à l'université d'État de Washington à Seattle.

Elle revient en Egypte, une première fois, en 1995, avant d’être contrainte à l’exil une deuxième fois, suite à la publication d’une pièce de théâtre intitulée «Dieu démissionne de la réunion au sommet». Jugé blasphématoire par l’université islamique du Caire, ce livre est retiré de la vente avant même l'ouverture du procès qui lui est intenté sur plainte de l'Université al-Azhar pour apostasie et non-respect des religions.

Une pétition est lancée et de nombreuses personnalités mondiales la soutiennent. En 2008, elle gagne son procès revient dans son pays natal, et bat le pavé, place Atahrir lors du printemps arabe. Cependant, la militante a été vivement critiquée en 2013 pour avoir soutenu la destitution de l’ancien président Mohamed Morsi par l’actuel dirigeant, le général Abdel Fattah al-Sissi. L’écrivaine accusait en effet «les Frères musulmans d’avoir tiré profit de la révolution de 2011», elle qui s’est longtemps battue contre «les fondamentalistes religieux».

                                                                         

100 femmes influentes du XXe siècle

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Le 8 mars 2020, l’hebdomadaire américain Time met en place un projet éditorial interactif qui met à l’honneur des personnalités féminines ayant marqué le siècle écoulé à travers cent couvertures: Une par année, de 1920 à 2020. Le projet entend mettre en avant des femmes influentes, du XXe siècle, trop longtemps invisibilisées, y compris par le magazine qui fait une sorte de mea-culpa. Pendant soixante-douze ans, le Time a nommé un «homme de l’année». À quelques exceptions près, celui-ci a presque toujours été un homme, souvent un président ou un Premier ministre, voire parfois un géant de l’industrie, reconnaît l’hebdomadaire en préambule de son projet. Chaque portrait a été réalisé par une artiste. C’est l’artiste américaine Sara Jane Moon qui a croqué le portrait de Nawal El Saadawi, sélectionnée pour l’année 1981 (année de son emprisonnement).
Nawal El Saadawi est naît à Kafr Tahla, dans le delta de la basse Égypte. Son père est fonctionnaire au ministère de l’Éducation; sa mère est issue d’une famille bourgeoise, musulmane et traditionaliste. Cette dernière insiste pour que sa fille soit excisée à l’âge de six ans. Cependant, contrairement aux coutumes de l’époque, ses parents envoient à l’école leurs neuf enfants, et non seulement les garçons. En 1949, Nawal El Saadawi est l’une des premières femmes à entrer en faculté de médecine.

Amine BOUSHABA

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