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    International

    Comment nourrir l’Afrique durablement

    Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5629 Le 05/11/2019 | Partager
    Le Maroc abrite la 2e confé­rence sur le triple AAA
    Gestion des terres, de l’eau et moyens de financement au coeur des débats
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    L’initiative pour l’adaptation de l’agriculture africaine au climat accroche. Lors de la COP20 à Lima (2014), les négociateurs décident d’un diagnostic sur l’agriculture africaine. Le Maroc s’empare du sujet dans une volonté de coopération entre pays du Sud. En 2016, l’AAA est créée au Salon international de l’agriculture de Meknès avec l’adhésion de 13 pays africains et 2 européens: la France et l’Espagne (Ph. AFP)

    Comment sécuriser l’alimentation tout en préservant l’environnement. C’est le défi que les ministres de l’Agriculture du continent africain vont tenter de rele­ver (voir encadré). Il y a urgence, selon les experts: l’Afrique risque de connaître d’ici à 2050 une baisse de 20% de ses ren­dements agricoles avec la dégradation des sols et la désertification provoquées par des manifestations extrêmes: inondations et sécheresses. Dans le même temps, sa population pourrait doubler.

    «L’Afrique est victime de chocs clima­tiques répétés», relève Seyni Nafo, am­bassadeur des pays africains auprès des conférences internationales sur le climat, les COP, relayé par l’AFP. Derniers exemples en date: depuis la semaine dernière, une partie de la Centra­frique est noyée sous les inondations. En même temps, en Afrique australe, la séche­resse fait planer une menace de famine sur 45 millions de personnes, avait indiqué en fin de semaine dernière la FAO.

    «Six des dix pays les plus vulné­rables au climat sont situés en Afrique, qui possède par ailleurs deux tiers des terres arables disponibles dans le monde»,  constate Nafo, également secrétaire géné­ral de la fondation AAA (Adaptation de l’agriculture africaine au changement cli­matique).

    L’augmentation de la production agricole et alimentaire est d’autant plus cruciale que les disettes engendrent dé­placements de population, violences et bouleversements politiques. Au Soudan, les premières manifestations début 2019 sont venues d’un triplement du prix du pain et d’une pénurie de farine.

    En Afrique subsaharienne, les premiers exodes massifs de Touaregs du nord du Mali ont eu lieu après de grandes séche­resses et une dégradation des ressources naturelles dans les années 1970, rappelle le secrétaire général de la fondation triple A.

    Par ailleurs, aucune solution durable ne pourra être trouvée au Sahel, frappé par une montée des conflits intercommunau­taires (sédentaires contre nomades notam­ment), en plus d’une flambée de violences jihadistes, si on ne traite pas la question de fond de la production agricole, relève un expert de l’Agence française du déve­loppement (AFD),  également relayé par l’AFP. «Il faut rendre l’agriculture et l’élevage plus résilients au climat, sinon on va au devant de grandes catastrophes. L’option militaire ne peut pas être une solution unique», ajoute Nafo.

    Selon lui, l’intégrisme religieux et le jihadisme ont leur propre dynamique, mais la pression sur les ressources comme au lac Tchad par exemple, qui a beaucoup rétréci en 40 ans, constitue un terreau fer­tile pour la violence et pour les migrations de population.

    La revendication africaine de dévelop­per son agriculture se fonde aussi sur le fait que le continent émet beaucoup moins de gaz à effet de serre que les autres: à peine 4% du total mondial.

    A quelques semaines de la prochaine conférence sur le climat, COP25, qui aura lieu du 2 au 13 décembre à Madrid, les débats, auxquels participent aussi bailleurs de fonds internationaux, scientifiques et ONG, porteront sur quatre grands thèmes. La gestion des sols ou comment retenir le carbone tout en améliorant la fertilité des terres dégradées. Le deuxième axe concerne la gestion des ressources en eau.

    Principalement à travers la micro-ir­rigation pour améliorer les rendements, y compris sur de toutes petites exploitations familiales, les plus vulnérables au chan­gement climatique. En troisième lieu, il s’agit d’optimiser les risques climatiques via des systèmes d’alerte précoce recou­rant au numérique, aussi bien pour la pro­duction que pour la gestion des récoltes et leur commercialisation.

    Le 4e thème tient à l’accès au finan­cement des agriculteurs, via notamment la bancarisation mobile, et des Etats par le biais de la finance verte et l’émission possible d’obligations vertes pour financer des investissements durables. Quatre pays ont déjà élaboré des plans d’investissements prioritaires, de 300 à 400 millions de dollars chacun: Côte d’Ivoire, Mali, Maroc et Zambie.

    Experts et bailleurs de fonds en concertation

    La ville de Benguérir a abrité, les 4 et 5 novembre, la 2e Conférence ministé­rielle annuelle de l’Initiative africaine d’adaptation aux changements climatiques (Initiative AAA). Une solution à fort potentiel pour lutter contre l’insécurité ali­mentaire et le changement climatique en Afrique. Cette conférence d’envergure internationale a réuni les ministres et représentants de gouvernements africains, d’institutions financières internationales (Banque mondiale, FAO, BAD), de dona­teurs, du secteur privé, d’universités et de scientifiques. Lancée au Maroc en 2016 lors de la COP22, l’Initiative AAA est née avec la conscience qu’en Afrique, les questions liées à l’adaptation au changement climatique et au monde agricole ne sont guère prises en compte dans les négociations internationales et l’allocation de fonds. Dans la déclaration de Marrakech, les participants ont alors unanimement pris l’engagement de soutenir le projet.

    A.G.

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