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    Enseignants contractuels: Sortir du statut de «fonctionnaires-rentiers»

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5476 Le 19/03/2019 | Partager
    Même après avoir reçu tous leurs droits, le bras de fer avec leur tutelle continue
    Ils restent obnubilés par le statut de la fonction publique
    Une majorité de profils sous-qualifiés et désengagés!
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    Les notes des enseignants évalués par l’enquête de l’ONDH de 2017 montrent de faibles performances en langues et pédagogie. Les maths sont la seule discipline où ils arrivent à décrocher une moyenne supérieure à 80% 

    Certes, gouvernement et ministère ont improvisé en matière de recrutement des enseignants (voir article précédent). Mais avec les amendements du nouveau statut pour le recrutement du personnel des Académies régionales de l’éducation et de la formation (Aref), les profs contractuels accèdent désormais à tous les droits et avantages de leurs collègues de la fonction publique.

    Pourquoi donc professeurs et instituteurs contractuels s’attachent-ils mordicus à la fonction publique, en prenant en otage leurs élèves à travers des grèves?

    La posture du fonctionnaire peinard, vivant aux crochets de l’Etat, quelle que soit sa performance, continue de faire fantasmer. Cette obsession est même transmise de génération en génération. Une étude socioéducative réalisée par le groupe L’Etudiant marocain en 2015, en partenariat avec HEM et l’Education nationale, auprès de 5.236 candidats au bac, avait révélé que près de 6 sur dix rêvaient de devenir… fonctionnaires!

    «S’il y a une économie de la rente qui ravage le système d’enseignement de façon directe, c’est bien celle des fonctionnaires et des enseignants qui reçoivent des rémunérations sans produire la valeur ajoutée attendue», estime Abdelilah Kamal, enseignant-chercheur, dans un article publié dans la revue du Conseil supérieur de l’éducation, Al-Madrassa Al Maghribia (N°9, novembre 2018).

    Et pour cause, «un niveau de compétence trop bas par rapport aux attentes et aux normes observées dans des pays à développement équivalent», et «un niveau d’engagement très faible dans les projets des établissements».

    En effet, l’enquête menée en 2017 par l’Observatoire national du développement humain (ONDH), en partenariat avec la Banque mondiale, auprès de 1.274 enseignants et 2.908 élèves de 4e année du primaire relevant de 300 écoles, avait montré leur niveau catastrophique (voir L’Economiste N° 5292 du 12 juin 2018). Les profs évalués ont obtenu des notes médiocres à moyennes, soit 3,5/10 en pédagogie, 4/10 en français et  5,5/10 en arabe.

    La performance des contractuels, peu expérimentés et faiblement formés, est sans doute plus critique. Par ailleurs, la majorité est démotivée et désengagée. Elle n’a choisi l’enseignement que pour échapper au chômage.

    «Les enseignants s’apparentent à des fonctionnaires rentiers plus qu’à des missionnaires assumant une responsabilité historique dans l’orientation que prendra le pays les années à venir», estime Abdelilah Kamal. Comment compter sur un corps pédagogique aussi peu qualifié pour décliner la réforme 2015-2030?

    «La formation des enseignants est le véritable pilier de l’école», reconnaît le ministre de l’Education nationale, Saaïd Amzazi. C’est la raison pour laquelle il a initié à la dernière rentrée les licences en sciences de l’éducation. «Ce modèle permettra de ne prendre que ceux qui justifient d’une véritable vocation pour l’enseignement», insiste-t-il.

    La licence sera complétée par deux années de formation dans les Centres régionaux des métiers de l’éducation et de la formation (CRMEF). Soit un total de cinq ans. Cela reste, toutefois, insuffisant, sans un système solide de formation continue, actuellement très réduite, et des motivations alléchantes pour les meilleures compétences. En fait, toute la politique de sélection, recrutement, formation et rémunération des enseignants gagnerait à être revue en profondeur.

    Se débarrasser progressivement des bras cassés

    La principale porte d’entrée pour la réforme du système d’enseignement au Maroc est l’enseignant. Abdelilah Kamal, enseignant-chercheur, en est convaincu. Pour lui, des actions dans le cadre d’une réforme «révolutionnaire» devraient être prises. Parmi elles, des formations, initiale et continue, obligatoires des enseignants avec des certifications graduées. Ensuite, le renvoi progressif de toute personne incapable d’atteindre les niveaux requis pour assurer sa mission d’enseignement, et ce, après épuisement des processus d’encadrement et de formation. En parallèle, l’instauration d’un système d’évaluation généralisé, afin de lier une partie de la rémunération, des profs et directeurs d’établissement, avec l’efficacité de leurs prestations. Enfin, une rétribution suffisamment importante pour attirer les meilleurs cadres.

    Ahlam NAZIH

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