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Tribune

Moins de libéralisme, plus d’interventionnisme

Par M’Fadel EL HALAISSI | Edition N°:5786 Le 19/06/2020 | Partager

Administrateur de nombre de sociétés du groupe d’Othman Benjelloun, Finances.com, directeur général délégué de Bank of Africa, M’Fadel El Halaissi a gardé de ses premières armes professionnelles dans la recherche en France le goût de la réflexion académique productrice de systèmes et de concepts. Revenu au pays, il a fait toute sa carrière marocaine au sein de la BMCE, devenue Bank of Africa, pour marquer ses ambitions continentales. Il s’exprime à titre personnel (Ph. Privée)

Tous les plans de lutte contre les conséquences économiques de la crise sanitaire Covid-19 s’appuient sur le système bancaire. C’est salutaire et fondamental. Le financement de l’économie doit se poursuivre, voire s’accélérer, et ce en dépit des risques de contagion des employés et cadres des banques.
Le système bancaire est l’épine dorsale, d’une part pour atténuer les effets de la crise sanitaire et du confinement, et d’autre part, pour la mise en œuvre des plans de relance après le déconfinement.
Les banques sont dans une position paradoxale. D’un côté, les régulateurs leur imposent le durcissement des conditions de distribution des crédits. De l’autre, les Banques centrales affichent une volonté ferme d’encourager les banques à accroître le niveau de financement de l’économie.
Cette dualité a été exacerbée par la mise en œuvre à travers le monde de multiples plans de soutien économiques et sociaux contre les effets de la crise sanitaire.

Traumatismes et inefficacité

Après la crise bancaire de 2008 les régulateurs sont encore traumatisés, ce qui ne milite pas en faveur d’un desserrement de certains ratios de règles prudentielles dans l’état actuel des activités bancaires. De l’autre côté, on observe l’inefficience des mesures de politiques monétaires visant une relance économique suivies aussi bien par l’européenne BCE, la Banque d’Angleterre que l’américaine Fed à travers des injections massives de liquidité sur les marchés et des baisses de taux directeurs.
Ces efforts n’ont eu que de très modestes résultats, limités à une stabilisation relative des marchés financiers et boursiers.
Autrement dit, l’offre et la demande des crédits restent atones (particulièrement dans la zone euro), les taux d’intérêt poursuivent leur chute et l’inflation ne décolle guère! Les objectifs escomptés de la relance de l’économie sont loin d’être atteints.
Or la crise sanitaire a largement amplifié les besoins de financement de l’économie pour soutenir à la fois la production et la consommation contre la récession.
Force est de constater que les injections massives de liquidités n’atteignent pas dans leur totalité l’économie réelle, donc les ménages et les entreprises, tant que les banques sont soumises aux contraintes des règles prudentielles limitant la distribution des crédits.
La distinction entre les activités dites classiques (dépôt/crédits) et les opérations de marché et boursières sur les places financières, remonte à la crise de 1929. La course effrénée aux marges et profits, facilitée par la disponibilité des fonds mis à la disposition par les instruments du système financier, encouragent les acteurs sur le marché financier à imaginer des structurations et montages – parfois très spéculatifs et très risqués – savamment élaborés pour des placements à plusieurs étages.

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Aussi, le système bancaire doit se réinventer (Cf. du même auteur, e-leconomiste du 5 juin 2020) et dissocier les deux activités, celle de la collecte des dépôts publics pour le financement de l’économie réelle et celle des activités de transactions financières et boursières sur le marché des capitaux.
À chaque nature d’activité correspondra des règles prudentielles appropriées et distinctes, plus souples pour les opérations de financement de la consommation et de la production et plus régulées pour les opérations de marché tant au niveau des ressources que des emplois.
La globalisation financière imposée aux banques doit être fondamentalement revue à l’aune de cette crise de la Covid-19

Les bulles et les crises  

Ce type de pratiques crée des bulles financières qui se transforment en crise économique au terme de son processus.
En 1933, les Etats-Unis ont mis en place le fameux Glass Steagall Act (GSA), pour séparer les activités de dépôt (épargne publique) de celle du marché. Les acteurs sur le marché financier n’étaient pas autorisés à utiliser les dépôts des banques. Le 12 novembre 1999 et dans la mouvance de la fusion de Citigroup, le président Clinton a procédé à l’abrogation de la loi GSA. En 2007, la bulle immobilière éclate aux Etats-Unis (Subprime), conduisant le monde à une crise bancaire et financière sans précédent, puis à une crise quasi universelle. Les multiples injections de liquidités des Banques centrales ne font qu’alimenter les bulles du système financier international (en proie de désintégration) pour d’autres futures crises financières.
La période de gloire de la pensée économique néolibérale s’achève avec cette crise systémique universelle, au regard du niveau prépondérant des interventions de l’état sur le marché.
Enfin, la théorie 3D d’Henri Bouguinat (Dérèglementation, désintermédiation, décloisonnement in «Les vertiges de la Finance internationale», auxquelles on peut ajouter la dématérialisation) est à définir selon les deux postulats suivants:
1- Moins de libéralisme et plus d’interventionnisme de l’Etat en régulateur de l’économie du marché, donc plus de réglementation du système financier.
2- Retour au «Banking Act» avec la séparation des activités bancaires entre le «financement effectif» et le «financement fictif».

Réinventer la banque

La véritable «courroie de transmission» des liquidités émises par les Banques centrales s’articule chez les banques. Afin que ces dernières acheminent cette liquidité aux acteurs de l’économie réelle, il est nécessaire de desserrer l’étau qui les empêche de jouer pleinement ce rôle, à cause du maintien du niveau des contraintes des règles prudentielles si élevé.
À titre d’exemple, le niveau du ratio des fonds propres à 10,5% pénalise les actionnaires des banques en termes de rentabilité sur fonds propres (ROE), et risque d’être moins attractif pour des investisseurs dans le secteur bancaire.
Selon les rapports de l’Autorité bancaire européenne (ABE), 75% des établissements du secteur bancaire ont une rentabilité inférieure à 8%!

                                                                           

L’argent va au mauvais endroit

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Milton Friedman (1912 – 2006), fondateur de l’École monétariste de Chicago, redoutant une augmentation de la masse monétaire plus élevée que celle de la production. La théorie quantitative de la monnaie, telle que décrite dans la célèbre Égalité d’Irving Fisher  (la quantité de monnaie détermine les prix), est totalement bafouée par les Banques centrales

 

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Milton Friedman (1912 – 2006), fondateur de l’École monétariste de Chicago, redoutant une augmentation de la masse monétaire plus élevée que celle de la production. La théorie quantitative de la monnaie, telle que décrite dans la célèbre Égalité d’Irving Fisher  (la quantité de monnaie détermine les prix), est totalement bafouée par les Banques centrales

Les principaux bénéficiaires des liquidités excessives, injectées par les Banques centrales, sont les acteurs des marchés financiers et boursiers, et non pas les acteurs de l’économie réelle, mettant au défi deux conceptions de deux glorieuses écoles de la pensée économique:

 

 

 

 

 

 

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