×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Le Cercle des Experts

Covid, une crise structurellement inédite

Par Dominique STRAUSS-KAHN | Edition N°:5838 Le 08/09/2020 | Partager

 Ancien patron du FMI, ancien ministre français, Dominique Strauss-Kahn, ici lors d’un Forum organisé par L’Economiste, a la parole rare. Le présent texte, une courtoisie de DSK, fait partie d’un ensemble plus vaste, que nos lecteurs peuvent retrouver chez notre confrère parisien, Les Echos. On se reportera utilement à une analyse précédente, «La coronavirus, crise de pouvoir, crise des pouvoirs» L’Economiste du 2 juillet 2020 (Ph. L’Economiste)

Il est, sans doute, normal qu’un système de soins ne soit pas fait pour traiter une demande brutale et temporaire. Mais, dans ce cas, il importe qu’il soit réactif, c’est-à-dire capable de réorienter son offre et de mobiliser des réserves prédéfinies et recensées. Cette agilité nous ait fait défaut.

Face à la Covid-19, le délai de réaction des pays développés, dont les systèmes de santé ont été rapidement submergés, doit sans doute être incriminé. Il atteste d’un défaut de prévoyance et d’une confiance – infondée – dans la capacité des systèmes sanitaires à protéger massivement leur population tout en s’approvisionnant en matériel de protection et en tests de dépistage au fil de l’eau, auprès de fournisseurs étrangers, majoritairement chinois. Sans doute ceci n’était-il pas fatal.

Taïwan, forte de ses expériences lors d’épidémies antérieures, disposait d’équipements de protection en quantité, de capacités de production de ceux-ci et d’un département dédié à la gestion des maladies infectieuses capable, notamment, de déployer rapidement des applicatifs de gestion et de partage de données sur les patients infectés.

L’autre différence structurelle entre cette crise sanitaire et les crises antérieures tient à son ampleur. Nombreux sont ceux qui ont, dans un premier temps, tenté de relativiser la gravité de la situation en rappelant le nombre de morts dû à la grippe saisonnière, aux épidémies de VIH et d’Ebola, voire aux conséquences sanitaires des pratiques addictives telles que l’alcool ou le tabac.

Outre que l’on ne connaîtra les conséquences létales de la Covid-19 que lorsqu’on aura jugulé sa transmission, avancer ce type d’argument revient à faire fi du caractère global et absolu de cette pandémie. Global dans la mesure où aucune aire géographique n’est p lus épargnée et parce que la pandémie vient croiser une démographie mondiale qui est sans comparaison avec celle de 1919: le simple nombre d’individus appelés à rester à domicile est deux fois plus important que la population mondiale totale lors de l’épisode de grippe espagnole. Absolu, car il est évident qu’aucun individu ne peut se considérer comme étant à l’abri du risque de contamination (voir encadré).

distanciation-038.jpg

Les injonctions contradictoires de la stratégie marocaine: longue queue sans distanciation, pour obtenir les laissez-passer (Ph. Bziouat)

Aux États-Unis, il n’aura fallu que quinze jours pour que près de 10 millions d’Américains se retrouvent au chômage. En Europe, 900.000 Espagnols ont déjà perdu leur emploi. En France, l’Insee estime qu’un mois de confinement devrait coûter 3 points de PIB. Nul n’est épargné.

Et à en croire le FMI, «Nous n’avons jamais vu l’économie mondiale s’arrêter net. C’est bien pire que la crise de 2008». Ces chiffres terribles conduisent certains à adopter une grille de lecture martiale de notre crise. Les gouvernements, les Nations unies, le FMI, tous parlent d’une «guerre» contre la Covid-19. Pour autant, un conflit armé ne semble pas nécessairement refléter la nature de la paralysie économique qui nous frappe.

Plus qu’une destruction de capital, c’est une évaporation des savoirs, notamment ceux nichés dans les entreprises qui feront nécessairement faillite, qui est à redouter. Plus qu’une redirection de la production vers une économie de guerre, on assiste à un coma organisé et à un délitement subi mais sans doute durable des chaînes d’approvisionnement.

epidemie-au-maroc-038.jpg

                                                                         

Et aussi une crise de l’être

La crise est globale et absolue, car tout le monde est concerné. Et c’est cette spécificité de la crise sanitaire qui la distingue de tous les épisodes antérieurs. Son caractère hautement symbolique heurte et choque une population mondiale qui avait presque oublié le risque infectieux. En cela, elle porte atteinte au confort douillet dans lequel les pays économiquement développés se sont progressivement lovés.
La mort n’était pas seulement devenue lointaine en raison de l’augmentation de l’espérance de vie, elle était aussi devenue intolérable comme en témoignent les réticences à engager des troupes au sol dans la plupart des conflits récents.
La «valeur» de la vie humaine a considérablement augmenté dans l’inconscient collectif. Or, aujourd’hui, nous reprenons conscience de la précarité de l’être. Cette crise de l’être aura certainement des conséquences considérables qu’il est peut-être trop tôt pour aborder ici, mais elle est aussi révélatrice d’une crise de l’avoir et d’une crise du pouvoir dont l’analyse est nécessaire pour guider les décisions à prendre.
 La simultanéité des chocs d’offre et de demande a rendu la situation si exceptionnelle et si dangereuse. À court terme, les pertes sont inévitables.

Les graphiques du covid

Les  3 graphiques publiés avec l’article de Dominique Strauss-Kahn ont été faits par notre confrère Le Monde. Ces infographies couvrent 158 pays.
Voir https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/05/05/coronavirus-age-mortalite-departements-pays-suivez-l-evolution-de-l-epidemie-en-cartes-et-graphiques_6038751_4355770.html

 

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc