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Le Cercle des Experts

Citoyens et élus locaux, agissons ensemble

Par Me Salah-Eddine CHENGUITI | Edition N°:5807 Le 20/07/2020 | Partager

Longtemps, les pandémies ont été des catastrophes exogènes que l’humanité a dû subir, mais l’originalité de celle-ci nous offre une occasion unique afin que citoyens et élus franchissent ensemble un nouveau pas dans l’invention de nouvelles médiations.

Longtemps, les pandémies ont été des catastrophes exogènes que l’humanité a dû subir, mais l’originalité de celle-ci nous offre une occasion unique afin que citoyens et élus franchissent ensemble un nouveau pas dans l’invention de nouvelles médiations.

La crise économique qui s’engage présage une temporalité inédite et difficilement prévisible. Depuis quelques semaines, nous assistons à l’émergence de nouvelles formes de solidarité, offrant une illustration pleine de promesses sur un dialogue nouveau, entre sciences, société et politique. Face à cette urgence sanitaire, le gouvernement s’est doté de pouvoirs exceptionnels dans la lutte contre le virus et ceci, les Marocains et leurs élus l’ont bien compris, puisque ensemble, ils se sont pliés aux contraintes qui imposaient cet effort. Cependant, le propre d’un état d’urgence est de ne pas être permanent. Le temps est donc venu pour entamer des discussions qui tiendront compte de tous les enjeux, dans un climat de confiance mutuelle.

Le Covid-19 a désarmé hommes et femmes politiques habitués à marteler des messages clés. La confrontation à la mort et le confinement ne les ont pas épargnés. Nous avons d’abord assisté à une forme de sidération suivie d’une réflexion sur la société et ses échanges; sur les biens nécessaires et les envies superflues, obligeant les uns et les autres à s’interroger sur la façon dont on souhaite réellement vivre. En plein confinement, des milliards d’individus se sont questionnés sur le sens de l’organisation de la société d’un côté, et sur ceux censés l’édifier, de l’autre.

Invitant ainsi la politique dans tous les foyers. Certains élus, dirigeants de partis et parlementaires ont savouré cette pause-contrainte et renoué avec des valeurs fondamentales, telles que l’écoute, le débat et la réflexion sur un nouveau modèle politique et économique. Pour que la confiance puisse être rétablie entre le citoyen et ses institutions, il est essentiel qu’elle le soit également vis-à-vis des partis politiques.
Le moment est au retour de la politique telle que je l’ai toujours portée. Une politique où l’on ne doit plus se contenter de gérer l’histoire, mais de Faire l’Histoire.

Si hier, on s’agrippait fièrement à nos convictions au risque d’être accusés de tergiversations opportunistes, aujourd’hui, c’est l’absence de remise en question qui est mal perçue. Ne nous interrogeons-nous pas tous sur le rôle de l’État, de l’économie du marché et des questions sociales? Rares sont ceux qui renoncent à leur logiciel politique.

A défaut de pouvoir s’investir dans leur rôle quotidien, les partis politiques ont manqué de leviers d’action et leur tâche n’a pas été facilitée par une opinion publique ultra défiante. Celle-ci considérait ceux qui avaient déjà été aux responsabilités, comme co-responsables des errements, notamment sur leur absence d’implication, semblant voir dans toute critique, une tentative insupportable de pratiquer la politique politicienne. Cela pourrait s’expliquer par un débat économique atrophié, datant du milieu des années 80; une forme de pensée unique a emporté le marché des idées, gagnant la plupart des élites, plongées dans une uniformité saisissante. Il n’y a plus de débats sur l’économie, autres que paramétriques; plus ou moins d’impôts, plus ou moins d’aides, etc. Pourquoi continuer donc à penser puisqu’il suffisait d’accéder au pouvoir et laisser la technostructure de l’État réagir en pilotage automatique? Rien de mieux pour désespérer les militants qui n’auront d’autre rôle que celui de devoir coller des affiches! Une fois les élections passées, on leur demandait de rejoindre la «tribune des fans».

Certains acceptaient, d’autres désertaient et nombreux sont ceux qui ont fini par déserter. Ne parvenant plus à rassembler le peuple ni à sélectionner des candidats, comme en témoignait la baisse continuelle du nombre de militants dans chaque formation, la crise de confiance dans les partis politiques est définitivement actée et le fossé n’a cessé de se creuser entre citoyens et formations partisanes.

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«Le propre d’un état d’urgence est de ne pas être permanent. Le temps est donc venu pour entamer des discussions qui tiendront compte de tous les enjeux, dans un climat de confiance mutuelle (Ph. L’Economiste)

Les évènements d’Al Hoceïma et Sidi Ifni ainsi que le taux élevé d’abstention aux élections et les faibles scores obtenus par plusieurs formations aux législatives de 2016, en sont la parfaite illustration. Depuis, les partis sont considérés comme nuisibles, ce qui incarne un drame démocratique, mais comment fédérer les citoyens et capter leurs aspirations et leur colère et comment prétendre à des débats féconds sans partis politiques? Quand les opposants deviennent des adversaires et que les débats se transforment en luttes violentes, le pouvoir se retrouve seul, face au peuple.

Pour remédier à ce déficit social, dans son discours du trône prononcé en 2018, le Roi Mohammed VI avait fortement interpelé la classe politique, les invitant à «renouveler leurs méthodes de travail et rénover leurs modes de fonctionnement. Ce renouveau doit être incarné par l’intégration de nouvelles élites politiques». La renaissance des élites politiques demeure encore un défi de taille pour notre Royaume et c’est pour cela que nous devons nous préparer à des changements de responsables politiques.

Un acte au service de tous

Solidement attachés à un État fort sur ses missions régaliennes, les Marocains appellent à l’engagement sans faille de leurs élus locaux pour reprendre le pilotage de la politique territoriale qui nécessite à nouveau, d’être perçue comme un atout.

Pour cela, partis et élus, doivent mettre en œuvre des solutions au bénéfice du citoyen. L’État central doit engager un plan de relance et de reconstruction avec toutes les collectivités territoriales et fixer sa grande ambition de décentralisation de notre pays.

Il serait bon de rétablir cette confiance et inscrire les relations de l’État et ses collectivités territoriales en levant le voile sur les zones d’ombre pour sortir avec une volonté partagée de travailler en commun. N’est-ce pas là une belle occasion pour renouer le dialogue?

L’ère de la politique numérique

Dans ce jeu démocratique, l’affaiblissement des partis politiques a ouvert la porte à de nouveaux acteurs numériques. Sous couvert de vouloir mettre l’innovation au service de l’engagement citoyen, leur vocation est profondément politique. La campagne de boycott de marques de grande consommation illustre parfaitement leur force de frappe dans la diffusion d’idées. Ils avancent masqués et échappent à toutes les règles de contrôle et de transparence, imposées aux partis. Ces nouvelles agoras occupent un espace laissé vacant par des partis déconsidérés. Ils se présentent comme une arme de défense massive contre le dessaisissement des peuples par les élites. La télé-militance s’utilise désormais comme instrument de débat, diffusion d’idées et d’images, remplaçant momentanément la réunion physique. Il serait bon de s’en méfier car la démocratie doit avant tout passer par le contact physique et le souffle de l’autre.

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