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«Wiqaytna»: Leçons d'un flop

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5802 Le 13/07/2020 | Partager
L'application de traçage se heurte à des enjeux sociétaux et juridiques
Mal promue, elle séduit peu d’utilisateurs
2 millions de téléchargements, mais combien de désinstallations?
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Pour Dr Soumia Guennoun, «La crise Covid-19 aura certes eu raison de l’illettrisme numérique, elle a stimulé la citoyenneté des marocains à divers égards. Reste à écarter certains préjugés, véritable maillon faible à l’aboutissement de tout projet» (Ph YSA)

«Wiqaytna», l’application de notification d’exposition au Covid-19 ne mobilise pas suffisamment d’adhérents pour être efficace. Elle a, à peine, dépassé les 2 millions de téléchargements, peut-être juste par curiosité. En revanche personne ne sait, si cette application n'a pas été désinstallée aussitôt. Mais Pour Soumia Guennoun, enseignante-chercheure à l’Université euromed de Fès (UEMF), et chercheure associée au «Research Institute for European Mediterranean and African Studies» (RIEMAS), cette technologie s’impose encore  plus pendant le déconfinement pour parer au risque de sursaut épidémique». Décryptage.
 
■ Traçage et alerte pour atténuer le Covid-19
La gestion de la pandémie du Covid-19 a été meilleure dans les pays qui ont utilisé le numérique. Certains pays ont choisi la voix de la démocratie où le caractère volontaire l’emporte sur la coercition. Ce qui a eu des conséquences sur l'adhésion au concept et partant sur son efficience. D'autres pays, à forte culture numérique comme la Corée du Sud et la Chine, où le caractère obligatoire de ces applications est prégnant,  se basent sur le «backtracking», permettant la collecte et le traitement des données personnelles de géolocalisation GPS des téléphones: efficace mais attentatoire aux libertés. Le Maroc qui a fait du respect de la vie privée un droit fondamental, se situe évidemment dans la première catégorie. «Au Maroc, les citoyens sont confrontés au processus d’adoption et à la méconnaissance par le grand public de l’arsenal juridique en la matière», souligne la chercheure.

■ Un processus d'adoption à double tranchant
L'adoption de «Wiqaytna» se voit affectée par deux éléments majeurs: la confiance et la flexibilité, véritables garde-fous à l’adhésion massive des citoyens. Dans l'incertitude sécuritaire, ils craignent également que l’arsenal juridique marocain en la matière ne garantisse pas assez le respect de la vie privée et les comportements malveillants. «Ces aspects sont peu connus du grand public. Or, l’aspect juridique y afférant peut être utilement scruté pour dissiper les inquiétudes et pousser les citoyens à l’adoption de cette application très utile dans le contexte actuel», note Guennoun. Selon elle, la prise de conscience par les citoyens de la place accordée par notre droit positif à ces aspects facilitera l’adoption du processus. D’ailleurs, la CNDP en fait un cheval de bataille. Elle l’a explicitement formulé dans son premier bulletin de juin 2020, en tant que tiers de confiance numérique.
 
■ La violation de la vie privée régulée par la loi
L’application Wiqaytna a recours à deux types d’identifiants distincts. Le premier est un identifiant utilisateur aléatoire relié au numéro de mobile qui est attribué dès l’inscription et qui sera utilisé dans les traitements ultérieurs. Le deuxième type concerne des identifiants temporaires qui seront échangés via Bluetooth entre les mobiles se trouvant à proximité et utilisant l’application. Ce deuxième type d’identifiant est actualisé régulièrement pour éviter à des tiers malveillants de reconnaître et de pister les utilisateurs. A ce niveau, la loi 07-03, complétant le code pénal en ce qui concerne les infractions relatives aux systèmes de traitement automatisé des données, est intransigeante sur ce plan. «Elle réprime pénalement les agissements immoraux, tels les intrusions au sein des systèmes de traitement automatisé des données et les atteintes à ces systèmes», souligne la juriste, ajoutant «qu’elle sanctionne toutes les intrusions non autorisées, qu’elles procèdent de pirates externes au système ou de fonctionnaires qui infiltreraient une zone du réseau de leur administration à laquelle ils n’ont pas droit, que l’accès soit par effraction ou lorsque l’autorisation d’accès limitée dans le temps est outrepassée».
 
■ Ce que l’on reproche à l’appli Wiqaytna
La vulnérabilité reprochée au dispositif «Wiqaytna» concerne les controverses liées à l’anonymisation absolue. Car, elle peut également être téléchargée sur «Google Play» ou «App Store» qui contiennent des données personnelles de l’utilisateur. «Ici, la crainte concerne les recoupements des données en vue d’identifier les utilisateurs. Pour contrecarrer d’éventuels abus, la loi 09-08 conditionne le traitement des données à caractère personnel par le consentement indubitable de la personne concernée à l’opération ou l’ensemble des opérations envisagées», souligne Dr Guennoun. Et de poursuivre: «au sens de l’article 4 de cette loi, ce consentement ne peut être écarté que pour des raisons limitativement énumérées, venant constituer d’éventuelles bases légales de traitement». En l’occurrence, lorsque ledit traitement est nécessaire à l’exécution d’une mission d’intérêt public ou relève de l’exercice de l’autorité publique. Simultanément, «Wiqaytna» répond à ce double aspect. Car, briser la chaîne de propagation du virus est bel et bien une mission d’intérêt public, sous l’égide des ministères de l'Intérieur et de la Santé. Quand bien même le motif d’intérêt public dans le domaine de la santé est subordonné au sens de l’article 21 de la loi 09-08, en l’absence d’une loi spécifique, à l’autorisation de la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP). Ce qui a été acté pour l'application, «qui traite des données sensibles que sont les données de santé. Ici, apparaît le deuxième volet relatif à la proportionnalité au vu des finalités sanitaires du traitement. Il s’agit alors de trouver un équilibre entre santé et libertés individuelles», conclut la chercheure de l’UEMF.

Trois types de données personnelles

La législation marocaine abonde de dispositions en faveur de la préservation des droits des citoyens. La loi 09-08 relative à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel, identifie par référence à un numéro d’identification. Trois types de données personnelles sont utilisés par cette application: Le numéro de téléphone mobile, d’autres données optionnelles pour les besoins de statistiques et d’analyse de la pandémie (genre, tranche d’âge et ville) et dont le traitement tombe sous le coup des lois 69-99 relative aux archives,  31-13 sur le droit d’accès à l’information et 09-08 susmentionnée. Le troisième type de données personnelles concerne les identifiants.

Youness SAAD ALAMI

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