×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste



eleconomiste
Vous êtes 186.066 lecteurs à vous connecter sur leconomiste.com chaque jour. Vous consultez 230.556 articles (chiffres relevés le 28/5 sur google analytics)
Tribune

Nouveau modèle, la spiritualité dans le développement

Par Pr. Rachid HAMIMAZ | Edition N°:5697 Le 13/02/2020 | Partager

Spécialisé en économie des filières et en marketing agroalimentaire, le Pr. Rachid Hamimaz enseigne, depuis 1996, à l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II à Rabat. Auparavant il a exercé en tant qu’attaché de recherche à l’université de Lille III en France pendant près de 8 ans. Il est en poste aujourd’hui au Maroc mais il est également professeur associé à l’Institut agronomique de Montpellier et à l’Institut agronomique méditerranéenne de Zaragosse en Espagne. Il est disciple de la voie soufie al-Qadiriyya al-Boudchichia et du cheikh Sidi Hamza depuis une vingtaine d’années. Après le décès de ce dernier en 2017, il est devenu le disciple de Sidi Jamal actuel maître spirituel de la tarîqa. Il contribue par ses conférences et ses écrits à faire connaître la voie soufie à laquelle il appartient

Les idées de l’économiste indo-américain Amartya Sen (prix Nobel d’économie) ont inspiré aussi bien l’INDH que la philosophie du Pnud (Programme des Nations unies pour le développement) dans son ensemble. 

Pour Amartya Sen, la mesure du développement par la croissance du revenu par tête d’habitant n’est pas «l’indicateur» mais «un» des indicateurs du développement, auquel doit s’ajouter la mesure d’autres valeurs comme l’accès à l’éducation, à la santé, à la sécurité, aux libertés politiques et sociales, à la liberté d’entreprendre, tant dans le domaine strictement économique que dans le domaine social. Il cite en exemple l’Etat du Kerala, en Inde, qui a su atteindre des résultats remarquables en termes de développement humain tout en ayant un faible revenu par tête d’habitant.

A contrario, il montre que certains groupes dans les pays développés (comme les Noirs aux États-Unis) ont de très faibles espérances de vie (mesure de la santé), un accès catastrophique à la sécurité physique personnelle ou à la formation, bref un indice de développement humain très faible, alors que le revenu par tête du pays dans lequel ils vivent est l’un des plus importants dans le monde.

A l’aune de la liberté

Cette approche est nouvelle: l’objectif du développement n’est pas la poursuite d’un état quelconque de «bonheur national brut» mais la possibilité pour chacun de poursuivre son bonheur multidimensionnel, grâce aux libertés individuelles et associatives. Le bonheur n’est pas définissable, mais la liberté de le poursuivre, l’est; c’est donc à l’aune de la liberté que l’on pourra mesurer le développement.

La liberté est essentielle pour deux raisons: parce qu’elle est le critère global permettant d’évaluer le bien-fondé de toute action, et parce qu’elle est l’état social le plus efficace pour permettre à chacun de contribuer lui-même à la poursuite de son épanouissement. Les libertés à poursuivre peuvent et doivent se décliner dans de nombreux domaines: la liberté de «ne pas mourir de faim», de disposer d’un revenu comme moyen d’accéder à un certain nombre de biens, à la santé, à l’éducation, à la culture, à une spiritualité choisie, quels que soient son sexe, sa religion, sa tribu, sa nationalité, etc.

Dans bien des cas, les actions de développement commenceront par une lutte contre les non-libertés évidentes dans les domaines politique, social et économique (notamment la non-liberté de la pauvreté), dans celui de l’égalité des chances, de la protection et de la sécurité.

La poursuite de la liberté sur tous ces fronts en même temps est indispensable, parce que les libertés se confortent et se renforcent l’une l’autre. La faiblesse ou l’absence des valeurs peuvent gêner le développement humain (voir encadré). Elles ont donc un lien avec ce qu’on appelle les maladies de l’âme, de arrouh.

Les maladies de l’âme

Le développement de arrouh est l’objectif ultime de la voie soufie, de la Tarîqa al-Boudchichia.  Le Coran retentit: «Ce jour (la résurrection) ni les biens, ni les enfants ne seront d’aucune utilité, excepté celui qui vient à Dieu avec un cœur sain (salîm)», autrement dit, assaini des maladies de l’âme.

S’agissant du développement humain, Amartya Sen qualifie les ONG, engagées dans la lutte contre la pauvreté et la faim, de «producteurs d’utilité sociale». Or notre tarîqa est indiscutablement une productrice d’utilité sociale. Il n’y a pas de développement humain sans développement de arrouh (Esprit) et il n’y a pas de développement de arrouh sans développement humain.

lindh-097.jpg

L’INDH a changé la face du Maroc en créant des activités très diverses. La difficulté de les garder pérennes, quand les bénéficiaires se disputent (Ph. Bziouat)

Colloque mondial soufi

Je souhaite montrer la double inspiration de l’INDH et les problèmes sur lesquels elle bute. Je veux montrer que ces problèmes peuvent être corrigés par la purification de arrouh et que la Tarîqa al-Boudchichia, dont je suis membre, porte l’initiative universelle de développement de arrouh. Elle n’est pas uniquement nationale mais également universelle ainsi que l’ont défini les saints de Dieu et ainsi que le montre son formidable rayonnement international.  
Les décideurs institutionnels reconnaissent le rôle social des organisations non gouvernementales engagées dans la lutte contre la pauvreté et la faim, ils doivent reconnaître l’importance du rôle social joué par la voie et notamment cette initiative universelle de développement de arrouh qu’elle porte. (Ce travail a été présenté lors du Colloque mondial soufi de Madagh, du 6 au 10 novembre 2019).

Conflits et mécomptes

L’INDH  a permis une dynamique extraordinaire au Maroc mais en même temps elle bute sur des problèmes signalés dans les rapports des bailleurs de fonds, la Banque mondiale, la Banque africaine de développement à l’occasion de ce qu’on appelle les évaluations à mi-parcours. Ces problèmes sont liés aux valeurs et ont un lien avec arrouh:
- La corruption.
- La fraude. Lorsqu’on finance dans le cadre de l’INDH une coopérative de miel, nous ne sommes pas assuré que cette coopérative fabriquera un miel de qualité sans tricher ni tromper les consommateurs.
- La faiblesse et le non-respect des engagements et des conventions.
- Les conflits. Une anecdote mérite d’être contée. J’ai eu l’occasion, il y a quelques années, de former dans le cadre de l’INDH des coopératives féminines du sud du Maroc spécialisées dans la fabrication de couscous. A l’issue de la formation, j’ai pris l’engagement qu’elles viennent à Rabat pour rencontrer un industriel. Ce dernier a pris en charge le voyage et le séjour des coopératrices. L’engagement a été pris qu’elles lui livrent chaque mois une tonne de couscous. Superbe  initiative car elles étaient désormais assurées d’un débouché régulier et d’un revenu permanent. En téléphonant à la coopérative, j’ai appris qu’elles étaient en proie à des conflits interminables, que la présidente avait démissionné et que le projet était à l’eau. Imaginez ces conflits à l’échelle nationale et à quel point le système économique était miné par les litiges et complétement paralysé.

                                                                       

amartya-sen-livres-097.jpg

Le Pr. Hamimaz cite le prix Nobel Amartya Sen comme un des plus grands inspirateurs de développement par les «capabilities» (les capacités) de développement que peut acquérir une personne qui vit dans une société empreinte de justice et d’information. Ce livre est téléchargeable gratuitement. On peut aussi se reporter à une publication dans la revue F&D du FMI, «La liberté source de développement» (Ph. Champs)

Le prix Nobel, Amartya Sen estime que l’Etat doit dans une certaine mesure perdre son monopole de l’action sociale. Il montre que dans la lutte contre la famine, c’est une intervention combinée de l’Etat et d’entités privées, sociales et médiatiques, agissant dans un contexte de liberté politique, qui permet d’éliminer à très faible coût ce fléau.

Sen montre l’indiscutable nécessité des organisations non gouvernementales qui poursuivent des objectifs de lutte contre la pauvreté et l’exclusion, de promotion des droits de l’homme, de justice sociale, etc., sous n’importe quelle latitude. Par rapport à l’objectif de développement humain, ces entités «privées» sont pour lui des «producteurs d’utilité sociale» aussi nécessaires et contributives au développement que les entreprises économiques à fin lucrative. Pour Sen, développer, c’est rendre les gens libres et capables d’agir. On parlera en anglais de «capabilities».

Le développement peut être considéré comme le processus par lequel les libertés réelles des personnes s’accroissent. C’est en poursuivant les libertés politiques, sociales et économiques que l’on promeut une société dans laquelle chaque personne peut être l’agent de la formulation et de la réalisation des valeurs qu’elle poursuit, ainsi que son bénéficiaire.

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc