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    Société

    Enfants, jeunes et médias: La grande crise de «croissance»

    Par Tilila EL GHOUARI | Edition N°:5464 Le 01/03/2019 | Partager
    Peu de contenus adaptés et attractifs dédiés
    L'Unicef dévoile une étude sur le traitement médiatique et les modes de consommation
    Amélioration de la production, formation, éducation aux médias... les leviers à activer
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    Les médias favoris des millennials sont la télévision et la presse digitale, suivies de loin par la presse écrite et la radio. Pour ce qui est du temps de consommation, 18% des jeunes disent regarder leur TV entre 1 à 4 heures par jour, et 18% consacrent le même temps pour la presse numérique. En revanche, pour la radio et la presse écrite, seuls 8% des jeunes l’écoutent ou la lisent pour une durée prolongée.

    Avec ses nouveaux référentiels, ses modes de pensées, son ouverture vers le monde, son franc-parler, la jeunesse est de plus en plus au fait de l'évolution de son environnement, de ses droits... Mais elle est encore la grande «délaissée» des médias.

    C'est ce qui est ressorti notamment des débats de la conférence de l'Unicef à l'occasion de la présentation jeudi dernier des résultats de son étude «Enfants, jeunes et médias au Maroc», réalisée par le cabinet Consultor. Une rencontre co-organisée avec le Comité Parité et Diversité de 2M.

    Une étude qui a adopté une démarche à la fois intéressante et innovante en livrant d'abord un tableau de la situation générale des enfants et des jeunes dans les médias et ensuite la manière dont ils les consomment. Une opportunité permettant aux professionnels de disposer d'indicateurs pour un traitement plus adapté dans leur travail au quotidien, estiment les participants.

    «Les conclusions et recommandations de cette étude seront présentées aux décideurs du monde lors de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre prochain», annonce Giovanna Barberis, représentante de l’Unicef au Maroc. C’est dire l’importance et l'enjeu que revêt le sujet. 

    Ainsi, la télévision (83%) et la presse digitale (82%) sont les médias favoris des millennials (les jeunes nés entre 1980-2000). Ils sont suivis par la presse écrite (58%) et la radio avec seulement 46%.

    Près de la moitié des sondés affirme passer moins d’une heure par jour devant leur télévision et 19% entre 1 et 4 heures. Les 30- 34 ans et les femmes sont ceux qui la regardent le plus. Le moment préféré des millennials pour se mettre devant leur TV est en fin de journée. 45% allument leur écran après 19h.

    Toutefois, plus de la moitié (51%) regarde des chaînes étrangères, plus particulièrement les programmes occidentaux (29%). Ils expliquent leur choix par la meilleure qualité artistique de production et de contenu qu’ils y trouvent, mais aussi pour la qualité de la langue et des messages éducatifs qui y sont diffusés. Seul le quart s’intéresse aux chaînes nationales. Le manque d’intérêt est, entre autres, expliqué par le peu de programmes dédiés à l’enfance.

    Sur les 60 JT principaux analysés durant 2017, à peine 73 reportages sur 400 traitent des thématiques en relation avec l’enfant sur un potentiel de 400 reportages, soit 18%. La chaîne Al Aoula est celle qui en diffuse le plus (67%), suivie de 2M (28,7%) et puis Medi1 TV. Les émissions et programmes de télévision diffusés donnent une bonne image de l’enfant, le quart du contenu analysé par les enquêteurs est positif et le taux d’implication des enfants y est de 51%.

    Buzz et sensationnel

    Sans surprise, la presse digitale est elle aussi plébiscitée par les jeunes marocains. Près des ¾ la lisent. Plus de la moitié lui consacrent moins d’une heure, et 18% des millennials sondés confient lui réserver entre 1 heure et 4 heures par jour.

    Pourtant sur ces médias, à peine 14% du contenu relayé est positif. Ils se focalisent davantage sur les faits divers, les infos qui font le buzz et le sensationnel. «Les médias doivent promouvoir la place accordée aux enfants, adolescents et jeunes dans la dynamique sociale dans le pays en les impliquant davantage et en les percevant comme acteurs positifs du changement», insiste Meriem Oudghiri, secrétaire générale de la rédaction de L'Economiste et présidente de l’Union de la presse francophone, section Maroc.

    Par ailleurs, en l’absence de cadre juridique spécifique, les sites électroniques poussent comme des champignons. En 2013, le Maroc comptait 500 sites d’information selon le Livre Blanc pour la promotion de la presse électronique marocaine. En 2018, ils ont été estimés à 5.000, et seulement 254 disposent d’un dépôt légal auprès des Tribunaux du Royaume.

    La préférence des jeunes pour la presse digitale est justifiée par leur forte connectivité. Les deux tiers des jeunes passent plus d’une heure par jour. Le tiers entre 1 à 4 heures et le reliquat plus de 4 heures.

    Le téléphone mobile est le moyen le plus utilisé pour se connecter (68%), suivi de l’ordinateur portable (17%), ordinateur de bureau (9%) et tablette (8%). Seuls 2 sondés sur 10 confient ne pas disposer d’une connexion internet constamment. Sans grande surprise, la première raison qui pousse les jeunes à aller sur Internet est les réseaux sociaux (29%).

    D’ailleurs, l’étude de l’Arab social media report, édité par Dubai School of government en 2017 démontre qu’au Maroc, comme dans le reste des pays arabes les trois principaux réseaux sociaux utilisés sont: Facebook, Twitter et LinkedIn, puis Instagram ces dernières années.

    Toutefois, il est à noter que ce dernier réseau a gagné en notoriété ces deux dernières années, et devrait certainement figurer dans le top 3 maintenant. Selon cette étude, la langue préférée des Marocains sur Facebook est l’arabe avec 70,4% qui publient dans cette langue, suivie  du français (68,46%), l’anglais (15,3%).

    Hormis les réseaux sociaux, l’enquête de l’Unicef relève que 18% des millennials sondés utilisent internet pour des activités d’informations, 15% pour aller sur des sites et publier sur un blog et 12% pour consulter leur messagerie électronique.  

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    Donner les clés pour décrypter

    Pour ce qui est de la presse écrite, 58% des répondants déclarent en lire quotidiennement. Plus du tiers y consacre moins de 1 heure/j. Un jeune sur 10 a une pratique prolongée de la presse (entre 1 à 4h). Par ailleurs, la lecture de la presse écrite est légèrement plus ancrée chez les jeunes hommes que les jeunes femmes. Elle est, cependant, plus faible chez les 15-24 ans.

    Selon la Fédération marocaine des éditeurs de journaux (FMEJ), cette tranche d’âge s’intéresse peu aux hebdomadaires (5%) et aux mensuels (6%) et affiche plus d’intérêt pour la presse quotidienne (11%).

    «Le rôle des médias est capital pour ces jeunes. Nous devons les informer, leur servir de pédagogues, d'accompagnateurs, d'influenceurs d'idées, de marqueur social.... pour faire passer un message intelligible, bien évidemment dans les règles de la déontologie et de l'éthique», souligne Meriem Oudghiri. «Il faut aussi écouter ces jeunes et leur donner les clés pour décrypter l'environnement dans lequel ils évoluent», poursuit-elle.

    La radio boudée

    De son côté, la radio est le support médiatique le moins aimé par les millennials. Plus de la moitié dise ne pas l’écouter, et 19% ne s’y attarde pas plus de 30 minutes. Seul 7% lui consacre une heure et 2% plus d’une heure. Le tiers des sondés affirme allumer leur poste le matin avant 9h, et 16% entre 9h et midi. Près de la moitié écoute la radio via son mobile, plus du quart à la maison, et 18% en voiture.

    Pour l’enquête, 6 radios ont été retenues (selon leur popularité) et 78 émissions analysées. Sur ce panel, 31 programmes traitent des thématiques de l’enfance, soit un pourcentage de 40%. «Ce faible volume de contenus sur cette période estivale indique l’absence d’une programmation dédiée à l’enfance durant cette période de l’année», souligne l’enquête.

    Les médias qui accordent le plus d’intérêt aux thèmes de l’enfance sont Medi 1 radio et Aswat en tête de liste avec 29% chacun. Viennent après, MFM Radio (19%), Radio Mohammed VI (16%), MED Radio (6%), et à la fin HIT radio avec zéro programme dédié. Toutefois, la radio est le premier média où le contenu à tonalité positive l'emporte (29%). Au cours des débats, les participants ont reconnu la nécessité de modifier leur cursus sur le traitement médiatique des enfants et des jeunes.

    Pour Abdeljalil El Hammoumi, directeur général adjoint à la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA), «il faut agir de concert pour une problématique centrale de la société et finir avec l'approche paternaliste de l'enfant». Certes, les médias peuvent être sous la pression de l'audimat ou du lectorat, mais cela n'empêche pas une production plus adaptée aux attentes de cette catégorie.

    Pour sa part, Salim Cheikh, directeur général de 2M, a lancé un appel à l'Organisation internationale pour soutenir les médias marocains dans l'objectif de l'amélioration des productions destinées aux enfants et aux jeunes par le biais notamment de formations. Une grande recommandation aussi des professionnels: l'urgence et la nécessité de développer l'éducation aux médias dans un monde où l’information se consomme de plus en plus en flux continu.

    A la fin de la conférence, les participants ont été invités à signer la pétition mondiale de l'Unicef au Maroc en partenariat avec l'observatoire national des droits des enfants (ONDE).

    Tilila EL GHOUARI

     

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