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    Analyse

    Enseignement: Qu’a-t-on accompli depuis 2015?

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5574 Le 15/08/2019 | Partager

    Quatre ans se sont écoulés depuis le lancement de la vision stratégique pour l’enseignement en 2015. Cette phase est essentielle, car elle est censée poser les bases d’une réforme profonde et durable. Quelques graines ont été plantées, mais pour les résultats, il faudra attendre quelques années. Le ministre de l’Education nationale, Saaïd Amzazi, nous livre le bilan de ces quatre ans, mine de rien, riches en initiatives.

    ■ Pour la première fois, une loi-cadre
    Le 22 juillet 2019, une date historique. Celle de l’adoption du projet de loi-cadre pour l’enseignement en session plénière à la première Chambre. Après un blocage de plusieurs mois au Parlement par les députés du PJD, opposés à l’enseignement des matières scientifiques en langues étrangères, le texte atterrit enfin à la deuxième Chambre le 23 juillet. Il devrait être publié au BO d’ici la rentrée.     
    Ces vingt dernières années, une vingtaine de ministres, ministres délégués et secrétaires d’Etat (parfois sans réelles prérogatives) ont été responsables du système de l’enseignement. Les mandats étaient trop courts, et chaque changement de ministre était synonyme d’une remise à zéro des projets. Rares sont ceux qui ont capitalisé sur les efforts de leurs prédécesseurs. D’où l’importance d’un cadre juridique garantissant la pérennité des actions, quelles que soient les équipes ou les influences politiques en place. C’est en 2015 que SM le Roi a demandé au gouvernement d’élaborer une loi-cadre, sur la base de la vision stratégique 2030. Une vision que le Souverain avait lui-même commandée au Conseil supérieur de l’éducation, un an plus tôt. Le texte est conçu en janvier 2016, date à laquelle il est remis au Conseil pour avis. Le blocage politique de l’ère Benkirane retardera le projet de loi qui ne sera présenté au conseil de gouvernement qu’en janvier 2018.

    ■ Les quatre amendements du nouveau ministre
    Saaïd Amzazi est nommé à la tête de l’Education nationale le 22 janvier 2018, juste au moment où la loi cadre devait passer en conseil des ministres. Le Roi a, toutefois, décidé de reporter le projet, le temps que le nouveau ministre puisse en prendre acte. Amzazi proposera ainsi quatre amendements qui seront tous adoptés: Valorisation des symboles de la nation à l’école, en rendant obligatoire l’hymne national et le salut au drapeau deux fois par semaine, généralisation du préscolaire dès l’âge de 3 ans à la fin de la phase de généralisation pour les 4-5 ans, orientation précoce vers la formation professionnelle, dès la dernière année du primaire, en fonction des aptitudes des élèves,  et enfin, reconfiguration de l’alternance linguistique. Il s’agit de passer d’une alternance linguistique au sein d’une même matière, tel que préconisé par la vision 2030, à une alternance qui s’opère entre matières. «Selon les spécialistes, quand plusieurs langues sont utilisées dans une seule matière, les élèves n’en maîtrisent finalement aucune», explique le ministre. «J’ai donc proposé que les matières scientifiques soient enseignées à part entière en langues étrangères. La langue arabe, quant à elle, demeure la langue principale d’enseignement. Notre constitution a clairement tranché cette question de la hiérarchisation des langues officielles versus étrangères, et ne laisse aucune place à la polémique», poursuit-il. Le 20 août 2018, il présente le texte final en conseil des ministres qui l’adopte. Le 5 septembre, le chef du gouvernement le soumet à la chambre des représentants.

    ■ Formation des enseignants: Fini le modèle «cocotte minute»!
    La qualité du système éducatif ne saurait dépasser celle de ses enseignants, dirait la Banque mondiale. Or, à force de recruter des profils très faiblement, voire, pas du tout formés, y compris parmi des diplômés chômeurs, le Maroc a constitué un stock de profs dont le niveau est pour le moins préoccupant (voir illustration).
    Durant la crise des classes encombrées, 35.000 licenciés ont été recrutés en 2016 et 2017. Ils ont reçu des formations de 2 semaines à deux mois avant de rejoindre les classes. A partir de 2018, les 20.000 licenciés embauchés ont pu bénéficier d’un accompagnement d’une année, comprenant 7 mois en présentiel et 5 mois à distance. C’est également le cas pour les 15.000 recrues de 2019. En juin 2018, le ministère s’est fixé un objectif ambitieux: Un plan de formation renforcée de 200.000 enseignants d’ici 2030. «Ils sont désormais soumis à une sélection dès le bac. Ils rejoignent une nouvelle mouture de formation initiale, comprenant 3 ans en licence ès sciences de l’éducation, et 2 ans au sein des CRMEF, avec des stages dans les établissements scolaires», explique Amzazi. «Ils se voient dispenser, en plus des modules disciplinaires, des modules en sciences de l’éducation dès leur premier semestre de cours. C’est là une véritable innovation, car la pédagogie et les diverses branches des sciences de l’éducation constituent le fondement même du métier d’enseignant», insiste-t-il. En 2018-2019, le démarrage du dispositif s’est fait en douceur. Moins de 1.700 étudiants se sont inscrits en licence ès sciences de l’éducation. Cette année, le ministère espère monter la cadence.

    ■ Abandon scolaire: Gros appui social pour les familles
    Les décrochages scolaires ont certes reculé ces dernières années. Ils sont passés de 445.000 en 2009 à 315.000 en 2018. Mais leur niveau reste trop élevé. Améliorer l’environnement social des élèves permettrait de lutter efficacement contre ces abandons, selon la Banque mondiale. Le Maroc y investit depuis 2008, date à laquelle SM le Roi a lancé deux programmes phares: Un Million de cartables, offrant des fournitures scolaires aux élèves démunis, et Tayssir, proposant une subvention conditionnée par le maintien des enfants à l’école. En 2018, le Roi annonce le renforcement de l’appui social aux familles: le nombre de bénéficiaires de Tayssir triple, passant de 700.000 à 2,1 millions. Le budget lui, quadruple, passant de 500 millions à 2,1 milliards de DH. Les arriérés (de 2 ans en 2018!) ont été liquidés. Le ministère assure que les parents seront payés dans les temps.
    Les repas dans les cantines scolaires montent de 1,1 million à 1,4 million, avec un budget additionnel de 540 millions de DH par an. Le programme 1 Million de cartables est, lui, aujourd’hui à 4,3 millions de cartables. «Nos évaluations ont démontré que le fait de bénéficier de 2 à 3 de ces dispositifs, simultanément, permet de réduire sensiblement le taux de décrochage», assure Saaïd Amzazi.  

    ■ Nouveau critère de ciblage pour Tayssir
    Au lieu du ciblage géographique, l’Education nationale se base, depuis 2018, sur l’affiliation au Ramed pour octroyer la subvention Tayssir aux parents d’élèves démunis (60 à 140 DH par mois et par enfant, selon les niveaux). Dans le rural, Tayssir bénéficie aux élèves du primaire et du collège, car les taux d’abandon y sont importants, avec respectivement, 5 et 10% par an. En milieu urbain, seul le collège est concerné, puisqu’au primaire le décrochage y est limité (0,6%). Dès 2020, le registre social unique, actuellement en développement par le ministère de l’Intérieur, permettra un ciblage encore plus pointu.  

    ■ Les effectifs des classes internationales du bac triplés
    C’est l’une des rares success stories du secteur. Les lauréats des parcours internationaux du baccalauréat ont réussi à plus de 97% leur examen final cette année, un record, en comparaison avec les 78 % de taux de réussite du baccalauréat général. Saaïd Amzazi, marchant sur les pas de son prédécesseur, Mohamed Hassad, a décidé d’étendre davantage ce parcours au collège. Il y a deux ans, près de 80.000 élèves étaient inscrits dans cette branche, où les matières scientifiques sont enseignées en langues étrangères. Lors de la rentrée précédente, l’effectif avait atteint 218.000. 

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    La réforme pédagogique est plus qu’urgente. Les deux tiers des élèves du primaire ne possèdent pas les compétences élémentaires en lecture et compréhension, alors que la moyenne internationale est de seulement 4%. C’est à se demander à quoi sert l’école primaire marocaine

     

    ■ Les profs de sciences réapprennent le français
    L’Education nationale ne dispose pas de suffisamment de profs à même d’enseigner les matières scientifiques en langues étrangères. Un programme de formation d’enseignants des maths, physique-chimie et SVT en français et en anglais a donc été lancé. Quelque 4.000 sont actuellement formés en français. Les cours d’anglais démarreront dans toutes les académies régionales à la rentrée.   

    ■ Les écoles de la 2e chance font peau neuve
    Le modèle d’écoles de la deuxième chance lancé dans les années 90 a démontré ses limites. Dans un rapport, le Conseil supérieur de l’éducation avait recommandé son arrêt pur et simple, car peu efficace. «Nous avons adopté une nouvelle approche, ciblant les adolescents de 13 ans ayant quitté le collège, et les 15 ans et plus, avec un cursus scolaire, des activités d’épanouissement, artistiques et culturelles, et une ouverture professionnelle», explique le ministre de l’Education nationale. Les jeunes peuvent ensuite être soit re-scolarisés, soit orientés vers la formation professionnelle ou vers le marché du travail, en fonction de leurs aspirations et de leur potentiel. En 2018, il existait 11 écoles de la deuxième chance nouvelle génération gérées par les académies régionales, et 16 par des ONG.

    ■ Handicap: Enfin une école pour tous!
    Les classes d’éducation inclusive pour enfants handicapés dans les écoles, c’est fini. «C’est désormais l’école entière qui devient inclusive, en permettant à ces enfants d’intégrer des classes ordinaires. Nous avons à cet effet lancé, le 26 juin dernier, le Programme national d’éducation inclusive, avec pour ambition de scolariser tous les enfants qui peuvent l’être d’ici 2030», confie Saaïd Amzazi. Plus question donc de «classes inclusives» rassemblant des enfants en situation de handicap, mais «d’écoles inclusives» où tous les élèves peuvent se côtoyer et faire leurs études ensemble, dans les mêmes salles de cours. Le chantier n’est pas évident, parce qu’il faudra adapter les programmes et former les enseignants. «Tous les handicaps ne sont pas visibles, comme la dyslexie. Le diagnostic précoce étant déterminant, il fera donc l’objet  d’un dispositif spécifique, qui sera mis en place dans le cadre de la santé scolaire», annonce le ministre. Les enfants avec des handicaps lourds, eux, seront pris en charge par les centres du département de la Solidarité. Dans les écoles privées, la situation risque d’être compliquée, car pour aménager leurs infrastructures et former leurs ressources humaines, ces établissements devront déployer des investissements conséquents. 

    ■ La première filière sport-études
    A la rentrée, des lycéens pourront, pour la première fois, suivre une filière sport-études, leur permettant de vivre leur passion pour le sport tout en accomplissant un parcours scolaire normal. Trois lycées ont été aménagés dans trois villes: Casablanca, Rabat et Tanger.    

    ■ Environnement: 400 établissements à labelliser par an
    Le chantier de la réforme de l’école est aussi environnemental. Sur environ 7.500 établissements primaires, 1.800 sont aujourd’hui labellisés «éco-écoles», dans le cadre d’un programme lancé avec la fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement. Les écoles labellisées répondent à un cahier des charges précis en matière de sensibilisation des enfants au respect de l’environnement, récupération des eaux de pluie, tri sélectif… Avec la fondation, le ministère souhaite passer à 400 labels par an.

                                                                  

    ■ 100 écoles construites par an!

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    De 2015 à 2019, quelque 400 écoles, collèges et lycées ont été édifiés, soit une centaine par an. «C’est un investissement colossal, et un appui à la scolarisation inédit», souligne le ministre de l’Eduction nationale, qui a particulièrement mis l’accent sur la construction des écoles communautaires en milieu rural, intégrant une cantine, un internat, des logements pour les enseignants… De 2009 à 2017, près de 135 ont été bâties. «Je me suis engagé à accélérer le rythme, en construisant 150 de plus entre 2018 et 2021», confie Saaïd Amzazi. Le modèle permettra à plus d’enfants ruraux de rester à l’école. Mais il faudra, aussi, investir dans le transport rural pour les 6-10 ans, ne pouvant s’installer dans des internats.  

     

                                                                  

    ■ Préscolaire: La généralisation en route, après 20 ans d’attente

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    Le visage a été modifié

    L’une des plus grandes erreurs commises dans le secteur a été de négliger le préscolaire, un cycle qui conditionne la réussite de tout le parcours scolaire des enfants. Moins de la moitié des 4-5 ans sont aujourd’hui préscolarisés, soit environ 690.000, dont plus de la moitié dans des modèles traditionnels. Le projet de généralisation de ce cycle n’a été lancé qu’en juillet 2018, alors que la loi le concernant a été adoptée en 2000. «Nous disposons désormais d’un cadre curriculaire et nous formons des éducatrices afin d’instaurer un préscolaire de qualité», se réjouit Saaïd Amzazi. «En 2018-2019, nous nous sommes fixé comme objectif l’ouverture de 4.000 classes. Nous en avons finalement lancé 5.800. Cela a permis de préscolariser plus de 100.000 enfants cette année. Un budget considérable, de 1,35 milliard de DH, a été mobilisé pour réaliser cette prouesse», précise-t-il. L’INDH a également investi dans le secteur, notamment dans le rural. D’ici 2027, l’on espère préscolariser 100% des enfants de 4 ans.

                                                                  

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    Le rapport de l’Observatoire national du développement humain et de la Banque mondiale de 2018 a dressé un diagnostic préoccupant des compétences des enseignants. Très peu possèdent les connaissances minimales dans les matières qu’ils enseignent

                                                                  

    ■ Pédagogie: Les approches diversifiées

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    Si sur le plan des infrastructures, des avancées ont été réalisées, il n’en a pas été de même côté qualité de l’offre pédagogique. A partir de 2016, le ministère de l’Education nationale a commencé à travailler sur de nouvelles approches pour préparer la réforme des curricula. «Avec les Japonais, nous travaillons sur la pédagogie de l’erreur en mathématiques, et sur la pédagogie d’investigation en sciences. Avec l’USAID, nous nous penchons sur la lecture précoce et la méthode syllabique en arabe. Avec les partenaires français, nous avons mis en place l’enseignement du français dès la 1e année du primaire, et nous travaillons sur la qualification linguistique des enseignants des matières scientifiques. En parallèle, avec le Millenium Challenge Corporation (MCC), nous travaillons sur la formation des enseignants dans différentes disciplines», détaille Saaïd Amzazi. L’année écoulée, les manuels de 1e et 2e année scolaire ont été modifiés pour intégrer ces nouveautés. A la prochaine rentrée, ce sera au tour de ceux de 3e et 4e année. Les curricula de la 5e et 6e année, eux, changeront en 2020-2021. Une convention de financement vient, en outre, d’être signée avec la Banque mondiale, de 5 milliards de DH sur 5 ans. Elle porte sur la formation des enseignants, le préscolaire et l’amélioration de la gouvernance des académies.

                                                                  

    ■ Le numérique devient obligatoire

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    Grâce au programme GENIE, lancé en 2006, près de 87% des établissements scolaires sont aujourd’hui équipés en salles et valises multimédias, et 85% sont connectés à internet. Mais l’usage du numérique par les enseignants reste optionnel. Le ministre de l’Education nationale souhaite le rendre obligatoire. La mesure rentrera en vigueur à la rentrée. Dans le rural, les écoles sont moins équipées et moins connectées. L’électrification prochaine de quelque 7.000 classes permettra au ministère de les doter d’une connexion. Dans le rural, l’opération est coûteuse: 1.400 DH par point de connexion.

    Ahlam NAZIH

     

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