×
  • L'Editorial
  • régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Le prix de L’Economiste pour la recherche en économie, gestion et droit
    Economie

    CESE/Modèle de développement: Ce que veulent réellement les citoyens

    Par Tilila EL GHOUARI | Edition N°:5665 Le 30/12/2019 | Partager
    ahmed-reda-chami-065.jpg

    Ahmed Réda Chami, président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), est également membre de la Commission spéciale sur le modèle de développement (Ph. L'Economiste)

    Le dernier rapport du Conseil économique, social et environnemental (CESE), rendu public jeudi dernier, présente sa contribution au chantier de réflexion autour du nouveau modèle de développement.

    Un travail qui a mobilisé 58 experts, organismes et institutions et une consultation en ligne de plus de 5.800 citoyens. Le rapport propose 9 grands choix, regroupés en 4 grandes catégories, dont découlent plus de 180 actions. La mise en œuvre de ces actions pourrait, selon le Conseil présidé par Ahmed Réda Chami, se concrétiser sur les 5 prochaines années. Mais cela nécessite une forte mobilisation et implication des institutions et parties prenantes.

    «La consultation des citoyens fait ressortir l’existence d’une prédisposition réelle de renouer les liens de confiance dans les institutions et surtout une envie, voire un besoin, de croire au changement», souligne le rapport. Reste à sortir du carcan actuel de l’administration...

    ■ Enseignement: Un système centré sur l’apprenant et valorisant  les enseignants
    Le Conseil propose d’adopter un système basé sur la responsabilisation et la motivation des acteurs en faisant des académies et des universités des entités autonomes (gestion du budget, recrutement...), mais aussi en impliquant les étudiants, les parents et les collectivités locales. Pour les enseignants, il préconise un modèle de gestion de carrière dynamique, transparent et basé sur la méritocratie. Le CESE croit qu’il faut définir un référentiel des compétences, aligné sur les meilleurs standards internationaux et un dispositif d’évaluation des acquis inspiré des tests standardisés (PISA, PIRLS, TIMSS...), mais également d’élargir les missions de l'Instance nationale d'évaluation du système d'éducation (INE) au suivi de la mise en œuvre de la réforme du secteur avec la production d’un rapport annuel portant constats et recommandations opérationnelles.
    Parmi les actions déclinées, la généralisation du digital avec un objectif de trois ans pour mettre en ligne la majorité des cours et des exercices des différents niveaux scolaires, l’augmentation des passerelles entre le système d’enseignement général et celui de la formation professionnelle, et la diversification des opportunités en dédiant au moins 20% des programmes scolaires aux activités artistiques, sportives et citoyennes. Le CESE estime aussi que 10 années sont suffisantes pour éradiquer l’analphabétisme et passer en deçà de 5% à travers, entre autres, la multiplication des écoles de la deuxième chance. 

    ■ Le choc entrepreneurial
    Pour réussir ce challenge, le Conseil signale qu’il faudrait se donner les moyens d’atteindre rapidement près de 10 milliards de DH par an à engager par le budget et près de 40 milliards de DH sous forme de garanties publiques aux prêts bancaires. «Cet accompagnement sera destiné à tous les secteurs pour qu’ils soient en mesure de saisir l’ensemble des opportunités de création de valeur à travers l’innovation», souligne le rapport. Aussi, privilégie-t-il le lancement d’un programme visant à faire émerger 30.000 PME sur une durée de 5 ans, la mise en œuvre d’un programme massif de créations de 10.000 TPE par an, mais aussi le lancement par Maroc PME de programmes à l’échelle des régions pour accompagner 1.000 entreprises/an. Il recommande également d’accélérer le programme de soutien aux startups innovantes «Innov Invest» afin de mobiliser un montant global d’au moins 1 milliard de DH/an.  
    Dans le but de libérer complètement l’initiative économique, le Conseil présidé par Chami souligne sur «la mise à plat de l’ensemble des procédures administratives liées à l’activité économique avec comme objectif la suppression de 90% des autorisations et permis pour les remplacer par des cahiers des charges et une simple obligation de déclaration». Il insiste aussi sur la dématérialisation complète de l’ensemble des interactions avec l’administration, et ce en 3 ans. Par ailleurs, pour accompagner la montée en gamme de l’économie, le Maroc doit plus investir en matière de R&D, en lui dédiant 3% du PIB sur 10 ans au lieu des 0,8% actuels.

    ■ Plus de droits et d’autonomie pour les femmes
    Le rapport insiste sur la nécessité d’introduire des mécanismes incitatifs pour favoriser la mixité en entreprise (fiscalité, subventions…) avec une proportion minimale de 30% de femmes à tous les niveaux de responsabilité. Pour faciliter l’emploi féminin, le CESE recommande d’amorcer un plan national d’ouverture de crèches publiques ou en entreprises dans l’ensemble du territoire. Il est aussi proposé d’éliminer toutes formes de discriminations et de stéréotypes fondés sur le genre au niveau des manuels scolaires et des médias. Enfin, pour protéger les femmes contre le harcèlement moral et sexuel, il faudrait renforcer le cadre juridique en établissant des procédures de plaintes visibles et accessibles contre toutes les formes de traitement dégradant ou discriminant à l’encontre des femmes.

    ■ Un monde rural connecté et attractif
    Pour cela, il est primordial d’inscrire la ruralité dans la politique publique d’aménagement du territoire en dotant chaque région, dans un délai de 3 ans, d’un plan d’aménagement des espaces ruraux, des centres ruraux et périurbains. Il est aussi important de créer des opportunités en développant de nouveaux secteurs pourvoyeurs de richesse et d’emploi.  Allusion est faite à l’éco-tourisme, la valorisation des produits du terroir, les services liés à l’agriculture et au commerce ainsi que les activités manufacturières (agro-industrie, textile, artisanat…). Le rapport propose aussi de mettre en place un plan de digitalisation du secteur agricole en incitant les startups «Agritechs» à se développer en milieu rural.

    ■ AMO pour tous
    Afin de préserver tous les citoyens de la précarité, le CESE propose d’unifier les régimes obligatoires d’assurance maladie de base en mettant en place un régime national universel de base et de garantir un revenu minimal aux catégories les plus vulnérables (démunis et personnes en situation de handicap).  Il a aussi été recommandé de faire de l'impôt équitable le fondement de la cohésion sociale, et ce en réservant 2 à 4 points de la TVA. L’objectif est de renflouer les caisses du Fonds de solidarité sociale afin de participer au financement de la couverture et des aides sociales.

    ■ Sortir de la logique de fonctionnariat  
    Il faudrait pour cela délimiter et renforcer les responsabilités pour rendre effective la reddition des comptes en institutionnalisant l’instance permanente auprès du chef du gouvernement chargée du suivi et de l’évaluation des actions gouvernementales et des grands projets structurants. L’autre axe majeur est de remobiliser les fonctionnaires autour de leurs missions. Les RH doivent s’extirper de leur logique conservatrice et conforme aux procédures pour s’inscrire dans une culture de performance et d’innovation. Le CESE insiste aussi sur le renforcement du sentiment d’appartenance des employés du public et la méritocratie. Par ailleurs, il propose de mettre en place au niveau national une «Delivery unit» relevant de l’institution du chef du gouvernement qui sera chargée d’appuyer l’implémentation accélérée des chantiers prioritaires.

    ■ Préservation des richesses naturelles  
    Afin de favoriser une croissance durable, le CESE préconise, entre autres, la mise en place d’un référentiel national de la comptabilité de l’eau qui reflète les coûts réels par bassin hydraulique versant. «Ce qui assurera une solidarité régionale et sociale à travers un ciblage pointu des subventions publiques au secteur et en optimisant les capacités d’autofinancement des régions». Parmi les nombreuses actions, certaines sont prioritaires, comme la généralisation du dessalement de l’eau de mer pour les zones côtières et la réutilisation des eaux usées épurées. Deux objectifs stratégiques sont aussi proposés: assurer une gouvernance intégrée et soutenable à long terme des ressources naturelles et des écosystèmes fragiles, et mettre en œuvre des engagements internationaux du Maroc en matière de lutte contre les effets des changements climatiques.

    Sus aux privilèges et aux rentes

    Parmi les grandes faiblesses du modèle économique actuel, c’est la prédominance des privilèges et l’absence d’une concurrence saine. Afin de favoriser l’investissement productif efficient et réduire les inégalités, le CESE insiste sur l’importance de mettre à plat les dérogations et les niches rentières et de sanctionner sévèrement la corruption et le contournement des règles de la concurrence loyale. Il préconise aussi de  surtaxer l’accumulation du capital non productif pour lutter contre les activités de spéculation.

                                                                   

    Santé, justice, transport, logement...

    Avec seulement 7,3 médecins pour 10.000 habitants, l’offre d’un service de santé de qualité reste défaillante. Ainsi le Conseil préconise de doubler le nombre de diplômés, et d’augmenter celui des infirmiers et personnel paramédical pour atteindre les niveaux recommandés par l’OMS qui est de 23 médecins, infirmiers et sages-femmes pour 10.000 habitants. Il insiste aussi sur la création de CHU dans chacune des 12 régions et à accorder une plus large marge de manœuvre aux directeurs régionaux de la santé.

    Afin de désenclaver les zones isolées et optimiser l’expansion des villes, il est recommandé de mettre en place des lignes de transport public de masse et de renforcer le maillage ferroviaire du territoire. Par ailleurs, pour garantir l’accès à un logement décent à tous, le CESE propose, entre autres, d’appliquer des prix abordables à travers l’augmentation de l’offre foncière, une meilleure planification urbaine et une réorientation des impôts locaux.

    Mais aussi de procéder à une évaluation des impacts socioéconomiques des mesures incitatives accordées aux promoteurs immobiliers dans le cadre du logement social.  La culture et le sport ne sont pas en reste. Le Conseil insiste sur leurs  importances et propose la création de lieux de vie à vocation culturelle, accessibles à l’ensemble de la population ou encore le développement d’infra-structures sportives à travers un partenariat entre les institutions publiques et les organismes sportifs. 

    Dans le domaine pénal, il a été préconisé d’opter pour des mesures alternatives aux peines privatives de liberté et qui visent la réparation et la reconnaissance de la responsabilité, ainsi que le renforcement de la transparence de la justice.

    T.E.G.

     

     

     

     

    Tilila EL GHOUARI

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc