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Dossier Spécial

Réindustrialisation: Les solutions et options de rupture

Par Amin RBOUB | Edition N°:5814 Le 29/07/2020 | Partager
La crise révèle des failles mais aussi des opportunités multiples
Le repli du made in China, une aubaine pour le Maroc
Attention à la taxe carbone!
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Inauguration par le Souverain de l’usine PSA Maroc à Kénitra le 19 juin 2019. Le constructeur français compte produire 200.000 véhicules et autant de moteurs dans ce site. PSA a bien saisi le message en décidant de produire la première voiture électrique au Maroc, la Citroën Ami. Le constructeur est résolu à faire du Maroc un hub automobile pour la reconquête des marchés de la zone Afrique-Moyen Orient 

 

Regain d’intérêt pour le made in Maroc et l’industrie destinée au marché local.  Plusieurs branches et filières industrielles re-déploient leurs activités, se diversifient ou optent pour des reconversions afin de résister aux chocs et rebondir: masques, respirateurs artificiels, gel, thermomètres sans contact, équipements et kits médicaux, lits pour hôpitaux, consommables, maintenance de dispositifs divers, solutions industrielles, services... La liste est longue. Automobile, aéronautique, textile-habillement, chimie-parachimie... sont autant de secteurs d’activité concernés par ces redéploiements. Certes, la crise Covid a été un révélateur de la grande précarité et vulnérabilité financière du tissu entrepreneurial, mais en même temps elle a montré la capacité d’inventivité et de résilience de certaines structures qui ont fait preuve d’une forte agilité. La production de masques en est un exemple édifiant.
Ce revirement de situation intervient dans un contexte mondial assez particulier marqué par des tendances fortes à la relocalisation des usines européennes, des ruptures dans les chaînes de valeur mondiales, la logistique, des transformations structurelles, l’accélération technologique, la digitalisation des process... Ces ruptures apportent des gisements d’opportunités au Maroc: «Cette crise devra apporter des opportunités pour les entreprises et le Maroc en général... Le pays a des atouts à faire valoir non pas pour remplacer la Chine, mais pour être une option de ré-industrialisation des secteurs économiques marocains au profit de l’Europe», analyse récemment Driss Benhima, ancien ministre et ancien PDG de la RAM. Pour ce grand commis de l’Etat, le Maroc a tout intérêt a saisir des marchés induits par le repli des commandes européennes avec la Chine. La situation géographique privilégiée, aux portes de l’Europe, et le contrôle assumé des marchés de l’UE plaident en faveur du made in Maroc. «Nous devrions saisir l’opportunité d’être la périphérie de la relocalisation des usines européennes par rapport à des activités jusque-là sous traitées à l’autre bout de l’Asie orientale, la Chine», insiste Driss Benhima. Selon lui, il y a des gisements extrêmement importants dans l’industrie automobile, l’aéronautique, l’agro-alimentaire, les médicaments... avec les grands donneurs d’ordre européens. Le marché mondial s’oriente désormais vers une sorte de «dé-mondialisation» de la production. La France, premier investisseur du Maroc, a d’ailleurs annoncé la couleur: «Il est important de réfléchir à une meilleure organisation des chaînes de valeur et à une relocalisation d’un certain nombre d’activités», avait annoncé Bruno Le Maire, ministre français de l’Economie en mars dernier. C’est dire que l’Hexagone compte rapatrier le maximum de ses unités industrielles à l’étranger. Pour l’heure, le Maroc n’est pas concerné par cette vague de relocalisations, qui ne porte que sur les véhicules électriques et hybrides. C’est plutôt la Chine qui est visée.  Moralité: Le Maroc doit réduire sa dépendance et s’atteler à la transformation de ses filières par la maîtrise des technologies et le digital. «Les écosystèmes marocains sont appelés à s’adapter à la nouvelle donne avec un changement total des process de l’appareil productif», analyse Larbi Jaïdi, expert du Policy Center for the New South. Selon cet économiste, «il  faudra que le système marocain prouve sa capacité de rentrer dans cette course au changement et à la numérisation des process de production afin de devenir un acteur incontournable». Sur le même registre, Driss Benhima estime que les industries relocalisées au Maroc, notamment l’automobile et l’aéronautique, seront les premières à adopter la robotisation dans un avenir assez proche. Sauf que là il y a un grand bémol: «Les usines marocaines ne sont pas à la pointe de la technologie mondiale. Certes, l’on produit  au Maroc des voitures fiables, mais nous n’arrivons pas à produire des véhicules électriques, hybrides ou encore autonomes. Or, c’est la tendance mondiale dans l’industrie automobile... Il s’agit là d’une grande menace pour les emplois à brève échéance», analyse Driss Benhima. 
Il va sans dire, le Coronavirus a un effet accélérateur sur les mutations industrielles. «La crise actuelle est différente tant par son intensité que par son ampleur», résument les experts. Pour le cas du Maroc, la crise Covid est venue stopper la croissance, notamment dans l’aéronautique, l’automobile... Par ailleurs, de grands acquis ont été perturbés avec des conséquences lourdes sur les emplois, les marchés, les commandes, le chiffre d’affaires... des entreprises. «Le plein emploi, c’est fini... C’est très grave ce que je dis. Cela veut dire qu’il y aura la disparition de métiers par milliers, la montée en puissance de l’Internet, l’apparition de nouveaux métiers, en particulier les services à la personne. Du coup, les emplois en destruction dans l’industrie devront se redéployer vers les services à la personne...», tient à préciser Benhima. 

De nouveaux segments porteurs de valeur ajoutée

De l’avis d’experts étrangers, l’industrie marocaine est appelée à vivre un tournant: La solution réside d’abord dans la maîtrise de la technologie afin de garantir des écosystèmes et des filières en perpétuelles mutations. «Il faut que tout change pour que rien ne change», schématise Larbi Jaïdi. Autrement dit, s’adapter en permanence aux nouvelles tendances. Sinon, les acquis récents du Maroc seront vite dépassés. «L’industrie devra faire preuve d’anticipation en implémentant des leviers de nouvelle génération basés sur l’inventivité, la réactivité, la recherche de nouveaux positionnements, voire la quête de nouveaux segments porteurs de forte valeur ajoutée». Ce qui requiert une refonte des logiciels avec de nouveaux types de formations et une nouvelle façon de concevoir la politique industrielle sur fond d’une forte dose d’agilité et de réactivité. Voilà ce qui préfigure les contours d’une nouvelle stratégie industrielle. 
Pour rappel, les IDE (investissements directs étrangers) se sont soldés à 15,4 milliards de DH en 2019 contre 33,4 milliards en 2018, soit une baisse de 54% (moins 18 milliards de DH). L’industrie est de loin le premier bénéficiaire des recettes générées par les IDE en 2019 (26,5%), avec un montant de 11,1 milliards de DH, soit une hausse de 27,2% par rapport à l’année 2018. Il va sans dire, l’automobile est la locomotive des IDE. Près de la moitié des investissements étrangers vont à l’automobile (47,5%) avec une progression de 32,5% en 2019.


Taxe carbone

Encore un stress test pour l’industrie et l’offre exportable marocaine!  Désormais, le Maroc sera jugé sur sa capacité à produire et à exporter «propre». L’Europe s’est résolue à verrouiller ses importations en mettant en place la taxe carbone. Dans quelques mois, les exportations marocaines vers l’Europe subiront le filtre de la dé-carbonisation, un critère fondamental pour placer le made in Maroc sur l’ensemble des marchés de l’UE. Composants automobiles, voitures, pièces aéronautiques, textile-habillement, chaussures, agroalimentaire... Pratiquement la quasi-totalité de l’offre exportable marocaine est concernée. «Concrètement, si vous produisez n’importe quelle pièce en utilisant l’énergie fossile, de l’énergie électrique à base de charbon ou hydrocarbures, vous serez taxés. Pour l’industrie automobile par exemple, s’il y a un seul composant à base de l’énergie fossile, l’ensemble du véhicule sera taxé», a expliqué récemment aux députés le ministre de l’Industrie. L’Europe compte donc dé-carboniser non seulement sa production et ses industries mais aussi la totalité de ses importations. Le verrou européen concernerait également les services. En résumé, plus la production est qualifiée polluante, plus elle sera taxée à l’export vers l’UE.                                                                     
Bien évidemment, une telle décision aura des conséquences lourdes tant sur la compétitivité de l’offre exportable marocaine, les volumes, que sur les recettes. D’autant plus que l’UE représente le 1er débouché à l’export du made in Maroc. Le ministère de l’Industrie se prépare déjà à la nouvelle donne. «Une stratégie est en cours d’élaboration», a précisé récemment le ministre Elalamy devant les parlementaires, sans vouloir en dévoiler les contours, pour le moment.
Plutôt qu’une menace, certains industriels y voient plutôt une nouvelle opportunité pour le made in Maroc. «Il va falloir prendre les devants et placer une production propre sur le marché européen. La stratégie des énergies renouvelables devra nous conforter en tant que fournisseur de premier plan de l’Europe», tient à préciser un industriel de l’automobile, proche de l’Amica.


Import-substitution

Le PAI (plan d’accélération industrielle: Acte II) devra réorienter la machine. My Hafid Elalamy, ministre de tutelle, a d’ailleurs annoncé récemment au Parlement (en juin dernier devant la Commission des secteurs productifs), les grandes lignes de cette nouvelle politique. Parmi les recettes de la tutelle pour redynamiser le tissu productif, figure l’import-substitution. Il s’agit d’une série de mesures afin d’arrêter ou du moins limiter les produits qui peuvent être fabriqués localement. L’enjeu est de réduire le déficit commercial, créer des emplois et redynamiser la production locale tout en captant une nouvelle génération d’investissements (IDE). Mais attention, il n’y aura aucun compromis en faveur du produit local de substitution sur le rapport qualité/prix et la compétitivité. «Il va falloir produire dans les mêmes standards de qualité de ce que nous importons et de ce qui est exigé par les marchés à l’export», insiste le ministre.

Amin RBOUB

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